Ce sexisme-là

f31833ed71a908a75bc19bb53fdc5c09Lundi le 24 février, un peu par défi auto-imposé, un peu par ennui, un peu parce que je n’avais jamais regardé un des trois postes de la télévision depuis que j’ai emménagé, j’ai décidé de regarder la première de l’émission «Ces gars-là» au canal V. Co-écrite par l’humoriste Sugar Sammy et le réalisateur / comédien Simon-Olivier Fecteau, cette série se veut irrévérencieuse et humoristique, dans la même lignée que Seinfeld, The Office et Curb Your Enthousiasm (selon leur site web officiel, d’ailleurs bourré de fautes jusque dans le titre de la série, épelé «C’est gars-là» quatre fois plutôt qu’une…)*.

On s’entend que je ne m’attendais pas à grand chose en regardant «Ces gars-là», surtout après avoir souffert leurs annonces à répétition sur les écrans de la STM. En effet, après à peine trois minutes d’écoute, je courrais dans ma chambre chercher mon Macbook pour noter les répliques sexistes qui ne cessaient de fuser de toutes parts.

(J’entends déjà les commentaires des auditeurs types de V « Oui mais là! c’est d’l’humour, t’es ben pognée!», « T’avais juste à regarder Série Noire à la place si t’es pas contente!» , «R’tourne à tes obscures séries de lesbiennes sur Netflix!». Et bien, non! J’ai malheureusement enduré la demi-heure de «Ces gars-là» presque jusqu’à la fin. Je dis bien «presque»….)

L’épisode commence en grand ; Sugar Sammy (typique douchebag imbu de lui-même qui habite toujours chez ses parents à 32 ans)  essaie de convaincre Simon-Olivier (qui sort  tout juste d’une rupture difficile) de se trouver une fille à baiser dans un bar (même si ce dernier ne semble vraiment pas en avoir envie). Pour le persuader qu’une fille est «dans sa ligue», il dit de celle-ci qu’elle est clairement anorexique, et donc qu’elle souffre de problèmes d’estime de soi. Sa conclusion ; elle est fourrable. (Je paraphrase, là.)

Par où commencer? D’abord, si une fille est mince, elle est automatiquement anorexique? Et si elle a une piètre estime d’elle, ça fait d’elle une bonne cible? Une potentielle victime?

Devant l’échec retentissant de la tentative de conquête de Simon-Olivier, Sugar Sammy fonce droit vers une fille, et lui demande de «venir chez lui pour qu’il lui montre sa graine». (Non, je ne paraphrase pas, ça ne s’invente pas comme pick up line.) C’est vulgaire, gratuit, de mauvais goût….et surtout, SURTOUT…ça n’est même pas drôle!

Ça continue comme ça tout au long de l’épisode, avec Sugar Sammy qui cat call une fille sur un trottoir en lui criant que «C’EST PAS POUR DU VIOL» (heureusement que ladite demoiselle l’engueule comme du poisson pourri, même si le tout est tristement mal joué) et avec le père de Sugar Sammy qui traite l’ex-copine de Simon-Olivier ET la fille du bar de whores (ahah! traiter des femmes de putes c’est tellement humoristique).

Le questionnement qui s’impose à moi suite à l’écoute de «Ces gars-là», c’est à quel point une société doit être malade pour trouver des émissions du genre drôles? Il y en a eu plusieurs, des séries centrées sur le douchebag typique, il me semble qu’on a fait le tour de la question? Et même si le tout doit être pris au deuxième degré, même si les gars essaient de rire d’eux-mêmes, il y aurait sûrement une autre manière de le faire, non?

Juste pour le plaisir (le mot est exagéré), j’ai fait l’expérience d’inverser mentalement les rôles masculins et féminins du premier épisode de «Ces gars-là» (cliché, me direz-vous, mais une technique infaillible pour bien comprendre le ridicule de la chose). Si des femmes avaient fait la même série en traitant les hommes comme de vulgaires objets, la conclusion aurait finalement été la même : les femmes sont toutes des salopes.

Comment se sort-on du cercle vicieux du sexisme facile dans les médias?
En le dénonçant.

Mais pour le dénoncer, il faut parfois subir vingt-deux minutes de gags nuls et d’auto-congratulation, le tout saupoudré de publicités abrutissantes faisant la promotion du spectacle de, vous l’aurez deviné, Sugar Sammy lui-même!
Je vais passer mon tour,  j’pense ben.

*NDLR : Moins de vingt-quatre heures après la publication de ce texte, la description de l’émission sur le site web de V avait été changée et corrigée du tout au tout.

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