Peut-on arrêter de se questionner sur la pertinence du féminisme?
Ça y’est, j’en peux pu! Je suis à boutte! Je ne suis plus capable d’entendre la question « Le féminisme a-t-il encore sa raison d’être? » et toutes ces variantes. Au lieu de te poser la question, fais des recherches, documente-toi, regarde ce qui se fait dans les milieux militants, dans les universités, dans les groupes communautaires. Mais s’il te plait arrête de nous poser encore et encore ET ENCORE la MÊME satanée question. Chaque année, à chaque mois de mars, c’est le festival de la réflexion sur la pertinence du féminisme qui recommence. Sérieux?! Encore?!
(Ce billet d’humeur est rendu possible grâce à la chronique de Lydie Coupé sur le blogue du Huffington Post.)
Non seulement cette question n’est pas plus pertinente qu’elle n’est originale, mais elle est complètement un foutoir à moi-je-pense-que. Tout le monde a le droit d’avoir son opinion, j’en conviens. Mais, encore faut-il que cette opinion soit fondée, réfléchie, recherchée, et un tant soit peu éclairée. D’ailleurs, au lieu de prendre à partie trois femmes médiatiques – sans même citer un seul passage qui témoigne de leur « radicalisme » et leur « sectarisme », peut-être que Françoise David, Alexa Conradi ou Martine Delvaux auraient pu être prises en exemple? Toutefois, le propos aurait dû être plus nuancé, ce qui aurait nuit à l’écriture de la chronique, non?
Et de dresser le tableau de toutes les belles réalisations des féministes, c’est un peu comme nous flatter dans le sens du poil (!) avant de nous gifler. Bref, c’est le comble de l’insulte! Et je n’aurais pas détesté une reconnaissance que les semaines de travail de 40 heures (pour tous!), l’interdiction du travail des enfants, les congés de paternité, les congés parentaux sont au nombre des revendications et gains du mouvement féministe. Fait intéressant à noter, des féministes et des femmes qui ont le culot et l’audace de dénoncer l’hypersexualisation (bien que ce soit un sujet délicat) des fillettes, ça existe. Et non, ce n’est pas « la faute des hommes » (sic), c’est un problème de société, que nous devrions régler en société.
Au lieu de nous dire ce que devrait être le féminisme, il faudrait d’abord prendre le temps de prendre connaissance de ce qu’est le féminisme. Peut-être que cette prise de connaissance permettrait de découvrir qu’il n’y a pas un féminisme, mais DES courants féministes! Ces courants diffèrent selon les époques, les années, les pays, les courants de pensées. Le féminisme renverse et remet en question les notions de bien et de mal justement. Ainsi, pour faire (très) court – attention des généralisations suivent – il y a un féminisme libéral (qui militait pour le droit de vote des femmes), un féminisme marxiste (selon lequel les « femmes » sont une classe sociale comme les autres prises dans un système structurel qui les opprime), un féminisme radical (qui prône que la racine de l’oppression des femmes est le patriarcat – racine/radical, v’voyez le lien?), un féminisme lesbien politique (pour lequel une séparation des sexes doit être établie tant que perdure le patriarcat), un féminisme de « couleur » (né aux États-Unis et repris dans la plupart des pays en opposition au féminisme des blanches-petites-bourgeoises et qui revendique justement une prise en compte des oppressions d’appartenance ethniques), un féminisme queer (pour une prise en compte des oppressions des personnes LGBTTT), un féminisme essentialiste (ou différentialiste – selon lequel il existe des différences fondamentales/biologiques entre les femmes et les hommes), un féminisme égalitariste (qui veut que toutes les femmes aient les mêmes droits et les mêmes chances que les hommes), un féminisme… ai-je besoin de continuer?
Plus qu’une idéologie communautariste qui évince l’autre moitié de l’humanité, le mouvement féministe devrait s’inscrire dans une lutte globale contre toutes les formes de discrimination, qu’elle soit selon le sexe, la couleur de peau, la religion ou l’orientation sexuelle. Cette lutte globale s’appelle l’humanisme et elle devrait se matérialiser au quotidien sans porte-étendard. Autant de luttes contre la pauvreté (hommes, femmes, enfants), le piètre état de l’éducation publique et la violence conjugale. Présenter le féminisme uniquement sur une base manichéenne du bien contre le mal me semble dorénavant inapproprié tant cette distinction me semble de plus en plus floue (Coupé, 2014).
Enfin, les recommandations quant à la nature humaniste que devrait prendre le féminisme, y’en a marre! Le féminisme n’est pas qu’une parure, qu’un porte-étendard. Le féminisme est un humanisme. Le féminisme – sauf, peut-être le courant politique féministe lesbien, qui revendique la séparation politique des sexes jusqu’à l’abolition du patriarcat – ne cherche pas à évincer l’autre moitié de l’humanité. Et ça, un peu de recherches et de réflexions auraient pu aider à en prendre conscience pour éviter des « généralisations simplistes ».
Je reconnais et remercie Marie-Anne pour ses commentaires généreux et ses judicieux conseils.
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