Philippines: GABRIELA

Grands hôtels, des casinos, des supermarchés, contrastés par des bidonvilles sur pilotis, des familles qui dorment dans la rue, des gens partout partout, pas un mètre cube inhabité. Des karaokés et des massages, du riz et de la noix de coco, des femmes fines et des hommes trapus, tous petits. Ils sont souriants et aiment donner de l’aide, on entend : « hello ma’am, hello sir !». Les femmes sont présentes partout; douanières, elles travaillent dans les boutiques, dans les restos, au gouvernement etc. J’ai ressentie, en général, une bonne cohésion et intégration de la communauté gay et lesbienne. Ceci me paraît étrange pour un pays si fiévreusement catholique… Mais les Philippines est un pays rempli de contradictions sociales qui ne semblent jamais se croisées… C’est ce qui rend la culture philippine si difficile à cerner.

Deux grandes périodes de colonisation ont effacés, presque entièrement, les traditions indigènes. Voici, en bref, l’histoire des présences étrangères aux Philippines : En 1565 les Espagnols débarquent et colonisent. Évidemment, ils christianisent, détruisant les écritures, les langues et les coutumes indigènes. En 1898 l’archipel est vendu aux américains qui sont présents jusqu’en 1942. Lors de la deuxième guerre mondiale, ce sont les Japonais qui occupent le territoire jusqu’en 1945. En 1946 l’indépendance est déclarée. Depuis ce moment, le climat politique est plutôt sévère; la dictature est le seul type de régime connu, la démocratie élective est frauduleuse, la présence militaire est répandue et violente, les disparitions et les meurtres politiques sont communs.

C’est de cette ambiance oppressive qu’émerge une opposition menée par les femmes. En 1983, 10 000 femmes manifestent contre la dictature de Marcos et l’assassinat de l’opposant Aquino. En 1984 elles se rassemblent en une coalition politique anti-fasciste et luttent pour la démocratie. Le nouveau groupe se nomme GABRIELA d’après Gabriela Silang qui, pendant la présence espagnole, avait mené des luttes victorieuses contre les colonisateurs. Un de leur premier bataillon, après la lutte politique, est la lutte des violences faites aux femmes dans les bases militaires américaines. En 1991 les bases militaires sont démantelés mais vite remplacées en 1998 par le ‘Visiting Forces Agreement’ qui permet à l’armée américaine de partager les bases militaires américaines. La présence militaire américaine demeure grande. Les bases sont le lieux premier de la perpétuation de la violence faite aux femmes sans qu’il n’y ait aucune conséquence légale pour les militaires criminels. Les philippines ont du attendre 2005 pour le premier procès d’un militaire américain. Malheureusement il n’y eut aucun dénouement au procès, le militaire en question est retourné chez lui en 2009.

Les autres champs d’action constitutifs du groupe incluent la défense des femmes travailleuses, des femmes paysannes, des femmes urbaines pauvres. Plus tard se sont rajoutés les groupes de jeunes et les groupes de défense des droits homosexuels. En 2000 s’est formé le parti politique Gabriela’s Women’s Party, qui deux mandats plus tard avait déjà deux sièges en chambre, malgré le manque d’intégrité démocratique et le manque de respect de l’opposition par le gouvernement dirigeant. Grâce à cette présence en chambre les femmes de GABRIELA ont réussi à faire passer trois lois contre le trafic humain et la violence faites aux femmes et enfants. Présentement elles luttent au sein du gouvernement pour le projet de loi sur la santé reproductive (Reproductive Health Bill).

Ceci est le deuxième texte d’une série de quatre. Je suis en stage aux Philippines avec le groupe militant GABRIELA, un organisme qui regroupe plus de 250 groupes de femmes aux Philippines et à l’étranger. Cette association travaille pour la défense des droits des femmes indigènes.

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