Trouble dans le consentement, où pourquoi je suis rétive à confier ma sexualité à la loi

Le consentement est un marronnier féministe que j’aime d’amour. Je n’ai découvert cette notion que plutôt tardivement dans ma vie sexuelle, ayant laissé un homme que j’aimais très fort se préoccuper fort peu de mon consentement sur les derniers temps de notre relation. Découvrir après coup une explication au grand malaise que je ressentais à l’époque m’a fait énormément progresser.

Je n’ai pas cessé, depuis, de découper cette notion comme un gigot qu’on devrait faire manger à un tout petit enfant. Pourquoi tant de précautions envers ce concept si consensuel me direz-vous ? Pour le dire vite, c’est qu’il s’agit d’une notion juridique, et que confier ma vie sexuelle à la loi me panique un tantinet.

Pourtant je suis tout à fait consciente que le droit est fondamental pour le féminisme. Il a permis de faire reconnaître légalement à tout le corps social qu’agresser sa femme sexuellement et lui taper dessus n’était pas de l’ordre du détail privé, mais socialement répréhensible. Ainsi, nous pouvions enfin faire reconnaître comme des problèmes sociaux ce qui était jusqu’ici considéré comme des choix individuels tout à fait acceptables.

Mais voilà, je ne suis pas née dans les années 70, je suis une fille voire une petite fille de ces femmes. Et comme tous les enfants, je suis indigne et j’ai envie de dépasser les cadres qu’on m’impose. Chère mamie féministe, la loi pour penser le sexe, cela ne m’excite guère. Pourtant, cela ne m’empêche pas d’être reconnaissante, les lois contre le viol étant des gardes fous précieux, rassurants, indispensables. Ton combat n’est d’ailleurs pas terminé vu le nombre de flics qui refusent de prendre des plaintes pour ce motif.

On m’a appris récemment une chose qui m’a éclairée sur ma gêne avec le fait de légiférer la vie sexuelle des femmes : la victime dans un procès n’est pas partie prenante. Elle est considérée comme un témoin de l’affaire. Le contentieux à régler est avant tout entre la société, symbolisée par le législateur et l’accusé. Or, il me semble légitime de paniquer à l’idée qu’une autre personne que moi, qui plus est cette figure très masculine de la loi (du père ?) statue sur ma vie sexuelle et qualifie les actes que j’ai vécus. Et je trouve suspect que beaucoup de femmes m’incitent à avouer mes blessures comme j’avouerai mes crimes sinon quoi je serais une pauvre enfant naïve.

Je n’ai pas envie qu’une autre femme me dise (et un homme non plus d’ailleurs) si je suis une pauvre enfant ou une femme qui sait se faire respecter. Ne pas légiférer sur ses blessures, ce n’est pas les nier, c’est simplement en faire autre chose. Le féminisme, pour moi, c’est étendre sa puissance d’agir et inciter d’autres femmes à faire de même. Ce n’est pas contraindre les femmes à être toutes d’accord sur ce qui leur fait du mal et ce qui leur fait du bien. C’est avant tout, leur laisser le choix, même si ces choix nous semblent terribles.

Alors le consentement, évidemment, je suis pour. Mais je voudrais pouvoir le démembrer et le disséquer à mon aise sans qu’on m’accuse de crime contre le féminisme. Je voudrais pouvoir en faire un repère dans le monde émotionnel qui est le mien fait d’ambigüités, de doutes, d’incertitudes, de rapports de pouvoir et de puissance aléatoire.  Je voudrais être responsable des blessures que je montre, celles pour lesquelles j’exige réparation et celle que je préfère soigner moi-même parce que je n’ai pas besoin d’un législateur féministe ou non pour la pa(e)nser.

1 Comment

  • Elsa Moulin
    30 juin 2017

    Ah, vaste débat, mais comme je comprends… « être responsable des blessures que je montre », oui je comprends… Moi je cherche toujours un entre-deux entre ne rien faire et aller en justice pour trouver réparation… Mais c’est vrai, de toutes façons c’est pas les autres qui vont réparer, c’est nous qui sommes actrices en bout de ligne…

    [Commentaire hors-sujet? Abusif? Spam?]

Post a Comment