C’est la faute au féminisme

Excellent texte de Véronique Pronovost, coordonnatrice de l’Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et candidate à la maîtrise en science politique et en études féministes à l’UQAM. D’abord paru dans Le Devoir du 9 mars, et reproduit ici avec sa permission.

Le féminisme, en voilà un qui a le dos large. Si on se fie à un article paru dans Le Devoir le 7 mars dernier, «Au secours du sexe fort», le féminisme serait la cause inhérente des malheurs des hommes occidentaux. C’est du moins la théorie que défend le sociologue Anthony Synnott dans son livre Re-Thinking Men. Heroes, Villains and Victims. Ainsi, au lendemain de la Journée internationale des femmes, il semble à propos de rappeler quelques principes élémentaires du féminisme.

S’il est le plus souvent victime de mauvaise presse, le féminisme se veut une idéologie positive dont l’objectif fondamental est la promotion des droits des femmes dans une perspective d’égalité. Les mythes entourant le féminisme sont nombreux, mais le plus persistant, et qui trouve malheureusement écho dans de nombreux médias, est probablement celui voulant que les féministes éprouvent de la haine et soient en lutte constante contre les hommes. La misandrie des féministes, dont fait mention M. Synnott dans l’entrevue qu’il a livrée au Devoir, est contre l’essence même du féminisme, qui se veut en réalité une forme d’égalitarisme reposant sur la valorisation des conditions de vie des femmes.

Le féminisme, grand responsable?

Tout au long de l’article, M. Synnott, qui reprend l’essentiel du discours masculiniste de plus en plus présent au Québec, laisse sous-entendre que les femmes, et surtout les féministes, sont responsables des problèmes sociaux auxquels sont confrontés les hommes. Ainsi, la hausse du taux de chômage des hommes, le décrochage scolaire des garçons, l’inquiétant taux de suicide des hommes et l’image négative de l’homme qui est véhiculée dans la culture populaire seraient des conséquences directes du féminisme.

Si ces problèmes sont bien réels, le raisonnement quelque peu simpliste de M. Synnott est loin d’être pour autant fondé. Par exemple, en ce qui concerne la diabolisation des hommes et l’angélisation des femmes dans la culture populaire, il semble que la vision de M. Synnott soit réductrice et voile une réalité beaucoup plus complexe.

La télévision, outil de propagande féministe?

S’il est vrai que les hommes incarnent souvent des rôles caractérisés par l’idiotie ou la stupidité au sein des productions de comédie, la diversité des rôles joués demeure. Ainsi, dans l’ensemble des films de «superhéros», le personnage principal est un homme. Il en va de même dans la majorité des films de guerre, où le militaire patriotique lutte pour la liberté et la sauvegarde de multiples impératifs moraux. Idem en ce qui concerne les séries de films La Guerre des étoiles et Le Seigneur des anneaux, où les personnages principaux, des garçons, sont les véritables héros de l’aventure.

La réalité est toutefois bien différente lorsqu’on regarde du côté des femmes. S’il subsiste encore une mince diversité au sein des personnages féminins vus à l’écran, une tendance lourde est néanmoins observable. Une écoute attentive des blockbusters ainsi que des publicités des dernières années permet de constater que les femmes campent habituellement l’un de ces deux rôles: soit celui de la mère (ou de la femme au foyer), soit celui de la séductrice (rôles tournant autour de l’image, de l’esthétique ou de la sexualité). Comment les féministes pourraient-elles être à l’origine de ce complot d’image contre les hommes, alors que les femmes en sont tout autant victimes?

Par ailleurs, cela implique l’idée que le féminisme et la misandrie soient assez puissants pour régir le contenu télévisuel. Thèse plutôt discutable, si on considère que les hommes sont les auteurs de nombreuses séries où ils sont dépeints de manières assez négatives (par exemple, Les Invincibles, de François Létourneau et Jean-François Rivard).

Au travail

Les problèmes dont témoigne M. Synnott dans son entrevue existent réellement. Néanmoins, les causes de leur apparition sont complètement détachées du féminisme. Il ne suffirait guère de surenchérir avec des arguments défendant le féminisme; il faut plutôt déconstruire l’idée que les maux des hommes sont le résultat d’un féminisme poussé à l’extrême.

Par exemple, en ce qui concerne la hausse du taux de chômage, les féministes ne peuvent être responsables de la fermeture d’usines et de la baisse de demande pour certaines industries. Elles ne peuvent non plus être montrées du doigt comme «voleuses d’emplois», puisqu’elles n’occupent qu’une infime part du salariat dans le domaine industriel. L’idée n’est pas de réfuter l’existence de ces problèmes qui affectent particulièrement les hommes, mais plutôt de cesser de prétendre que la responsabilité est imputable au féminisme ainsi qu’aux femmes.

Ne comptez pas sur le féminisme

M. Synnott affirme également que les féministes ne s’intéressent pas suffisamment à la cause des hommes, s’il en est une. Cependant, a-t-on déjà blâmé Greenpeace de ne pas s’occuper suffisamment de la pauvreté dans le monde? Ce blâme serait totalement absurde, puisque tel n’est pas le mandat de cette organisation. Le mandat que s’est donné le mouvement féministe est de promouvoir les droits et le bien-être des femmes, jusqu’à l’atteinte de l’égalité entre les sexes. Cette mission semble déjà suffisamment ambitieuse!

Au cours de l’entrevue, M. Synnott va jusqu’à remettre en question la pertinence du féminisme. Pourtant, même en tenant compte des problèmes sociaux particuliers affligeant les hommes, les conditions des femmes demeurent inférieures. Les chiffres à ce sujet sont indiscutables. À cet égard, il est utile de rappeler que, selon Statistique Canada, en 2008, les femmes gagnaient en moyenne 70 % du salaire annuel des hommes.

Qui mène la guerre entre les sexes?

Le féminisme n’objecte en aucune manière à ce que la société se dote d’organisations pour prévenir et sensibiliser les hommes au suicide et à la violence psychologique, par exemple. Toutefois, suivant la volonté d’imputer la responsabilité de leurs maux à quelqu’un, M. Synnott et plusieurs autres auteurs cherchent le coupable en portant des accusations non fondées contre le féminisme et les femmes. Les féministes sont en guerre contre les hommes, vous dites?

3 Comments

  • james
    24 mars 2011

    Je trouve ça faible de faire porter le chapeau aux femmes pour son manque de confiance en soi. De quel lien il parle entre le féminisme et la perte de virilité en occident ? C’est totalement absurde et faux, nous sommes toujours meneur dans les sports, en politique et leaders économiques au monde la preuve on fait toujours les manchetes et notre cote d’écoute est la plus grande, notre influente voix pèse dans la balance.
    La seul place en occident ou il n’y a pas de virilité est au Quebec ! On pas besoin de le cacher l’image de l’homme québécois est un fanfaron et une prostituée, dans les pubs, dans les film et en politique, pourquoi ? Simple les meilleurs partent briller ailleurs parce qu’ils ne veulent pas s’identifier a « ça » ils n’y croient plus et moi non plus.

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  • Imace
    4 octobre 2011

    Rien compris à ce commentaire^^

    Au début ça commence par « mais non y’a pas de quoi se plaindre c’est nous les meilleurs » et ensuite ça vire « les hommes québecois sont des fanfarons et des prostitués ».

    Je prends un rail de coke et je relis le tout :p

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