Chacune pour soi

.

J’étais dans ma chambre d’hôtel cet après-midi. Je zappais devant ma télévision câblée quand je suis tombée sur cette chaîne américaine qui rapportait les propos de l’actrice Jennifer Aniston, à propos de son dernier film The Switch : «Women are realizing it more and more knowing that they don’t have to settle with a man just to have that child». À l’écran, l’animateur exprimait son malaise de voir ainsi l’apport du père rejeté du revers de la main. Les deux commentatrices, quant à elles, défendaient Jennifer : «la plupart des foyers monoparentaux sont soutenus par des femmes», «il est vrai que beaucoup de femmes s’occupent déjà seules des enfants», etc. Ce à quoi l’animateur rétorqua : «un homme qui abandonne ses enfants n’est pas un homme». Je me souviens avoir déjà tenu un discours similaire à mon petit copain, qui exprimait ses inquiétudes à propos des dérapes possibles du féminisme. Un truc comme : «bah, les hommes ont bien montré par le passé qu’ils n’en ont rien cirer, qu’est-ce que ça change». Mauvaise foi, quand tu nous tiens.

J’avais toujours cru, jusqu’à maintenant, que de se retrouver mère monoparentale n’était pas, en général, le premier choix des femmes. Je croyais qu’on le devenait à cause des circonstances de la vie. Qu’on faisait avec. Avant mon départ pour la Thaïlande, j’ai regardé quelques épisodes de la télésérie La Galère, de Renée-Claude Brazo. Un des personnages, inspiré de l’auteure elle-même, a quatre enfants de quatre pères différents. Je ne connais pas les circonstances de ces naissances. Dans la télésérie, le personnage de Stéphanie ne se protège pas et avorte à répétition. Ce qui me questionne sur les motivations que peut avoir une personne de se constituer une marmaille autour d’elle, et autour d’elle seule.

Jusqu’à maintenant, j’avais toujours cru qu’idéalement, un enfant était le fruit de l’amour entre deux personnes. Avoir un enfant n’est pas, pour moi, un projet personnel, entre un voyage en Thaïlande et la rédaction d‘un travail. Je ne compte pas enfiler les enfants qu’on on enfile les derniers vêtements à la mode. De toutes manières, est-ce possible de faire ainsi?

Au début de mes études en anthropologie, j’ai été en contact avec les différentes approches en matière de genre. Je me souviens que la mouvance queer avait frappé mon imagination : tout est une construction, il faut fracasser tous les modèles afin de pouvoir exprimer son individualité en toute liberté. Dans cette perspective, se fabriquer des enfants soi-même n’est pas un problème. Le développement des nouvelles technologies de reproduction permet déjà de s’en donner l’illusion.

D’un côté, 46 % des familles monoparentales vivent sous le seuil de la pauvreté. C’est d’ailleurs un facteur important dans l’appauvrissement des femmes. D’un autre, beaucoup de femmes combattent aujourd’hui le modèle exigeant de la superwoman, qui mène de front carrière et implication familiale sans pouvoir trouver d‘équilibre. Des groupes de pères se manifestent de plus en plus dans l’espace public. Si certains le font de manière haineuse, et maladroite, cela exprime le désir de ne pas être mis à l’écart de la famille.

«Women are realizing it more and more knowing that they don’t have to settle with a man just to have that child.»

Se fabriquer des enfants seules, vous en pensez quoi? Une avancée pour les femmes?

Et si on trouvait le moyen de fabriquer des utérus artificiels que les hommes pourraient louer? Une avancée pour les hommes?

Maintenant, c’est chacune pour soi.

Sorry, the comment form is closed at this time.