Les Ayatollahs de l’allaitement

Dans le Devoir d’aujourd’hui, la journaliste Lisa-Marie Gervais met en lumière la culpabilisation dont sont l’objet les femmes qui choisissent de ne pas (ou ne peuvent pas) allaiter. Je suis ravie qu’on se pose enfin la question sur la place publique : le mouvement pro-allaitement va-t-il trop loin?

Qu’est-il advenu de la révolutionnaire notion de respecter le choix des femmes? Les histoires d’allaitement que j’entends sont à faire frémir. Le conjoint d’une amie a dû devenir menaçant, et je vous jure que c’est un agneau, parce que les infirmières refusaient de leur donner un biberon alors que l’enfant hurlait de faim depuis des heures et que le lait, malgré toute la bonne volonté de la mère, ne sortait pas. Une amie infirmière, que je respecte par ailleurs, m’a même affirmé que c’était impossible de ne pas réussir à allaiter!

Dans l’article du Devoir, on fait remarquer que l’information entourant le biberon et les préparations lactées disponibles dans le guide Mieux vivre avec son enfant, produit par l’Institut national de santé publique s’est réduit comme peau de chagrin avec les années. Une amie, qui a eu deux enfants à 8 ans d’intervalle, a bien voulu me le prouver en sortant les deux versions du guide qu’elle a reçues : dans la version 2008, on ne fait que répéter ad nauseam que le lait maternel est ce qu’il y a de mieux pour l’enfant. Pas un mot sur les alternatives! Dans le guide datant de 2000, on trouve pourtant quelques informations pertinentes comme l’importance de faire bouillir l’eau avant de préparer un biberon avec une solution en poudre. Voilà qui serait bon à savoir en 2009, il me semble!

La réalité, c’est que plusieurs femmes, même si elles savent que l’allaitement est la meilleure solution pour leur enfant, ne pourront ou ne voudront pas le faire. Dans ce cas, se voiler la face n’est-il pas illusoire? À ne pas donner l’information, à vouloir forcer les femmes à allaiter coûte que coûte, ne fait-on pas plus de mal que de bien?

Et en passant, suis-je la seule qui n’a pas été allaitée sans m’en porter plus mal pour autant? Faut croire que dans les années 70, le respect du choix des femmes était plus à la mode qu’aujourd’hui!

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