Mais les hommes victimes de violence?
En Grande-Bretagne, les maisons et centres d’aide pour femmes victimes de violence doivent dorénavant servir aussi les hommes victimes, sous peine de perdre leur financement.
Cela me bouleverse, forcément, comme la lutte à la violence faite aux femmes est mon gagne-pain et la cause de ma vie.
Depuis les années que je travaille dans ce domaine, je n’ai jamais fait une présentation, que ce soit dans une école ou dans un évènement culturel, devant des groupes mixtes ou de femmes seulement, en anglais ou en français, qui n’ait soulevé cette question, souvent la première qu’on me pose :
« Mais les hommes victimes de violence? Que faites-vous pour eux? »
Rien, messieurs, mesdames. On ne fait rien. On les réfère aux quelques groupes qui existent qui leur offrent des services. Il n’y a pas assez de ces groupes? Je suis d’accord. En tant que gestionnaire d’un programme contre la violence faite aux femmes et aux enfants, est-ce mon problème? Hell no.
Primo, toutes les études le démontrent : les victimes de violence conjugale sont en écrasante majorité des femmes. Il y a plus d’hommes victimes que les chiffrent le démontrent parce que les hommes dénoncent moins? Soit. Les chiffres sur les femmes sont également plus bas que la réalité, et il n’y a de places dans les maisons d’hébergement que pour une infime partie des femmes qui vivent de la violence.
Deuxio, il est impératif que les services aux femmes victimes soient non-mixtes. On ne peut pas imaginer des gars intervenants ou employés dans les maisons d’hébergements, encore moins des maisons qui accueilleraient des victimes des deux sexes. Et ce n’est pas, contrairement à une croyance populaire, parce que dans les centres on s’adonne à des rituels anti-hommes. C’est juste que certaines de ces femmes sont des junkies, accros aux relations malsaines, et qu’elles ont besoin d’un endroit et d’un moment entre femmes pour s’en sortir.
Tertio, les services pour les femmes, contrairement à une autre croyance répandue, ne sont pas tombés du ciel. Ils sont le fruit de dizaines d’années de lutte et de revendications de la part des premières féministes. Ces femmes-là ont commencé en recevant les femmes victimes chez elles, au mépris de leur sécurité. Elles se sont regroupées, organisées, ont fondé des services à partir de rien pour être aujourd’hui un modèle. Saviez-vous que nos travailleuses sont réclamées dans le monde entier pour leur savoir-faire?
Les hommes doivent faire la même chose. Se regrouper, s’organiser, demander des fonds. Si mon soutien ou mes conseils peuvent leur être utile, je leur offrirai avec le plus grand plaisir. Mais ne me demandez pas de leur ouvrir les portes de mon programme : les besoins, de toute façon, ne sont pas les mêmes. Il y a une façon spécifique d’intervenir auprès des hommes victimes de violence, et nous ne sommes pas en mesure de le faire.
Il existe entre les deux une différence fondamentale : les hommes qui souffrent de violence conjugale vivent certes des moments difficiles et acceptent des situations inacceptables, mais en général ils ne craignent pas pour leur vie. Les femmes, oui.
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