ces-femmes-qui-ne-veulent-pas-d-enfant

Cela fait maintenant quelques années que je suis fixée : je ne veux pas d’enfant.

Après moult réflexions sur mon avenir, sur mon projet de vie, sur le modèle traditionnel « trouve un mec / reste avec jusqu’à ta mort / fais-lui des enfants avant 30 ans », j’ai décidé que je ne désirais pas procréer. Que cela constituait pour moi un choix de vie qui ne me convenait pas, car ayant plus de points négatifs que de points positifs.

Or, depuis que j’ai fait mon coming-out d’éternelle nullipare, je ne peux aborder la question sans me coltiner des dizaaaaaaines de réflexions désobligeantes et de demandes d’explications de la part de quasiment toutes les personnes à qui j’ai fait part de mon projet de vie exempt de toute procréation. Mais pourquoi donc?

Pourquoi mon choix de non-procréation est-il toujours et invariablement remis en question?


Mes parents sont les premiers à le faire ; d’autres membres de la famille se permettent aussi de le faire quand ils en ont l’occasion ; les ami-e-s n’osent pas critiquer ouvertement, mais ont du mal à comprendre, essayent de comprendre ou n’essayent pas de comprendre.

Mais personne, PERSONNE ne m’a dit un truc du genre: « Ben ok, c’est ton droit, c’est cool d’avoir déjà choisi. Mais bon, tu sais, tu fais ce que tu veux» qui signifierait alors que mon choix de ne pas avoir d’enfant aurait la même valeur que mon choix d’étude, de carrière, d’alimentation, bref, que tous les autres choix que j’ai déjà fait et que je continue de faire sans rencontrer une hostilité comparable à celle-ci.

En revanche, je ne peux pas aborder le sujet avec mes géniteurs ou avec un autre membre de ma famille sans qu’invariablement on me réponde :

  • « Ne dis pas que tu n’auras jamais d’enfant, tu n’en sais rien ! »
  • « Tu dis que tu n’en veux pas maintenant, mais tu changeras d’avis plus tard/à 30 ans/quand tu auras rencontré le prince charmant»
  • « Tu ne peux pas savoir si tu auras des enfants pour l’instant »

On notera la récurrence de l’idée que je ne peux pas être sûre à 100% que je ne vais pas utiliser mon utérus d’ici la ménopause.

Pourquoi ? 

Pourquoi ne me croit-on pas lorsque j’explique calmement que, pour de multiples raisons intellectuelles et émotionnelles, je n’ai pas le projet de vie de fonder une famille ?

Pourquoi bafoue-t-on ainsi mon droit de choisir ma vie quand il est question d’utiliser mes ovocytes?

Pourquoi me rabaisser à mes hypothétiques « instincts naturels de future mère » au détriment de ma réflexion intellectuelle et des valeurs qui ont encadré cette réflexion ?

Je vais faire une petite comparaison :

Depuis mes 16 ans, je suis végétarienne. Ce choix alimentaire, je l’ai fait par idéologie et par principes moraux, principes ayant entrainés un dégoût de la chair animale. Ce choix, atypique encore aujourd’hui, a entrainé quelques houles colériques au sein d’une famille bien carnivore : mais très rapidement, mes arguments ont été entendus (à défaut d’être suivis…) et mon choix respecté.

Pourquoi ce choix-là n’est-il jamais remis en question ? On ne m’a jamais dit :

  • « Bah, ne dis pas que tu ne vas jamais plus manger de la viande, tu n’en sais rien ! »
  • « Tu dis que tu ne mangeras plus jamais de viande, mais tu changeras d’avis plus tard/à 30 ans/ devant un bon steak tartare »
  • « Tu ne peux pas savoir que tu ne va jamais craquer pour l’instant »

Pourtant, il n’est pas totalement exclu que je me remettre un jour à remanger de la viande, pour quelque raison que ce soit : abandon de mes principes moraux, envie soudaine et irrésistible de m’enfiler quinze rondelles de saucisson, que sais-je…

Plus loin encore : depuis toutes ces années, il m’est DÉJÀ arrivé d’avoir envie de certains aliments carnés, rarement mais quand même. J’aurais pu craquer alors : j’aurais pu me dire « Bon aller après tout, hein, pourquoi se priver ? ».

Mas je ne l’ai pas fait. Car ces envies passagères n’étaient rien comparées à mes convictions intellectuelles sur le sujet. Donc les arguments en défaveur de la consommation de viande ont été plus forts que les arguments en faveur, tout comme ils l’ont été lorsque j’ai sauté le pas.

De même, il se pourrait tout à fait qu’un jour je tombe enceinte par accident et que je ne résiste pas à la tentation de prendre cette grossesse non planifiée comme une excuse pour décider de garder l’enfant que j’aimerais bien avoir ; ou qu’un jour je tombe éperdument amoureuse d’un homme avec lequel j’aurai irrésistiblement envie de procréer, afin de sublimer cet amour ; ou que je me sente seule à 40 ans dans mon appart’ de célibataire endurcie, et que je me décide finalement à fonder une famille pour être entourée…

Mais ce n’est pas mon projet. Mes convictions intellectuelles sont aujourd’hui telles que je peux affirmer que je ne veux pas d’enfant. Pourquoi ces convictions-là seraient-elles moins importantes, moins fortes, moins durables, moins crédibles que celles qui m’ont poussée à devenir végétarienne ?

Pourquoi, lorsque l’on en vient au sujet « faire des enfants», les oreilles se bouchent et les langues s’obstinent à nier mon choix éclairé et mon droit légitime?

Et d’ailleurs, si j’avais été un homme, mon entourage aurait-il remis en question mon choix de vie avec autant de véhémence?

Car tel est de toute évidence la question sous-jacente.

Une femme, même au 21ème siècle et dans un pays occidental qui se targue d’être moderne et égalitaire, peut-elle exister si elle n’est pas une mère (en devenir)?

Peut-elle exister socialement, ou sera-t-elle éternellement considérée comme une « vieille fille » égoïste, aigrie et solitaire?

Mes parents insisteraient-ils autant sur la possibilité que je change d’avis plus tard par peur… que je devienne une femme « anormale » et « inutile »?

femmes-sans-enfants


Et vous, multipares ou nullipares de tout bord et de toute confession :  Pourquoi avez-vous fait/ n’avez-vous pas fait des enfants ? Trouvez-vous anormal ou légitime que certaines personnes ne désirent pas fonder une famille ?