Depuis une couple d’années, quotidiennement, je monte sur une scène habillée en mou, pis j’improvise des sketchs avec un paquet de monde qui fait pareil. J’adore l’impro. Mais cette année, il m’est arrivé de quoi qui m’a donné envie d’accrocher mes joggings.

Fin de saison dans la nouvelle ligue où je jouais. L’événement pour le match des étoiles sort, et ils me sautent aux yeux : les visages des meilleurs joueurs de la ligue alignés sur une banderole. Dix joueurs. Dix gars.

« Ah ben. Les filles sont pas drôles. Peut-être que ça prendrait un match des étoiles pour filles pour notre humour de fille. #boysclub », que j’ai commenté.

Pis pendant que je fulminais dans mon salon, je me suis souvenue des paroles d’un ami qui m’avait dit d’essayer de faire quelque chose de constructif avec ma colère dans des moments comme celui-là.

Faque j’ai écrit aux filles de la ligue pis j’ai organisé, avec la complicité des maîtres de cérémonie de la soirée, une intervention toute féminine. Grosso modo, les joueuses qui étaient partantes et moi avons fait un petit sketch humoristique pour souligner notre « pas d’étoiles » et notre absence au match, puis, nous avons partagé la scène avec les joueurs pour la première partie du match, leur laissant toute la place pour la deuxième partie.

J’étais vraiment fière de ma shot. Je me suis dit que ça ferait une belle surprise aux joueurs, que ça donnerait un bon show pour les spectateurs, pis que ça encouragerait les recrues potentielles à venir s’essayer dans une ligue capable de faire de la place aux filles.

Sauf que… non. Pendant la mi-temps, les « étoilés » s’étaient agglutinés en troupeau et avaient des messes basses énergiques. Après le match, au CA, il y a eu crise. Le lendemain, dans ma boite courriel, il y avait un char de marde. Et 113 commentaires FB sur le mur privé des joueurs de la ligue plus tard, j’ai bien compris que notre initiative n’avait pas été appréciée.

Sous la pression, les autres joueuses se sont confondues en excuses. « Non, on n’aurait pas dû, c’est vrai. C’était VOTRE match, on n’avait pas d’affaire là. Pis t’sais, 7 filles dans une ligue de 30 joueurs, c’est mieux que les 3 d’il y a quelques années! C’est grâce à vous si on a notre place, merci! »

Certains joueurs étoilés, bien certains d’avoir mérité leur place au match, n’ont pas caché leur colère et nous ont dit qu’on avait gâché la soirée, qu’on n’avait pas d’affaire là. « À chance égale, les joueuses ne se sont pas qualifiées. Point. » Ben oui. T’as raison. On est juste toutes poches.

Sauf que… non. Vois-tu, le problème, c’est qu’on n’a pas, et qu’on n’aura jamais, des chances égales.

Parce que le milieu de l’impro est représentatif de la société et que les femmes n’y tiennent qu’un rôle en arrière-plan. Parce que, comme dans le milieu de l’humour, le préjugé voulant que “les filles ne sont pas drôles” teinte encore le regard des joueurs, des arbitres et du public. Parce que, comme au cinéma, on nous fait encore jouer la blonde de ou la mère de, qu’on a moins de temps de glace et moins de répliques. Parce qu’on n’a pas les mêmes cordes vocales et qu’on ne peut pas enterrer un joueur qui nous coupe la parole pour puncher. Parce qu’on a intériorisé que notre place est subordonnée à celle de l’homme et qu’on le remercie quand il nous en fait une, aussi petite soit-elle. Parce que, quand on se fait donner un char de marde pour avoir osé en revendiquer une plus grande, on se confond en excuse et on retourne gentiment à l’ombre de l’égo masculin. Parce que le sexisme et la violence ordinaire nous donnent parfois envie d’accrocher nos joggings.

T’es un homme cis blanc hétéro. Tu sais pas c’est quoi l’égalité des chances.