Les jouets genrés : une des causes du maintien des stéréotypes de genre

Le temps des fêtes m’a donné l’idée d’écrire cet article sur l’influence que peuvent avoir les jouets sur la construction de l’identité de genre des jeunes et sur la perpétuation des stéréotypes de genre dans notre société.

 

Les jouets contribuent souvent à reconduire certains stéréotypes de genre. D’abord, l’enfant est en contact avec ses jouets durant les premières années de son exitence, soit les moments les plus importants pour la construction de son identité de genre, car l’enfant est particulièrement influençable durant cette période. Il peut donc avoir de la difficulté à faire la part des choses quand la publicité ou les adultes de son entourage lui présentent des jouets qui véhiculent certains stéréotypes. Selon la psychologue Véronique Rouyer, l’enfant de 3 à 6 ans de sexe masculin ou féminin va tenter de se conformer de façon soutenue à l’identité de genre qui correspond selon les normes sociales à son sexe biologique, ce qui veut dire qu’il va apprendre certains comportements ou caractéristiques qui sont censés appartenir aux individus de son sexe.

 

Les jouets dits pour fille vont souvent mettre en scène des rôles traditionnellement attribués aux femmes, comme faire la cuisine ou le ménage, ou s’occuper des enfants. Les poupées vont souvent être réservées aux filles et présenter certains aspects comme la maigreur, un maquillage excessif ou des tenues sexy, ce qui peut avoir une influence sur l’envie de l’enfant de ressembler à ces représentations du genre féminin complètement irréalistes. De plus, les jeux qui sont souvent attribués aux filles mettent souvent de l’avant les princesses et l’importance du paraître (la coiffure, le maquillage, la fabrication de bijoux), etc. Cela revient un peu à envoyer comme message à la fillette que l’apparence est une des choses les plus importantes. Les jeux pour garçons présentent quant à eux plus fréquemment des thématiques comme la guerre, l’action, la violence, les véhicules motorisés, les expériences scientifiques, la construction avec des outils ou des blocs, les héros, l’imagination (dragons, vaisseaux spatiaux), les sports, etc. Les jouets pour garçon vont être davantage variés et orientés vers l’action. Les déguisements avec lesquels les enfants peuvent s’amuser vont aussi mettre en scène ces stéréotypes. Par exemple, les costumes pour filles vont souvent être des robes semblables à celles de telle ou telle princesse, alors que les garçons vont souvent pouvoir revêtir des déguisements de superhéros, de guerriers, de policiers, etc.

 

Il existe aussi souvent une distinction frappante de couleur entre les jouets qui sont attribués aux filles et aux garçons. Les filles reçoivent souvent des jouets de couleur rose et les garçons ceux de couleur bleue ou sombre. Selon une récente étude menée par l’Institution of Engineering and Technology (IET), 89 % des jouets classés pour filles sont roses. Les étalages des magasins contribuent aussi à la construction des stéréotypes de genre en ayant des sections pour filles et d’autres pour garçons qui présentent justement cette nette distinction de couleur et de type de jeux. Ces distinctions n’ont pas toujours été aussi prononcées, car durant les années 1970, les jouets ainsi stéréotypés étaient moins courants. Par exemple, dans un catalogue de 1975 du magasin Sears, moins de 2 % des jouets sont présentés de manière explicite comme étant pour fille ou pour garçon. Il est inquiétant de constater que c’est à partir des années 1980 et 1990 que les stéréotypes de genre véhiculés par les jouets redeviennent plus courants en raison de l’essor du capitalisme de masse et du marketing plus axé sur la vente de produits dérivés du cinéma.

 

Par contre, ces différences de jeux sont bien conditionnées socialement, car selon les chercheures Lise Eliot et Catherine Vidal, les cerveaux des hommes et des femmes ne présentent aucune différence puisque la plupart des caractéristiques cérébrales peuvent se retrouver autant chez les hommes que chez les femmes. Selon Lise Eliot, les résultats de certaines recherches qui arrivaient à la conclusion qu’il existait des différences entre les cerveaux d’hommes et de femmes seraient faussés, car ils reposaient sur un échantillon trop restreint. La méta-analyse de Eliot s’appuie sur l’étude des résultats de 76 recherches. Selon Catherine Vidal, il n’y aurait pas de caractéristiques cérébrales qui seraient le propre des hommes et d’autres des femmes. Par exemple, les cerveaux de plusieurs femmes peuvent être très différents les uns des autres, tout comme ceux des hommes. 90 % des connexions cérébrales se créent après la naissance. Donc, selon cette chercheure, ce serait plutôt l’éducation et les expériences vécues qui influenceraient la structure cérébrale, la façon de penser et la présence de certaines habiletés chez un individu.

 

L’argument cher entre autres aux antiféministes et qui est aussi beaucoup relayé dans les médias, selon lequel les filles et les garçons choisiraient naturellement des jeux différents en raison de différences biologiques qui auraient une influence psychologique, ne tient pas la route. Par exemple, les garçons ne vont pas préférer des jeux plus violents à cause de différences cérébrales ou d’hormones comme la testostérone. Cela n’a aucun sens puisque les hommes ne commencent à produire de la testostérone qu’à partir de l’adolescence. C’est plutôt la société qui contribue à construire les différences de comportements entre filles et garçons et les jeux dans l’enfance contribueraient à cette construction, à l’apprentissage de rôles différents. Cordelia Fine, dans Délusions of Gender, affirme que les parents vont souvent empêcher aux garçons l’accès aux jouets réservés traditionnellement aux filles. Elle souligne également que les jeunes peuvent intérioriser certaines valeurs liées aux genres à cause du langage corporel des parents et du ton de leur voix. De plus, selon Véronique Rouyer, le comportement des parents, des professeurs et des éducateurs en garderie contribue à l’adoption de stéréotypes de genre par les enfants. Ces personnes qui entourent l’enfant peuvent effectuer du renforcement positif lorsque les agissements de l’enfant correspondent à ceux qui sont habituellement attitrés à son sexe ou du renforcement négatif dans le cas contraire.

 

Selon vous, quels sont les facteurs qui influencent le plus l’adoption de certains comportements en fonction du sexe? Pensez-vous que les jouets genrés sont malsains, car ils peuvent limiter le développement d’habiletés et de caractéristiques tant pour les garçons que pour les filles en les enfermant dans des rôles injustes? Personnellement, je crois que les garçons et les filles devraient pouvoir être traités de la même manière et pouvoir se comporter de la même façon.


Références

Does the brain have a sex? https://www.youtube.com/watch?v=OgM4um9Vvb8
 
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/les-cerveaux-des-hommes-et-des-femmes-sont-ils-vraiment-differents_29707
 
Charron, Hélène, Annie Grégoire-Gauthier et Joëlle Steben-Chabot. 2016. L’égalité entre les sexes en milieu scolaire, Québec, Conseil du statut de la femme, 154 p.
 
Charlebois, Janik Bastien. 2015. « L’homophobie sournoise dans l’idéal masculin des masculinistes ». Dans Le mouvement masculiniste au Québec, l’antiféminisme démasqué, Nouvelle édition revue et augmentée, sous la direction de Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri, Montréal, Éditions du remue-ménage, p. 183-200.

2 Comments

  • Marie-Danièle
    16 janvier 2018

    En fait, selon l’American Academy of Pedriatrics, les enfants naissent sans genre et ne commencent à les distinguer que vers 18-24 mois, pour parfaire cet apprentissage entre 2 et 4 ans et prendre conscience qu’iels ont elleux-mêmes un genre et de ce qu’est ce genre entre 4 et 6 ans. Élever nos enfants avec une approche neutre dans le genre (et incluant la non-binarité svp!) pourrait ne pas être si «weird» après tout 😉

    Source pour pousser la réflexion plus loin (pardon elle est en anglais ) : http://bit.ly/2DCSEfl

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  • Anne-Renaud
    16 janvier 2018

    Ce texte est intéressant et va dans le sens de mes convictions., mais j’ai une critique à formuler.

    La question d’ouverture de la fin « Pensez-vous que les jouets genrés sont malsains, car ils peuvent limiter le développement d’habiletés et de caractéristiques tant pour les garçons que pour les filles en les enfermant dans des rôles injustes? » est tendancieuse et donne un point de vue plutôt qu’une réelle ouverture à la discussion….

    Une question d’ouverture réelle ressemblerait plus à ceci: «Pensez-vous que les jouets genrés enferment les enfants dans des rôles déterminés?».

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