Il n’y a rien de plus bruyant que le silence.
« La femme, ce continent noir ». Vous vous rappelez ? C’est Freud qui parle. Et c’est de nous qu’il parle.
C’est impressionnant comme les autres parlent si ouvertement, si facilement de nous. La seule chose qui m’impressionne davantage encore, c’est notre silence sur le sujet. Qui, rappelons-le, devrait pourtant nous être familier : puisque c’est de nous qu’il s’agit !
Il n’y a rien de plus bruyant que le silence.
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Alors, je vais sans doute paraître réactionnaire (je m’y complais :-p), mais je pense que la parole sur la sexualité féminine devrait échoir aux femmes, essentiellement aux femmes, peut-être même exclusivement aux femmes.
Il ne s’agit pas tant d’une question d’authenticité que de légitimité. Je m’explique.
Le discours d’une femme sur la sexualité féminine pourrait paraître plus authentique, plus vrai. Une femme serait plus à même qu’un homme de parler de sexualité féminine. C’est vrai, mais seulement partiellement : il y a des femmes qui, quand elles parlent de leur sexualité, me semblent être des extraterrestres, et des hommes qui parviennent à me toucher. Cet argument, s’il reste pertinent, ne me semble donc pas définitif.
L’autre argument me convainc davantage : il s’agit de légitimité. Nous sommes en présence d’un paradoxe :
Il y a un silence immense sur la sexualité (en particulier féminine), ce sujet est enfermé dans la sphère de l’intime, les gens y font allusion sous couvert de plaisanterie, mais en parlent rarement ouvertement.
Et pourtant, en parallèle, il y a une surmédiatisation d’un discours sur la sexualité.
Je qualifie ce phénomène de surmédiatisation car sa fréquence est obsessionnelle (ex : on trouve inévitablement un article sur une question de sexualité dans n’importe quelle revue féminine non professionnelle), et intrusive (càd qu’il est très difficile d’échapper à ce discours, on nous impose images et slogans à longueur de temps).
Quant au contenu de ce discours, j’en dirai trois choses : il est libéral et mercantile (càd qu’il traite la sexualité de façon collective et en faisant l’objet d’un marché, voire d’un commerce) ; il est largement dominé par une influence pornographique (c’est d’ailleurs la conséquence du premier point, le sexe est vu comme objet de consommation et c’est dans ce sexe commercialisé qu’on puise les concepts – sur le plan du langage – et les tendances – sur le plan de la matière – pour parler de sexe) ; enfin, il est très fortement androcentré, voire franchement misogyne (il épouse un regard masculin sur la sexualité, et pas n’importe lequel : celui de l’archétype du mâle primitif, qui reste en réalité, et heureusement, très minoritaire).
A cause de ce fossé entre la médiatisation à outrance du sexe, et la parole vraie complètement muselée, je pense qu’il est urgent de questionner la légitimité de quiconque entend parler de sexualité. Se poser quelques questions : d’où vient la parole ? A quel titre cette personne parle ? Appartient-elle à un milieu spécifique ? A-t-elle des intérêts particuliers ? Quel est l’objet de son message ? Quel en est la finalité ?
Je l’avoue carrément, ce que j’ai lu de vous à propos de Sextett, ainsi que son synopsis, ne me donnent aucune envie de voir cette pièce. Ne serait-ce que – au-delà de toute critique du contenu – parce que c’est, pour la n-ième fois, un homme, dramaturge de surcroît, qui parle… des désirs féminins, de la sexualité féminine. Pourquoi « dramaturge de surcroît » ? Parce que je pense sincèrement que la sexualité telle qu’elle est vécue dans les milieux soi-disant glamour du spectacle et de la notoriété n’a pas grand-chose à voir avec la mienne. Et franchement, je ne leur envie pas !
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En guise de conclusion :
Aux hommes de rétablir la vérité sur le caractère nuancé, sensuel et tendre de leurs désirs, bien loin de ce que la culture pornographique voudrait nous faire croire (j’ai failli dire « avaler » mais en fait on va éviter^^) ;
Aux femmes de rétablir la vérité sur le caractère nuancé, sensuel et tendre de leurs désirs, bien loin de ce que la culture pornographique voudrait nous faire croire ;
J’ai délibérément utilisé la même formule, car à mon avis les deux discours s’avèreront très similaires, bien plus que ce qu’en dit l’omniprésente culture pornographique. Ce n’est néanmoins pas une raison pour usurper la parole de l’autre.
Bilbiographie : le rapport Hite (il existe un rapport sur les femmes et un sur les hommes). C’est une étude, il est composé de nombreux témoignages, souvent contrastés, contradictoires, bouleversants. Il donne une image complexe, foisonnante et véritable de la sexualité. Il devrait à mon avis figurer dans toutes les bibliothèques d’école, du collège à l’université, voire faire l’objet d’un enseignement obligatoire, pour permettre aux jeunes de prendre de la distance face à la médiatisation ô combien biaisée de la sexualité.
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