Aider, c’est naturel pour qui?

La maladie n’a pas de sexe, dit-on. La misère qui frôle ou noie quelqu’un proche de la maladie n’est pas sexiste. Pourtant, le pourcentage des aidants naturels est sans équivoque, la majorité sont des femmes.

Ces jours-ci j’aide ma mère, qui assiste ma grand-mère suite à l’ablation de trois tumeurs au côlon. Ce n’est pas de notre cas dont je veux vous parler, même s’il est clair que mon coup de gueule émane de cette expérience. Par contre, suite à ce que j’ai vu dans ma propre famille, j’ai plutôt envie de me pencher sur le pourcentage féminin si élevé parmi les aidants naturels (77%).

Mais d’abord …Qu’est-ce qu’un aidant naturel? Voici la définition sur le site de Santé Canada : Un aidant naturel au Canada se définit comme une personne qui dispense des soins et/ou du soutien à un membre de la famille, à un ami ou à un voisin qui possède un handicap physique ou mental, qui est un malade chronique ou dont la santé est précaire.

Le dernier profil des personnes soignantes sur le site de Santé Canada a été publiée en 2002. Il y a plusieurs explications quant à la présence des femmes dans ce rôle de soutien. L’étude résume ainsi que les femmes soignantes sont généralement plus âgées que la moyenne de la population (45 ans et plus). Ces femmes forment 51 pour cent de la population des personnes soignantes du pays. Nulle part dans l’étude discute-t-on du statut civil de ces personnes soignantes. Est-ce que ce sont des femmes en couple, avec ou sans enfants, ou des célibataires ? Où sont les conjoints? Les frères, les oncles, les FILS ? Au bureau ?! On sait tout de même que les femmes vivent plus longtemps, mais les hommes autour de ces femmes de 45 ans en moyenne, ils sont où? Vous vous demandez peut-être ou je m’en vais avec ça? Il est où le coup de gueule? ICI. Les soins à domicile, c’est encore un terrain majoritairement féminin. Prolongement naturel du rôle de mère ? Corvée de célibataire ? Toutes ces réponses ? Ça me fâche.

Je me rappelle avoir eu cette même montée de lait quand j’ai regardé mes copines «scrapper» leur ascension professionnelle pour s’occuper des enfants, quitter le bureau quand les petits sont malades, ou rester à la maison quand la garderie est fermée, etc. Je fais ici un parallèle évident. S’occuper d’un parent malade, en terme d’organisation, de patience, de compassion, de ressources et d’ingéniosité, ça ressemble étrangement à gérer une vie familiale. C’est s’absenter du travail, consacrer ses heures de loisirs à veiller sur lui/elle, bref, voir aux besoins primaires (et parfois tous les autres, selon le cas) d’un autre individu. Ça handicape, temporairement du moins, plein d’autres projets. Est-ce pour ça que c’est ENCORE une affaire de femme ? Pardonnez mon trop plein. Je sais que plusieurs hommes ont fait leur bout de chemin. J’en aime un, je sais qu’ils existent. Je suis fâchée, mais pas injuste. Mais parfois, je suis tellement tannée de voir qu’on n’y est pas encore. Comment se fait-il que la compassion et le bon sens n’achèvent pas de convertir plus d’hommes à sacrifier temporairement leur carrière et/ou leurs loisirs pour voir aux soins d’un proche?!

Nous ne sommes pas tout à fait sortis du bois dans le dossier des aidants naturels. D’ailleurs, si vous avez des histoires inspirantes à partager à ce sujet, je vous invite à le faire. Ça fera du bien!

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