L’absurde imposture

Il m’arrive quelques fois d’éprouver un sentiment d’imposture. Un sentiment qui se pointe comme un iceberg dans l’océan de mes idéaux, trahissant l’emplacement historique , géographique et politique de ma vie et ce sans équivoque. Mais surtout, laissant tribune sur la transparence des mes émotions à un sentiment de gêne. La gêne de l’imposture. Je sais pourtant, absolument, que mon idéal passe par là-même l’objet de cette gêne ponctuelle et bien souvent imprévue. Je sais, pourtant, qu’imposture il n’y a pas. Ma culpabilité est absurde. C’est l’absurde imposture.

Je vous éclaire sans plus tarder, chère lectrices, sur l’objet de ma pudeur que j’étale ici au grand jour. Je suis une féministe…maman! Maman et mariée par-dessus le marché.  »Hou le gros constat ! L’horrible dévoilement! » Vous écriez-vous en votre fort intérieur. Je sais. Complètement hors-norme. Semble-t-il. Un éléphant au milieu de la pièce. Non ? Ha bon. Parce que tant de collègues féministes désapprouvent à coup de regard subtil ou de remarques doucereuses cet état qui est mien et qui est celui de la maternité. Je vous assure, cher lectorat ! Toujours ce besoin de justifier une décision comme étant autonome, comme étant l’équation d’une quête intime et non-entravée par le poids familial et conjugal. Toujours besoin de justifier le fait que les choix que je fais et qui favorisent ma famille ne sont pas le résultat troublant d’une triste mathématique, l’énoncé fatidique d’un comportement incohérent, la confirmation d’un échec sur le front du champ de bataille.

Moi, qui doit constamment réassurer l’entourage militant de la non-négation de moi-même, de l’authenticité de mon intérêt et de mon implication féministe, de ma capacité en mettre en pratique les idéaux que j’ai choisi d’arborer à la face du monde, moi, je vous écrit pour vous dire  »ho là » ! Chères amies ! Le féminisme n’est pas un mouvement, ou une attitude, ou ni même une aptitude si cela vous chante qui ne soit qu’individualiste! Car c’est bien ça, j’ai l’impression, l’adorable source du litige. Les valeurs que chacune d’entre nous partageont sont d’alliance possible, voir même souhaitable avec un sens de la communauté…familiale.

J’en appelle donc à une sensibilité et une ouverture accrue, face à celles d’entre nous qui se lève tôt le matin pour souscrire au pari que nous a laissé la génération précédente : assumer tous les choix possibles qui s’offrent à notre vie de femme. Aujourd’hui. En 2010. Être amoureuse, indépendante, professionnelle, intellectuelle, manuelle et…maman. Et peut-être devront nous revoir l’aspect génial, ou l’aspect fou que sous-entend une telle ambition. Mais sachez, dévouées consoeurs, que nous sommes une jeune génération de mères qui, pour la cause, travaillont aussi fort que toute celles d’entre vous qui n’ont pas d’enfants, bien que parfois l’apparence d’une trahison puisse miroiter derrière l’apparition d’une poussette ou d’une bouteille de lait. Je vous fait une confidence : ceci n’est qu’un mirage.

Alors, que mon bref témoignage soit un clin d’oeil. Un sympatique rappel à ne plus se condamner l’une l’autre sur la base d’une conception somme toute imaginaire de ce qu’est – ou n’est pas – une féministe. De toutes façons, n’avons-nous pas la chance d’être les auteures et les actrices d’une toute nouvelle génération de féministes ?! Soyons-en orgueilleuses et agissons au départ entre nous d’une façon dont nous serons à jamais fières.

Par Geneviève FC

9 Comments

  • Caroline L.
    9 février 2010

    Je suis toujours mal à l’aise devant les commentaires désobligeants de certaines féministes qui remettent en question l’implication dans la « cause » des féministes mamans. Être mère, avoir la capacité d’être mère, n’est-ce pas là la base de notre féminité? Et disons que les mère de 2010, n’ont rien à voir avec les mères de 1910, ne serait-ce que par le pouvoir de choisir. La maternité n’est plus une obligation, et sincèrement je souhaite qu’il y ait plein de mamans féministes pour préparer les générations futures! Et en passant, je suis une féministe sans enfant.

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  • Imace
    9 février 2010

    @ Caroline L : moi je suis mal à l’aise avec votre message. Je vous cite « être mère […] n’est-ce pas la base de notre féminité ? ». En d’autres termes, les féministes n’ayant pas d’enfants ont quelque part renoncé à leur féminité. Si je me moque de cet attribut qui n’a aucune signification pour moi, ce n’en est pas moins désobligeant.

    Où un post qui prétend protester contre l’intolérance des féministes ne souhaitant pas d’enfants illustre l’intolérance des féministes mères…

    Sincèrement, je trouve que ces petites querelles « corporatistes » entre les féministes pourvues de telle ou telle étiquette épuisent vainement le mouvement. Et ressasser ses griefs contre l’intolérance d’autrui, c’est encore nourrir la querelle, qui est d’ailleurs souvent largement fantasmée.

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  • Stéphanie
    9 février 2010

    Par pitié les filles, peut-on sortir de cette névrose collective qui nous donne à observer d’un côté des féministes avec enfants qui se sentent obligée de rassurer les autres sur le fait qu’elle sont encore féministes et de l’autre des féministes sans enfant qui se sentent obligée de rassurer les gens sur leur féminité?

    Le féminisme c’est d’abord la revendication du choix! Vous voulez un enfant? Vous en voulez 10? Vous voulez les faire vous-même? Les adopter? Vous n’en voulez pas? Eh bien ça vous regarde et personne ne devrait vous faire sentir coupable avec votre choix et vous dire que c’est la preuve que vous manquez de féminisme, de féminité ou de quoi que ce soit d’autre!

    Le féminisme n’est pas incompatible avec la « féminité », qui n’est pas elle-même incompatible avec le fait de ne pas avoir d’enfant. Tout les animaux sont fait pour se reproduire, on le sait toutes mais ce n’est généralement que sur les femmes qu’une pression est exercée sur le sujet.

    Dans la vie de chaque animal, il y a un nombre important d’ovaires et un nombre encore plus important de spermatozoïdes qui ne fabriqueront pas de bébés. Ce n’est pas un drame et si jamais un jour l’espèce humaine s’éteint, ce ne sera sûrement pas par manque de naissance!

    Geneviève, tu n’as rien d’une impostrice (une imposteuse?) Nous te soutenons dans ton choix. Tu n’as rien à justifier. Bien sûr que tu es « hors-norme », après tout tu es féministe! 😀

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  • Caroline L.
    9 février 2010

    @ Imace
    J’ai bien écrit: « Être mère, – avoir la capacité d’être mère -, n’est-ce pas là la base de notre féminité? » Je veux bien sur parler de notre utérus! Avoir la capacité physique d’enfanter qu’on le désire ou non, et rien de plus. Une des raisons qui selon moi, a marqué la soumission des femmes pendant des générations, et le malaise des féministes-mères aujourd’hui. Et Imace, j’ai d’ailleurs spécifié que je suis féministe sans enfant et je ne crois aucunement avoir renoncé à ma féminité, (tout comme la masculinité ne se retrouve pas dans la paternité), ce sont deux choses, qui selon moi, n’ont aucun rapport.

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  • Isabelle N.
    10 février 2010

    Je trouve pourtant la question soulevée ici très pertinente. Pour ma part, je n’ai pas senti de regards réprobateurs de la part de collègues militantes vers ma bedaine qui prend de l’ampleur, c’est plutôt mon regard face à moi-même qui est sévère.

    Saurais-je être une maman féministe et respecter tous ces beaux principes (le partage des tâches, la transmission des valeurs…)? Il faut aussi se laisser la liberté de confronter nos valeurs avec « la vraie vie »

    Peut-être est-ce nous, finalement, qui nous mettons toute cette pression…

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  • Etolane
    10 février 2010

    Suis dans cette même situation et je comprends bien ce que tu décrit en ton excellent billet! J’ai été plus de 3 ans maman au foyer et j’ai collectionné les regards désapprobateurs. Ceci m’a fait réalisé qu’il y avait une lacune dans les batailles féministes: « le droit d’être mère à temps plein »… D’ailleurs je suis encore à macérer sur la question…

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  • Geneviève
    10 février 2010

    Ayoye… Je ne savais même pas qu’il y avait un shisme sur cette question. Il me semble que le fait d’être mère n’a rien à voir avec celui d’être féministe. Se demande-t-on si le fait d’être mère empêche d’être souverainiste? Euh… non. D’ailleurs, je me suis toujours dit que si une femme travaille, a un compte en banque, vote ou signe un bail et bien, elle est féministe. Peut-être pas militante, mais certainement féministe. Quant à être mariée (ou avoir un contrat clair de vie commune) il me semble aussi que c’est un préalable avant de se reproduire, ne serait-ce que pour protéger le temps investit dans les soins du petit pendant lequel nos revenus baissent et que nous ne cotisons pas au RRQ ou autre régime de pension. Enfin, c’est mon point de vue.

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  • Geneviève FC
    10 février 2010

    Et bien, je dis Bravo! si la plupart d’entres vous ne voit même pas de disjonction entre le fait d’être mère et le fait d’être féministe ! Mais si j’ai publié ce billet, c’est sincèrement fondé sur des expériences, personnelles ou non, qui me laissent à comprendre que ce genre de compétition existe…Avec le recul, nous concevons facilement aujourd’hui comment le fait d’être mère fut non seulement accaparant, mais un réel handicap, et il n’y a pas si longtemps de cela. Combien de femmes auraient voulu, ou auraient pu se consacrer à leur art ou à leur talent ? Combien de femmes se sont soumises à l’emprise d’un homme grâce au prétexte de la maternité ? Alors il est normal, alors que notre vision de tout est en changement, que nous tentions de combattre cet aspect négatif qu’eu la maternité sur nos vies (de là, j’en déduis, le dur regard sur nous-mêmes ou sur les autres) . Cela étant dit, je sais très bien que la plupart d’entre nous célèbrons la chose et qu’une maman, y compris moi-même, se sent rarement réellement dans l’imposture…je voulais seulement, comme je l’ai dit faire un clin d’oeil critique : il faut bien à l’occasion s’observer soit-même, comme mouvement, pour s’assurer justesse et longévité..

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  • Chantal
    12 février 2010

    il est tout aussi légitime de dire que la maternité n’est pas obligatoire d’une part et qu’elle est importante d’autre.

    le fait qu’on ne veuille pas d’enfants n’enlève rien à l’importance sociale de devenir mère.

    le fait de devenir mère ne force pas les autres à le devenir.

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