Des clients et une ex-prostituée témoignent

Publié dans le Devoir ce matin, et il y a quelques jours sur Sisyphe, un témoignage qui ne manquera pas de relancer le délicat débat sur la prostitution: Chloé (nom fictif), présentement détenue, raconte comment l’année et demie qu’elle a passé à faire de la prostitution a changé à jamais son rapport à la sexualité et combien les séquelles seront indélébiles. Un témoignage qui va à l’encontre de la croyance voulant que les prostituées « le font par choix ».

Je voulais justement vous parler d’une étude publiée récemment, intitulée « Men who buy sex: Who they buy and what they know ». Conduite en Angleterre auprès de 103 hommes consommateurs de prostitution, l’étude déboulonne certains mythes dans lesquels nous sommes confortablement installés : le mythe voulant que les clients soient surtout des hommes seuls ayant besoin de tendresse (plus de la moitié des hommes interrogés étaient en couple au moment où ils ont fait appel à une prostituée); celui voulant que ces hommes soient un peu naïfs et qu’ils pensent sincèrement que ces femmes exercent la prostitution par choix (55% des répondants croient que les prostituées ont été forcées, d’une façon ou d’une autre, à opter pour cette solution). Finalement, l’étude démontre que la plupart des hommes ont d’abord visité un pays où la prostitution est légale ou tolérée (Thaïlande, Pays-Bas) avant de devenir consommateur dans leur propre pays. On peut en déduire qu’un tel voyage modifie, chez certaines personnes, la perception de ce qui est acceptable ou non. Vous trouverez un sommaire de la recherche, fort intéressant, ici.

Nous en avons déjà débattu : difficile, comme féministe, d’affirmer que ces femmes sont de pauvres victimes de la société et qu’elles ont besoin de notre aide, quand des organismes de prostituées elles-mêmes nous disent que ce n’est pas ce dont elles ont besoin. Il est cependant impossible, pour moi en tout cas, de considérer la prostitution comme un métier comme un autre, étant donné le rapport de force inégalitaire que cela  suggère : si un homme paye une femme pour du sexe, il prend le contrôle de son corps, et c’est inacceptable (même si c’est consensuel, et on pourrait longuement débattre de cela).

Le débat a fait rage en France dans les années 70 : Ulla, figure de proue du mouvement français pour la reconnaissance des droits des prostituées, affirmait avoir choisi cette « profession » et y trouver son compte.  Ce n’est que 20 ans plus tard qu’elle déclarait dans ses mémoires qu’il n’en était rien. Aux médias, qui lui demandaient pourquoi elle avait affirmé si fort 20 ans plus tôt avoir choisi cette voie par choix, elle a déclaré « Comment avez-vous pu me croire? ».

Bonne question.

Sorry, the comment form is closed at this time.