Grossesses multiples, maternités médiatisées

Les médias américains ont ceci d’absolument fascinant qu’ils sont à la fois remarquablement diversifiés et libéraux par moments, et par d’autres, radicalement réactionnaires.

Un bon exemple est le récent lançage de pierre collectif sur Nadya Suleman, cette femme qui a récemment mis au monde des octuplés. Déjà mère de six enfants, elle avait eu recours à l’insémination artificielle pour agrandir d’un (grand !) coup sa famille. *wham !* Première pierre !

Mais ce n’est pas tout : elle n’a ni conjoint (vlan !) ni emploi ou revenu (re-vlan !).

Bref : sortez vos fourches et vos torches de paysans et brûlez-là au « P.C. » sur le bûcher de l’opinion publique.

Mais de l’autre côté, dans un petit jeu de miroirs vaguement schizophrène, on porte aux nues d’autres femmes sans emploi et apparemment sans autre but dans la vie que d’expulser de leur utérus rejeton après rejeton.

Telle que Mme Duggar, pour ne pas la nommer.

Ça me sidère vraiment de constater à quel point on joue la carte du « miracle » et de la mère américaine (chrétienne) modèle quand il s’agit de cette dame (qui a quand même 18 enfants).

Personne ne sort dans la rue (ni dans la presse people ailleurs) pour traiter Mme Duggar de tous les noms parce qu’elle s’obstine à faire plein de bébés même si elle n’en a pas nécessairement les moyens, qu’elle en a déjà 18, qu’elle nuit à sa propre santé, ou je ne sais trop quoi encore… Pourtant, ce serait hyper facile: ce sont probablement les fondamentalistes chrétiens les plus célèbres en Amérique du Nord (merci, téléréalité), les rejetons sont tous habillés pareils (pensez « Mélodie du bonheur », sauce Mid-West), tous leurs noms commencent par « J » (comme le papa naturel, Jim Bob, ou leur père éternel, Jésus), ils sont – franchement – un peu weirdo, et ils souscrivent à des âneries monumentales telles que:

 Jim Bob & Michelle Duggar married July 21st, 1984. At that time, they chose to use the birth control pill. They thought, “We don’t want children right now. We can’t afford them. We want children in our timing, when we’re ready.” Four years later they decided to have their first child. Then, Michelle went back on the pill, but she conceived and had a miscarriage. At that point they talked with a Christian medical doctor and read the fine print in the contraceptives package. They found that while taking the pill you can get pregnant and then miscarry. They were grieved! They were Christians! They were pro-life! They realized that their selfish actions had taken the life of their child. They prayed and asked God to forgive them, and to teach them to love children like He loves children.

 Pourtant, je ne vois pas les roches voler vers Mme Duggar autant que vers Mme Suleman.

Sérieux, c’est quoi le phoque?

 Constat numéro 1 : Attendez-vous, en tant que femme, a être jugée publiquement sur votre décision d’avoir des enfants. Dès qu’un ovule fécondé s’accroche à votre muqueuse utérine, vous devenez automatiquement matière à la discussion publique. Tout le monde se croit investi de la tâche de réviser votre licence d’avoir un enfant.

 Constat numéro 2 : Toutes les mères ne sont pas égales aux yeux de notre belle culture occidentale judéo-chrétienne. Quoi donc pourrait expliquer le contraste du traitement médiatique de Mme Suleman, versus celui de Mme Duggar ?

 Serait-ce parce que l’une est monoparentale et l’autre pas ?

Serait-ce parce que l’une est blanche et l’autre pas ?

Serait-ce parce que l’une appartient à la classe moyenne et l’autre pas ?

Serait-ce parce que l’une est « justifiée » par des croyances religieuses et que l’autre agit simplement selon ses désirs personnels ?

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