C’est avec beaucoup de joie que je me suis rendue à la troisième édition de la Fête des non-parents, tenue cette année à Bruxelles, le 21 mai dernier. La FDNP est organisée chaque année le troisième samedi de mai, soit stratégiquement entre la Fête des mères et la Fête des pères. Les organisateurs, des Belges bons-vivants, sans enfant et activistes accueillaient cette année les « childfree » (gens ayant choisi de ne pas devenir parents) dans une chouette buvette (lire : bar) de Bruxelles.

Mais pourquoi une Fête des non-parents? Et qu’est-ce que ça mange en hiver? Pour moi, en dessous du concept loufoque d’une fête célébrant les non-mamans et les non-papas, se cache une raison d’être plus profonde. À chaque année, des gens décrient la nécessité d’avoir un défilé de la fierté gaie, une Journée de la (des) femme(s). Et pourtant, selon moi, il reste encore beaucoup de travail à faire dans la lutte pour les droits des LGBT et des femmes. La Fête des non-parents s’inscrit elle aussi dans cette démarche. C’est en fêtant de façon positive nos choix de vie qu’on peut sensibiliser les gens à notre existence et ainsi se faire respecter.

Parce que oui, j’ose le dire, les gens (surtout les femmes) qui font le choix de ne pas enfanter sont souvent vues comme égoïstes, immatures et critiquées comme faisant de mauvais choix de vie. Je dis: assez! Pour ma part, j’en ai assez des accusations qui fusent d’un côté comme de l’autre: « C’est pas moi, qui suis égoïste, faire des enfants, c’est égoïste! » Peu importe si c’est égoïste ou non. Nous posons tous et toutes des actes égoïstes de temps à autre. Ce n’est pas en nous insultant mutuellement que nous allons nous comprendre et nous respecter l’une, l’autre.

Parmi nous à cette Fête des non-parents, se trouvaient des jeunes et des moins jeunes, des gens ayant eu des enfants, mais ouverts à l’idée que des choix de vie alternatifs existent et même des parents… qui regrettent et peuvent le dire sans avoir honte. À l’avant-scène: quatre personnes animaient la soirée. Théophile de Giraud et Frédérique de Longrée, les organisateurs de la FDNP et activistes « childfree » depuis de nombreuses années, Corinne Maier, auteure du livre choc No Kid: 40 Raisons de ne pas avoir d’enfant et de surcroît maman de 2 adolescents, et moi-même, Magenta Baribeau, bloggeuse de http://mamannonmerci.blogspot.com et surtout documentariste travaillant sur un premier documentaire long métrage au sujet de la perception de la société à l’égard des gens volontairement sans enfant. Nous étions tous là pour discuter avec les gens dans la salle, qui était je dois quand même l’avouer un public gagné d’avance, des enjeux que nous vivons, de surpopulation, d’écologie, et surtout du non-désir parental qui s’est emparé de nos entrailles.

La Fête des non-parents se veut éventuellement une journée internationale. Nous sommes d’ailleurs en pourparlers, les organisateurs belges et moi, pour que l’année prochaine, la FDNP ait lieu conjointement en Belgique et au Québec. Et qui sait, peut-être l’année d’après, elle aura lieu dans 5 ou 12 pays différents, en même temps.

Le but de cet activisme, comme je le mentionnais plus tôt, est que 1) les médias et donc la population entière entende parler de nous parce que pour le moment, rares sont les articles mentionnant des couples ou célibataires sans enfant qui souhaitent continuer une vie sans poussette2) que nous arrivions ainsi à démystifier ce qu’est un non-parent volontaire (je vous donne un scoop : ce n’est pas la sorcière de Hansel et Gretel qui foutait les enfants dans son four pour les manger, quoique plusieurs « childfree » se disent qu’après tout, ces deux gamins étaient quand même en train de démolir sa maison de rêve faite en pain d’épice… mais bon) 3) faire cesser les stéréotypes, les insultes et qu’on apprenne tous non pas la tolérance, mais l’acceptation d’autrui. Ce sont peut-être de grands idéaux, mais c’est en essayant de faire changer les choses que d’autres ont réussi par le passé.

Il m’est encore difficile d’accepter qu’en 2011, on me dise très sérieusement, et oui, moi et nombre d’autres femmes dans la même situation que moi, se sont fait dire: « Mais voyons, les femmes c’est fait pour avoir des enfants. » C’est complètement rétrograde. Depuis maintenant quelques décennies et j’espère pour encore plusieurs centaines de milliers d’années, les femmes ont le choix de faire ce quelles entendent avec leur corps. On ne peut pas être pro-choix et contre les gens qui choisissent de ne jamais avoir d’enfant. On ne peut pas être féministe et contre le choix donné aux femmes. Surtout que, avouons-le, ce choix personnel d’avoir ou non des enfants ne devrait pas avoir beaucoup d’impact sur la vie d’autrui.

C’est donc ça, le but de la Fête des non-parents. De faire accepter nos choix. Il y a bien sûr une place à la discussion dans cette fête, où on peut poser la question: « Mais pourquoi quelqu’un voudrait-il faire ce choix? » Pour être conséquente avec moi-même,. je ne peux qu’applaudir cette curiosité intellectuelle, tandis qu’elle se fait dans le respect et qu’elle ne devienne pas un jugement.

Surtout j’espère que dorénavant, grâce à cette fête, les gens commenceront à se poser des questions avant d’avoir un enfant, à savoir s’ils veulent réellement un enfant, et pourquoi et surtout s’ils pensent faire de bons parents, afin d’éviter justement des parents qui regrettent d’avoir pris une décision irréfléchie et font subir leur regret à leur enfant. Parce qu’après tout, réfléchir avant de poser un geste ne fait aucun mal à personne et peut éviter bien des douleurs lorsqu’il est trop tard.

Alors posez-moi des questions. Essayez de me comprendre et non de me critiquer. Parce que je n’essaie pas de faire des disciples. Je ne veux convaincre personne qu’il est « mieux » de ne pas faire d’enfant, parce que ce n’est pas du tout ma mission. Il y a selon moi d’excellentes raisons de faire des enfants, il y en a également des moins bonnes. Selon cette même rhétorique, il y a de bonnes et moins bonnes raisons de ne pas en vouloir. Alors discutons-en. Ouvrons le débat.

Magenta Baribeau
Blogeuse et documentariste

http://mamannonmerci.blogspot.com