Fatalisme.

Je suis une femme, ma place en 2017 n’est toujours pas sur la scène politique. Si l’on demandait quelle est la place des femmes en politique, on se retrouverait devant l’éternel constat de sa place de paria, d’ingénue, de femme à la soif de grandeur. Au final la femme ne peut être politique puisqu’elle n’est réduite qu’a un corps, elle « est assujettie par son sexe, [celui-ci] qui influe et dicte sa conduite à sa personnalité […] Ses désirs comme ses aspirations spirituelles, [ne sont que] l’expression des maux de son entrejambe, son intarissable bijou. »[1] La politique « fait » de la place pour les femmes, mais elle n’est jamais sienne que par l’obligation, que parce que nous vivons en occident. Si la politique n’est pas pour les femmes, pourquoi des femmes comme moi investissent-elles la sphère universitaire en science politique?

Les femmes sont les oubliées, confrontées encore et toujours aux mêmes questionnements, aux mêmes obstacles. C’est comme si « femme » et « réflexion » ne s’associent toujours pas dans l’imaginaire politique. On pense toujours la femme d’une façon archaïque ce qui la place dans l’impossibilité de pénétrer l’arène politique.

Que vivons-nous lorsque nous décidons de nous lancer en politique? La première question qui nous sera sans doute posée, avec bien sûr un air moqueur, jugement déjà en main; la science politique, tu vas faire quoi avec ça? La réponse servie sera plus souvent qu’autrement : tout et rien probablement. Réponse prudente pour éviter les commentaires désobligeants, comme quoi femme en politique implique radicalisme et folie massacreuse. Dans leurs têtes, une femme en politique ça crève de faim.

La science politique c’est un carrefour des études universitaires. Que tu veuilles faires un baccalauréat en droit, mais que tu es refusé, le bac en science po’ sera ta plateforme d’envoi, tu accumuleras des crédits, le voile juridique va se lever, te laisser passer, tu vas pourvoir devenir importante dans ce monde de petites gens. Sinon tu feras peut-être science politique parce que tu ne sais pas quoi faire d’autre, parce que les sciences humaines ou les sciences pures ce n’est pas pour toi, les DEP et les techniques non plus. Tu finiras peut-être chez RBC ou à la Banque Nationale. Une bonne job « overall ».

Un matin tu vas te réveiller, ton bac commencé parce que tu as écouté tes parents, officier dans l’armée, une belle option, des avantages, ton dossier est émérite. Ouin, mais. Mais il y a un matin, dans un de tes cours, tu te rends compte que la science politique ça te passionne. Vient l’excitation de faire tes lectures théoriques platoniques. Éventuellement, tu te rends compte que ton premier amour qu’était la littérature fait un maudit beau mariage avec la science politique. Tu auras trouvé ce que tu voulais faire dans la vie là ou tu t’y attendais le moins, non sans décevoir la famille.

Littérature et politique ne sont-elles pas incompatibles? Je dirais qu’elles sont aussi compatibles que les femmes avec la sphère publique et politique. Il faut juste ouvrir les yeux, détruire l’image et entrer dans le mouvement. Le discours politique lorsqu’utilisé dans son sens premier fait usage de multiple jeu de langue créant du réel, véhiculant des valeurs, des idées. Elle est aussi esprit critique et remise en question. Remise en question du monde, mais surtout, personnelle. Il y a des jours où tu te dis que tu es sur la bonne voie, tu as la tête pleine d’idées. Et il y a ces jours, où les airs moqueurs te rattrapent et où tu te dis que finalement tes petites idées ne sont rien dans un monde géant. Tu te dis que tu ne sors pas du lot, t’es comme les autres[2]. De toute façon la science politique tu fais quoi avec ça finalement ?

Tout et rien.
Sûrement rien…

Mais la politique t’apprend aussi à encaisser les coups durs, à te relever, parce que oui, il est possible que tes idées soient bonnes, que tu ne sois pas si folle de vouloir marier littérature et politique dans un élan de passion aux débordements « typiquement » féminin[3].

La politique nous rend plus fortes on gagne notre place et on la maintient. Ce que les femmes doivent introduire dans la politique c’est le care qui leur est propre. C’est ce qui permet de rendre compte d’une multitude de possibilités plus proche de la réalité. Or, tant que nous tenterons de modifier les structures déjà en place, l’avenir des femmes en politiques restera moindre. Ce qu’il faut s’est inventé de nouvelles structures plus fidèles aux réalités sociales et culturelles du monde dans lequel nous évoluons.

Alors moi, femme de mon premier amour, je veux voir la science politique par les yeux de la littérature, parce que la quête de celle-ci n’est que l’expression du monde et de ses différences. Le système change aujourd’hui et la façon d’analyser les mécanismes de changements doit aussi changer, s’élargir. Les femmes sont à mon sens essentielles dans la redéfinition des mécanismes du système puisque ce sont dans leurs mains que l’avenir se trouve et s’est toujours trouvé. Dans l’éclatement des frontières et le déchirement du monde, c’est le care propre au féminin qui mettra le baume sur le cœur des âmes froissées qui habite aujourd’hui le monde.

Ainsi, la prochaine fois que l’on nous demandera ce qu’on fait avec la politique :

Tout,
sans le rien.


[1] Diane Ducret, Chair interdite, J’ai lu, Albin Michel, 2016, p. 61

[2] Autres duquel les femmes sont d’entré exclues, comme elles sont exclues du « nous » qu’est le peuple. Pourtant elles en font tangiblement partie

[3] Parce que sans doute, seules les femmes agissent irrationnellement, portées par leurs passions. Les hommes se placent hors de ce biais dans la sphère politique ils sont rationnel et neutre, objectif. Or la subjectivité de la femme est l’objectivité de l’homme.