6 suggestions pratiques destinées aux personnes non travailleuses du sexe qui veulent entrer dans le débat sur la prostitution
Ce billet est un clin d’oeil à un autre texte publié sur Je suis féministe.
Règle 1: Prenez conscience que les discussions devraient être menées par des personnes de l’industrie.
En corollaire à la règle 1 : Les personnes pouvant prendre part de la façon la plus constructive et pertinente au débat sur les enjeux de la prostitution sont celles qui l’ont vécue ou la vivent au quotidien. Les autres personnes n’ont qu’une idée vague de ces enjeux, basée sur les statistiques souvent faussées qui sont publiées, ou encore sur des témoignages indirects faits par d’anciennes travailleuses du sexe, ou, pire encore, sur une idéologie qui s’éloigne de la réalité.
Règle 2 : Soyez conscientes de vos privilèges de personnes non prostituées.
En corollaire à la règle 2 : Les personnes prostituées vivent une oppression sociétaire extrêmement violente, tant avec la réalité de criminalisation et les risques pour leur santé et pour leur sécurité, qui peuvent parfois mener au meurtre. N’oublions pas que les personnes prostituées ont 14 fois plus de chances de se faire agresser ou tuer que tous les autres groupes de la société.
Il est facile, lorsqu’on n’est pas travailleuse du sexe, de juger quelqu’un qui l’est. Mais on oublie facilement qu’on a d’autres choix, d’autres avenues, et que cette personne ne les a pas nécessairement.
Règle 3 : Apprenez à écouter.
En corollaire de la règle 3 : Avant de parler, essayez de comprendre le point de vue et le vécu de la personne en face de vous. 100% des organismes par et pour les travailleuses du sexe dans le monde entier demandent la décriminalisation : en leur martelant que ce n’est pas ce qu’elles souhaitent, vous transformez ces milliers-millions de femmes en « majeures incapables », à qui il faudrait expliquer ce qui est bien pour elles.
Au lieu de toujours chercher à professer son point de vue, il est bon de se rappeler que, dans une discussion, on en apprend souvent beaucoup plus en se taisant et en écoutant les autres parties.
Règle 4 : Résistez à la tentation inconsciente de dominer.
En corollaire à la règle 4 : Si vous dominez le débat, mais que vous n’êtes pas une personne de l’industrie, si vous croyez parler au nom de « toutes les pauvres filles », vous infantilisez les femmes qui se sont battues et se battent encore pour leurs droits dans les milieux politiques et juridiques, dans les organisations, dans les débats, dans les médias, etc. Ces femmes ont l’autonomie, l’intelligence et le jugement nécessaires pour décider ce qu’elles veulent faire dans leur vie, et nier leur autodétermination est une forme de domination. Vous ne pouvez pas prétendre mieux savoir ce qu’elles veulent qu’elles-mêmes.
Règle 5 : N’essayez pas de jouer au Chevalier Servant et/ou à la Mère Poule.
En corollaire avec la règle 5 : Les travailleuses du sexe ne sont pas des victimes qu’il convient de sauver à tout prix. Elles ne sont pas des petites filles, des pauvres filles, ou des femmes à encadrer ou surveiller. Elles sont des travailleuses : certaines ont des conditions de travail horribles, et il convient de réglementer le milieu pour leur permettre de travailler en sécurité et en collaboration avec les forces de l’ordre; d’autres ont de bonnes conditions de travail, mais vivent avec la crainte d’être criminalisées. Au lieu d’essayer de les sauver, laissez-leur la possibilité de négocier elles-mêmes leurs conditions de travail ou joignez votre voix pour les soutenir dans leur lutte.
Règle 6 : Ce n’est pas parce que vous êtes féministe que vous êtes exempt(e) de ces suggestions.
En corollaire à la règle 6 : Il est merveilleux que vous soyez féministe, mais ne croyez-vous pas que c’est de reproduire une forme d’oppression que de ne pas respecter les suggestions ci-dessus, sous prétexte que votre cause est juste et que vous savez ce qui est bien pour les autres femmes? Croyez un peu en l’autodétermination des femmes et en l’empowerment des travailleuses; elles connaissent l’industrie, vous non.
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