Nous sommes aujourd’hui le 8 mars, la journée internationale des droits des femmes (et pas de la femme, merci bonsoir). Nous sommes supposé.es festoyer le 8 mars. Se réjouir des droits acquis et se remémorer les luttes des dernières dizaines d’années. Une journée pour s’arrêter et célébrer les femmes, se réjouir de leurs luttes, leur histoire et les combats encore à faire. Pourtant, à chaque fois, j’ai l’impression d’assister à une St-Valentin tardive où l’on vante les qualités des femmes, leur féminité et la douceur qu’elles amènent dans ce monde si masculin et cruel (supposément). Merci les femmes d’avoir porté nos enfants, merci les femmes d’etre présentes et douces, merci les femmes d’exister pour ce que vous êtes : des femmes.

J’aimerais que cette journée n’existe plus parfois. Non pas qu’elle soit inutile, mais parce qu’elle est très mal comprise et très mal traduite. Pour moi le 8 mars devrait être un jour de colère, un jour de prise de parole et un jour de bilan. J’ai hâte que cette prise de conscience ne soit plus réduite à 24h ou à une semaine pour la majorité des parleux et parleuses de ce monde AKA les chroniqueurs et chroniqueuses. J’aimerais que les femmes ne soient plus réduites à une journée et encore moins à une journée où l’on vante les supposées vertues des femmes qui en général se réduisent à des stéréotypes.

Le 8 mars devrait être un jour pour remettre les pendules à l’heure. Pour exiger ce que nous méritons. Nous voulons être reconnues pour notre travail et donc être payées le même salaire que les hommes pour des tâches similaires. Nous voulons être reconnues pour le travail que nous faisons à la maison le soir venu et qui «va de soi» pour plusieurs. Nous voulons que nos revendications et besoins soient écoutés. Que nos réflexions ne soient pas des inepties. Que notre colère légitime ne soit pas considérée comme une émotion ou un symptôme de notre syndrôme pré-menstruel. Non je n’ai pas du sable dans le vagin, j’en ai juste plein le cul comme les hommes disent lorsqu’ils sont fâchés.

Oui les choses changent, oui la discussion entourant le féminisme et les droits des femmes semble être de plus en plus populaire et publique. Mais tant de choses reste à faire. Tant de sujets tabous encore, tant de sujets inexplorés ou mal compris par la majorité. Il y a encore un travail d’éducation et de compréhension qui nous attend, femmes et hommes.

Ce que je veux le 8 mars, c’est que ce soit une journée comme une autre. Pas parce qu’on ne parle pas des femmes et de leurs réalités, mais parce qu’on en parlerait tellement toute l’année que nous n’aurions plus besoin d’un 24h top chrono pour avoir bonne conscience en se disant : voilà, on a parlé des femmes, la job est faite.

Et c’est probablement étrange que je décide de ré-écrire un 8 mars. Parce que j’ai vraiment pris une pause. Parce que j’étais fatiguée de me justifier, de m’expliquer, de répéter les mêmes choses. Je me suis recluse et j’ai pris du temps pour moi parce que j’en pouvais plus, je perdais mon souffle. Mais là je suis de retour et je veux reprendre la parole.

Pour moi le 8 mars est signe de bilan. C’est un temps pour s’arrêter, réfléchir, voir ce qui reste à faire et continuer le lendemain. Les femmes ne sont pas moins battues, tuées, violées, harcelées ou mieux traitées le 7 et le 9 mars. Le 8 mars n’est pas une célébration de la féminité, ce n’est pas une deuxième st-valentin ou un avant fête des mères. Les femmes sont plus que des amoureuses, amantes, mères, soeurs ou amies. Nous sommes des êtres humains, avec une réalité commune. Ce n’est pas notre vagin qui nous unit, mais notre réalité bien distincte de femme ou identifiée comme femme.

Le 8 mars, je revendique le droit d’être en colère, de crier et m’époumoner sur ce qu’il reste à faire pour que nous vivions dans un monde réellement égalitaire. Si quelqu’un.e pense que se dire égalitaire ou humaniste revient à se dire féministe, il/elle se trompe. Parce qu’englober les réalités des femmes dans un discours humaniste c’est éliminer et nier leurs problématiques au profit d’un discours confortant et rassurant. Je m’excuse (ou pas), mais la situation des femmes tout comme la situation des personnes trans ou non-binaires ou des femmes marginalisées est loin d’être paisible . En fait elle est très différente des femmes cisgenre et/ou blanches et/ou hétérosexuelles et mérite aussi une attention particulière. Nous méritons d’avoir notre place et notre espace pour s’exprimer, qu’il soit mixte ou non. C’est notre décision.

Le 8 mars pour moi est aussi signe de fête (parce que oui je suis née le 8 mars, deux semaines en retard…féministe in utero much?). Mais il est aussi signe d’indépendance et de solidarité. Et vraiment, j’espère qu’un jour on ne me parlera plus de la fête des femmes le jour de mon anniversaire parce que tout simplement, on aura compris que notre réalité et nos problèmes sont présents à chaque jour. Et que d’en parler une fois par année n’est pas assez. Je ne veux plus de palmarès des femmes inspirantes le 8 mars, je veux qu’on nous voit à chaque jour de l’année.
Et d’ici là, le 8 mars, I will have my cake and eat it too.