Vos témoignages #agressionnondénoncée (4)

Il y a quelques temps, je vous partageais quelques réflexions sur « la chance » de ne pas avoir d’#agressionnondénoncée et vous offrais la possibilité de laisser vos témoignages. Nous avons reçu plusieurs témoignages que je partagerai avec vous en 7 billets au cours des prochaines semaines. Merci à toutes de vos partages et de votre confiance.

ATTENTION: Considérant le caractère très cru, direct et, parfois violent, de certains témoignages, ils pourraient occasionner de l’inconfort chez une partie du lectorat.

#agressionnondénoncée JSI+JSFLes billets seront également partagés par Je suis indestructible dans un partenariat spécial créé pour #agressionnondénoncée


Anonyme:

Témoignage: « Attouchements sexuels à 7 ans de la part d’un cousin de 16 ans supposé nous garder, sa sœur et moi. Je n’ai pas parlé de peur de générer un drame.

Mains baladeuses à 10 ans de la part d’un employé de l’entreprise de mon père. Idem.

28 ans : Tentative de viol durant mon sommeil de la part d’un « ami » que j’hébergeais après une soirée alcoolisée. J’ai réussi à le faire partir de chez moi, pas de plainte de peur qu’il nie, qu’on ne me croit pas, qu’on me reproche d’avoir bu.

Et enfin, à 30 ans, une agression physique que j’ai dénoncée à la police : simple rappel à la loi pour mon agresseur, qui s’en tire avec le sourire, il a prétendu que je l’avais provoqué. Je me dis que si une nouvelle agression se produit et que je me retrouve dans le même commissariat, que va penser l’officier de police ? Que j’ai encore provoqué ? Je ne me sens pas en sécurité dans cette vie.

J’ai quand même eu de la chance, jusqu’ici je n’ai pas été violée. »

Lilyane:

Témoignage: « Bonjour, Merci pour cet espace. Je n’osais pas… J’ai été gardée par le fils d’une amie de mes parents. Je devais avoir 8 ou 9 ans… Il m’a fait un cunnilingus, m’a froter le clitoris et a essayé de me pénétrer. Il me demandait si j’aimais ça. Lorsque je disais non il arrêtait et passait au geste suivant, en boucle. J’ai dit oui au cunnilingus. C’est vrai que la sensation était agréable même s’il y avait un malaise. C’est ce qui accroche le plus, comment dénoncer quelque chose alors que j’y ai trouvé un certain plaisir? Je savais bien qu’il y avait anguille puisqu’il ne fallait pas dire à personne. Comment faire confiance à un garçon ou un éducateur de garderie pour veiller sur mes filles? Je n’ai jamais eu d’autre gardien, il est revenu une seule fois. Grâce à lui je fais partie des femmes qui regardent de travers tout garçon qui veut garder et qui refuse de laisser ses filles entre les mains d’un éducateur. La culture du viol touche aussi les hommes même s’ils disent qu’on exagère. »

Anonyme:

Témoignage: « Il y a eu cette fois, quand j’avais 15 ans, qu’un grand homme aux lunettes fumées a frotté son érection sur moi pendant un long moment dans un autobus surchargé. J’ai complètement figé malgré moi et je n’avais aucune place pour esquiver.

Il y a eu un copain qui, une rare fois que j’étais très saoule et amorphe, en a profité pour faire des choses sexuelles que je refusais toujours car ça me rendait trop timide et mal à l’aise. Des choses un peu « banales » comme en pleine lumière, certaines caresses plus « exploratrices » des cavités de mon corps, mais néanmoins des choses qu’il savait que je refusais systématiquement et que je n’étais pas prête à faire. J’en garde un souvenir très flou et extrêmement désagréable. À vrai dire, j’évite d’y penser.

Il y a eu un nouveau copain qui a insisté encore et encore pour que j’accepte une relation sexuelle, malgré mes non répétitifs, mes explications claires que c’était important pour moi d’attendre de mieux le connaitre avant. Ça a prit quelques rencontres, mais il insistait tellement que j’ai fini par dire « ok« , en insistant pour qu’il mette un préservatif. Préservatif qu’il a subitement décidé d’enlever discrètement en milieu de relation d’ailleurs, me rassurant ensuite qu’il était « clean » et que ce n’était pas grave du tout, me culpabilisant d’être « tellement une fille angoissée » et m’ordonnant de me laisser aller un peu ! Il savait fort bien qu’il avait une grave ITSS chronique et souvent mortelle (notamment) et il était tout à fait informé sur les risques associés, ce que j’appris par hasard seulement quelques mois plus tard.

Il y a eu un prof de philo au cégep qui avait un comportement suffisamment ouvertement sexué envers moi pour qu’une amie de classe m’en ait parlé pour me dire de me méfier. Il m’envoyait aussi des messages pour me dire de le rejoindre dans son bureau, seule, et se ventait devant toute la classe de sa relation avec une ancienne étudiante de l’année précédente (majeure, mais tout juste). Prudente, je ne suis jamais allée seule dans son bureau, mais j’ai eu peur de lui et de ses regards envers moi toute la session.

Il y a eu la fois l’été de mes 16 ans où un homme dans la 50aine est venu me voir pour me demander « deux belles poitrines bien rondes », en insistant sur les mots, le regard étrange et rivé sur mes seins, en se léchant pratiquement les lèvres. Je travaillais dans une épicerie.

Il y a eu un homme âgé dans une résidence, dont il fallait se méfier comme préposées, car il tentait toujours de nous toucher les seins. J’avais 17 ans.

Et il y a eu mon premier copain, après notre première expérience sexuelle (7 mois plus tard), qui est allé parler de la couleur de mes poils pubiens à tous ses amis, qui rigolaient de ça la fois suivante en me voyant.

Puis… il y a aussi eu toutes ces fois que j’ai eu peur, dans la rue, le métro, le train. Peur aussi les 3 fois où j’ai vu des hommes se masturber en public et me regarder passer, fiers de leur érection, dont au moins une fois quand j’étais mineure.

Étonnamment peut-être, moi aussi je me suis toujours considérée « bien chanceuse » de n’avoir jamais vécu pire, plus violent, plus destructeur. Je n’ai jamais dénoncé ces évènements, probablement parce que je sais que bon nombre de mes amies proches ont vécu bien pire et que « ça » et que c’est pas grand chose « en comparaison ».

Mais chacune de ces expériences est néanmoins une cicatrice que je porte depuis. Des traumatismes, plus ou moins importants et plus ou moins refoulés et qui me trottent encore régulièrement dans la tête, bien des années plus tard.»

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