Le jour où j’ai commencé à vouloir brûler mes brassières
Quand j’avais 14 ans, assis dans le salon chez mes grands-parents, ma tante nous a dit : «J’ai décidé que je ne porterais plus de soutien-gorge». Je la jugeais, beaucoup. Dans ma vision d’adolescente, je trouvais que ça faisait des seins laids.
Depuis deux mois, je ne porte presque plus de soutien-gorge. Depuis deux mois, je regrette ce que j’ai pensé de la décision de ma tante.
Ça a commencé lors de mon voyage au Moyen-Orient cet été. Pendant 7 semaines, je devais toujours faire attention à ce que je portais. Ne pas montrer de signe de féminité : jambes et épaules couvertes en tout temps, pas de décolleté ni de vêtements trop moulants, pour éviter les regards. Je me sentais prise dans mes vêtements, j’avais besoin de légèreté. Avant de revenir, il m’est venu une idée: «Quand je reviens, pendant une semaine, je ne porterai pas de sous-vêtements».
Depuis cette semaine d’essai, je ne porte presque plus de soutien-gorge. Je suis moi-même surprise du résultat : je me sens tellement bien, tellement libre. Les quelques fois que où j’en porte, je suis inconfortable, coincée, serrée dans mes vêtements.
En prenant cette décision, j’entre en quelque sorte dans le mythe de la féministe qui brûle sa brassière. Cette idée part d’une manifestation contre le concours Miss America à Atlantic City en 1968, où des féministes auraient brûlé leur soutien-gorge. Dans les faits, toutes les femmes ont gardés leurs sous-vêtements sur elle et il n’y avait pas de feu[1]. Si je ne suis pas encore rendue à vouloir flamber mes soutiens-gorge, il me semble aujourd’hui que ce n’est quand même pas une si mauvaise idée.
Je ne vous dis pas que je suis toujours 100% à l’aise. Je suis encore en adaptation. Au début, j’avais tendance à cacher mes seins avec mes bras, pour ne pas que les gens remarquent. Maintenant, je le fais beaucoup moins et j’ai confiance que ça s’améliorera. J’ai aussi l’impression que le facteur «peut être porté sans soutien-gorge» sera à l’avenir présent lors de mes achats de nouveaux vêtements. Parce que j’en porte encore un lorsque je mets un chandail blanc ou pâle, ou encore lorsque le tissu est irritant, à cause des imprimés ou de la texture.
Bien sûr, ce changement fait réagir. Les commentaires vont de «Ben voyons pourquoi?» à «J’aimerais ça être aussi à l’aise que toi» et «Super, pourquoi pas!», en passant par «Moi je ne pourrais pas, mes seins sont trop gros».
Il est certain que la taille de mes seins a probablement beaucoup à jouer dans l’appréciation de mon expérience. J’imagine qu’une femme avec une forte poitrine pourrait ne pas se sentir bien sans soutien.
Mais pourquoi tous nos seins devraient être pareils? Parce qu’on s’entend, maintenant, toutes les filles portent des soutiens-gorge avec un bonnet déjà formé. Probablement parce que c’est rendu assez difficile de trouver un soutien-gorge conçu différemment dans une lingerie. Un bonnet souple, ça fait «madame» voyons! C’est sans parler qu’il est également difficile d’en trouver un sans rembourrage. Résultat : tout le monde a la même forme de sein, bien rond, lisse, et sans mamelon. C’est devenu la norme d’un beau sein, qu’on voit partout dans les rues, et qui crée des réactions comme «ses seins avaient l’air plus beau avant qu’elle enlève sa brassière». En réalité, tous les seins sont de formes différentes et se tiennent différemment, et c’est parfait ainsi.
Alors je vous mets au défi : essayez-le, une semaine seulement. Et vous me direz ce que vous en pensez.
Ah oui, j’oubliais. Je ne me maquille presque plus aussi. Apprendre à me trouver belle sans maquillage, c’est un autre de mes objectifs auquel je travaille. J’ai du pain sur la planche !
Par Florence
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