En ce week-end de fêtes des mères, je vous dis : vous avez le droit de ne pas fêter si ça vous tente pas. Vous n’êtes pas obligé de continuer à jouer le jeu de la maman parfaite qu’on vous impose. L’amour, vous le donnez tous les jours, mais ça ne vous impose pas de faire le ménage parfaitement, de sourire toujours ou d’être toujours disponible pour vos enfants.

Et, oui, vous avez le droit de sortir aussi. Parce que la dernière fois que vous vous êtes fait une soirée pour vous, vos enfants ont tout fait pour vous retenir, vous lançant des regards noirs, pleurant, criant à la trahison. Et, oui, ça vous a affectée. Oui, je refuse l’aliénation maternelle, mais oui, je les aime, ces enfants. Je veux leur épargner un amour étouffant, aliénant car je crois qu’une mère aliénée est une mère aliénante, mais non, je ne peux pas moins les aimer. Et parmi toutes ces soi-disant « mauvaises mères », je crois que la plupart aiment leurs enfants, certaines en les étouffant, certaines en affectant de la froideur, mais toujours pour bien faire.

Seulement, on a toujours plus à reprocher à nos mères. Si je me rends compte aujourd’hui que le féminisme aurait pu sauver mon couple, il est trop tard pour celui-ci, mais il peut au moins sauver ma maternité, mon rapport à mes enfants et celui à ma mère. Discutez avec la plupart des femmes, elles vous diront que leur rapport à leur mère est hyper compliqué et que celui à leur père est plus sain.

Mais si on a toujours plus à reprocher à notre mère, c’est aussi parce qu’elle a plus assumé : la charge mentale, le travail invisible. La mienne était monoparentale. À l’époque, on disait « fille-mère ». Aujourd’hui, quand on me dit « tu es monoparentale », je dis «ah non», car je suis en garde partagée, mon ex assume la moitié de la responsabilité et croyez-moi, c’est autre chose quand tu assumes tout : le budget, le travail à l’extérieur, le travail de la maison, toutes les responsabilités, et de la petite enfance jusqu’à l’âge adulte – j’ai 37 ans aujourd’hui – j’ai toujours eu des griefs contre ma mère. Je n’ai fait que ça. Alors, oui, ma mère m’a transmis les coups de blues, les dépressions, la victimisation, la manipulation aussi parfois, mais elle m’a aussi appris la liberté, l’amour, les bonnes valeurs. Elle est toujours là pour moi, quelles que soient mes griefs, quelles que soient mes difficultés. Mon père, lui, ne m’a pas reconnu, je l’ai retrouvé à l’âge adulte, il m’appelle quelque fois, quand ça lui chante, me raconte sa vie, ses problèmes, et malgré ça je me dit que c’est un type super. Et c’est ce que je vois chez beaucoup de copines. Une amie, récemment me disait « ma mère, c’était pas une très bonne mère » et je me disait : est-ce que ça existe une très bonne mère? C’est quoi une très bonne mère? Est-ce que c’est pas ta mère qui a tenu la barre quand ton père est parti, gardant le rôle de « mon père ce héros lointain » qu’on attend avec impatience, qu’on retrouve avec émotion et indulgence ?

Quand je suis arrivée en centre d’hébergement pour femmes en septembre, la première chose que les intervenantes m’ont dit c’est « ne détruit pas l’image du père ». Et je leur en suis reconnaissante, à ces intervenantes, parce que oui, mes enfants ont besoin d’un père, leur père est toujours là pour eux, bien plus présent que le mien et que beaucoup de pères. Mais c’est aussi le même homme qui me dénigrait régulièrement dans mon rôle de mère, qui exigeait le devoir conjugal le soir, qui ne voulait jamais discuter ni comprendre mes questionnements et mes difficultés. Et beaucoup de mères ont dû vivre avec ça.

Depuis ma conscientisation au féminisme, j’en parle tout le temps avec ma mère : ça répare notre lien, ça nous permet de parler de beaucoup de choses qu’on avait peu évoqué, ça lui redonne son pouvoir d’agir au sein de son couple. Elle qui devait composer comme moi avant avec un mari assez totalitaire, se remet à faire des activités pour elle, à avoir des amies, à affirmer ses opinions. Elle m’envoie même des vidéos et liens vers des sites ou actualités féministes de chez elle, en Bretagne! Et il me semble que nous sommes beaucoup moins électriques l’une envers l’autre…

Alors, bonne fête maman!