Plusieurs de mes amies me disent ne pas s’identifier au féminisme. Elles le trouvent trop restrictif, ou dépassé, ou au contraire trop vague dans ses revendications.

Je leur dis chaque fois que le féminisme est pluriel, que nous ne nous reconnaissons pas dans toutes les visions qui en existent nécessairement. L’évolution du féminisme a une histoire passionnante et complexe : le féminisme égalitaire, le féminisme de la différence, le féminisme anarchiste, le féminisme radical, le féminisme Black ou féminisme de couleur, les féminismes post-coloniaux, le féminisme intersectionnel, l’écoféminisme, le féminisme post-moderne, etc. D’autant que tous les courants traversés continuent à coexister. Mais il y a encore beaucoup à faire. À titre d’exemple, cette étude scientifique encore toute chaude qui a débusqué jusque dans le cerveau humain la persistance des préjugés sexistes.

Cela dit, si j’avoue adorer les débats, je reste parfois un peu perplexe.

 

Par exemple, quand je lis ou entends qu’on ne peut pas être féministe si :

  • On est omnivore

Avec pour base argumentative qu’une « vraie féministe » doit s’opposer à toutes les formes de persécution, et que de consommer de la viande animale – ou un produit venant d’un animal – représente une forme de persécution contre les animaux.

Naturellement, je comprends cet argument d’être « contre toute forme de persécution », mais je crains qu’il ne soit difficilement applicable dans le quotidien de nombreuses femmes. En effet, il peut être plus difficile pour certaines que pour d’autres de ne consommer aucun produit animal.

Certes, écologiquement parlant, il serait souhaitable que nous réduisions la consommation humaine d’animaux (plusieurs études scientifiques le soutiennent; encore que certaines espèces animales, n’ayant plus de prédateurs naturels, risquent de décimer d’autres espèces, mais ça, c’est un autre débat). Mais s’il faut cesser la moindre forme de persécution, avec de récentes études qui ont montré que les végétaux, arbres et plantes, seraient intelligents, communiqueraient entre eux et ressentiraient des sensations, comment allons-nous nous nourrir?

Nous nous nourrissons de la vie. Donc de sa mort.

 

D’autres cas de figure semblent aussi créer un malaise chez quelques féministes. Par exemple, une femme qui a choisi d’être

  • Mère au foyer

Ou qui désire l’être. Pourtant, si c’est ce qui la rend heureuse, pourquoi pas? Soutenons-la en demandant à la société de valoriser ce qu’elle fait, afin qu’elle soit reconnue et autonome! Un travail considérable reste à faire pour les mères au foyer, monoparentales, aidantes-naturelles, etc. selon de récentes études.

 

Et si une femme choisit d’être une

  • Travailleuse du sexe

Pour avoir un meilleur revenu, pour choisir ses horaires, ses clients, être autonome et utiliser son corps comme bon lui semble? Car oui, là aussi, il semblerait qu’au-delà du fléau que représente toujours le proxénétisme, ce choix de carrière est plus répandu qu’on pourrait le croire. Si les féministes ont à cœur l’émancipation des femmes et qu’il s’en trouve parmi elles qui se sentent épanouies dans ce type d’emploi, pourquoi pas?

 

La notion de choix est aussi capitale au regard d’un autre tabou social, soit la

  • Femme voilée

Selon moi, le féminisme souhaitant précisément que la femme soit libre de son corps ne devrait pas tolérer qu’une personne autre que la femme elle-même décide quoi porter et ne pas porter. Si une femme estime qu’elle affiche de la soumission en portant le voile et qu’elle désire l’enlever, on va la soutenir. Si, à l’inverse, elle considère que cela ne concerne qu’elle-même, on devrait la soutenir aussi. De la même façon, si une femme décide de poser les seins nus (comme Emma Watson), on devrait soutenir son choix parce que c’est le sien. D’autant que limiter les femmes voilées dans le port du voile sur le plan légal ou social peut avoir l’effet inverse de celui escompté. En effet, plusieurs font – à tort – le pari qu’en interdisant le port du voile, ou en montrant du doigt celles qui le portent, iles dissuaderont les femmes d’en porter et, éventuellement, libéreront les femmes de cette « oppression ». Or, il s’avère qu’en signe de protestation, dans des endroits où ont été promues de telles lois, plusieurs femmes musulmanes qui ne portaient pas le voile ont commencé à le porter.

Et ces lois sont loin de libérer de la violence conjugale celles qui en subissent – car elles existent, comme partout, ici aussi, ces femmes qui subissent de l’oppression de la part de leur mari. Or, pour certaines femmes voilées, on a légalement et socialement fabriqué une situation intenable. En effet, l’homme qui refuse que sa femme sorte sans voile la gardera à la maison. Dès lors, elle ne s’intègrera jamais socioéconomiquement et risquera d’être exposée à des sévices physiques, psychologiques et sexuels dont nul n’aura jamais connaissance. Comment, dès lors, pourrons-nous les aider?

Personnellement, j’ai enseigné à plus de femmes musulmanes non voilées que voilées, mais l’émancipation de ces femmes ne se mesurait pas à leur port, ou non, du voile. Discriminer les femmes en fonction de ce tissu revient, en somme, à discriminer une minorité visible, et à courir le risque de l’invisibiliser. Pourtant, ces femmes sont aussi brillantes que les autres et ont beaucoup à offrir.

 

Je souhaite que nous luttions ensemble, pas que nous nous discriminions entre nous. En somme, j’ai à l’égard du féminisme la même vision que celle que j’ai par rapport à l’avortement : pro-choix. Je préfère que nous soyons solidaires plutôt que nous nous fassions la guerre, même si les choix des unes ou des autres ne nous correspondent pas nécessairement. Ainsi, je supporte toutes les féministes, car Toutes, nous pouvons avoir à cœur les droits et la liberté de choix pour l’ensemble des femmes.