Don't rape

Crédit : Richard Potts (Creative Commons)

Démystifions l’hypocrisie au sein du mouvement féministe : ces personnes qui se désintéressent volontairement ou involontairement quant à différents enjeux importants dans le mouvement parce que ceux-ci ne les touchent pas dans leur vie quotidienne. En effet, ce n’est pas parce que l’on se revendique féministe qu’on l’est réellement.

La première question qui s’impose : pourquoi? Eh bien, on peut dire que c’est moins forçant de regarder sa propre mousse de nombril plutôt que celle des autres, surtout s’ils en ont beaucoup. Donc, ça semble plutôt inintéressant, voire inutile, pour une femme blanche d’inclure tout le monde dans ses propos.

Du côté de la sexualité entre féministes, la campagne Sans oui, c’est non fait présentement beaucoup de vagues dans les institutions scolaires québécoises. Et pourtant, il n’est pas rare d’entendre des personnes témoigner d’expériences négatives entre les draps qui se sont produites avec des personnes qui s’identifient comme féministes. En effet, selon une étude effectuée en 2016 par un groupe de chercheuses sur six campus universitaires différents, une personne sur trois aurait été victime de violence sexuelle depuis son arrivée à l’université. Ça peut sembler étonnant à première vue, surtout dans une société où le féminisme est de plus en plus répandu.

Discuter brièvement avec quelqu’un, échanger les numéros et lui demander ce qu’il pense du féminisme est devenue une nouvelle approche tant sur les sites de rencontres que dans les bars : quelques palpitations quand elle dit oui, un peu moins quand elle ne te respecte pas à ta « juste valeur » après une date. Des scénarios où on aimerait qu’il y ait une fenêtre où l’on puisse se hisser pour s’enfuir des malaises, mais aussi d’une compagnie dérangeante. Pourquoi mentir, direz-vous? Parce que c’est devenu à la mode, de se clamer féministe, même si on ne prend pas vraiment le temps de comprendre les implications que ce genre d’étiquette entraîne. Il est donc plus difficile de faire confiance aux autres puisqu’on ne sait pas qui est réellement féministe. On finit par croire qu’il n’y a plus rien à craindre, puisque c’est devenu la norme. Pourtant, le système de domination persiste et est perpétué de façon malsaine. Se servir du féminisme pour cruiser, c’est une technique de manipulation sournoise.

Se détester sans raison

Où peut-on voir cette féministe-ci? Un peu partout, mais à l’université, elle est très présente. Après quelques bières, les passions s’envolent parfois entre deux individus (ou plus) et c’est à ce moment que certain(e)s s’exclameront que la femme s’est laissée emporter un peu trop facilement. Parfois, ce que l’on entend pendant qu’on fume sa cigarette, ou qu’on prend l’air parce qu’il fait manifestement trop chaud dans le club, peut s’avérer éducatif sur les raisons qui font que certains dialogues problématiques perdurent. Détester les autres femmes parce qu’elles se sentent en constante compétition, on croirait que ce serait un comportement que l’on constaterait dans une cour d’école… Et pourtant. Un peu comme si la manière dont on se fixait de façon méprisante méritait un prix. La misogynie intériorisée, ce n’est pas un mythe et ça ne devrait pas être normalisé. Combien de fois avons-nous entendu des histoires où les filles se détestent entre elles, sans raisons justifiables? Un peu trop souvent.

Un titre à la mode

On parle donc ici des féministes entre guillemets. Un peu comme quand on applique un collant sur notre laptop avec la face de Beyoncé, aux côtés des lettres cursives feminist – l’ordinateur ne fait pas le moine, comme dirait l’autre. Partager des articles féministes en se révoltant à coup de hashtags, c’est bien, mais c’est pas suffisant.

Je ne dis cependant pas que je suis parfaite, loin de là. Je me rends compte des erreurs que je fais chaque jour et ça m’inspire à changer ces idéologies qui sont ancrées dans ma tête et que j’ai perpétuées toute ma vie jusqu’à ce que je devienne féministe. Des mécanismes d’oppression, pour se déconstruire, doivent être mis au jour. On a aussi l’exemple assez éloquent du « bon gars » féministe qui va lire les mêmes livres de théorie que toi et s’intéresser profondément aux enjeux, mais qui va être profondément insulté quand tu vas lui dire que tu n’es pas intéressée par lui. Je veux dire, à quoi bon donner son amitié à quelqu’un qui ne considère même pas les femmes comme des amies avant tout? Encore moins à quelqu’un qui scande « Sans oui, c’est non! » mais qui va être offusqué si tu lui refuses toute avance sexuelle.

J’ai pris mon premier cours de féminisme à l’université cette année et qu’un gars coupait constamment la parole à la professeure pour lui faire part de son point de vue ou encore pour lui dire qu’il n’était pas d’accord. Et ce genre de comportement n’a vraiment pas sa place dans un environnement qui se veut sain, mais aussi respectueux.

Il y a aussi les hommes qui adorent (par-dessus tout) la campagne Free the Nipple : « Ben là! Tu devrais me montrer tes seins parce que tu veux qu’ils soient désexualisés! Et tant qu’à y être, est-ce que je peux te frapper? Égalité des sexes! En passant, des hommes aussi font face à des agressions sexuelles! » (Mais ils ne vont jamais s’y intéresser en dehors d’un contexte où il est question de parler d’agressions perpétrées à l’égard des femmes.)

L’important, je crois, c’est de faire de l’introspection et de se demander si on peut améliorer nos comportements et nos pensées qui peuvent s’avérer problématiques. Après tout, le but est de se serrer les coudes, et non pas de les utiliser comme arme.