SOFT MANIFESTE D’UN POIL PU BIEN

Scrute-toi.

Ne te donne aucune chance.

Pas un pouce de lousse.

No repousse.

Aucune broussaille.

Les pissenlits

N’ont pas leur place dans ton jardin.

N’aime rien de toi.

C’est à qui te jugera en premier.

« C’est donc beau une fille au naturel ! »

Quand son naturel est beau.

L’insatisfaction est une course.

Bravo ! Tu es en tête.

Ton dégoût est une sprinteuse infatigable.

 

Et moi

Mes jambes enneigées témoignent de mon célibat hivernal.

Être poilue, c’est être seule.

Mon secret le mieux gardé.

Je milite en cachette.

Mes chevilles blanches dépassent de mes pantalons de travail.

Témoignage de mes revendications saisonnières.

Oh !

J’ai une date.

Ouh la la !

Une raison de passer la gratte sous mes genoux.

Je pelte mon banc de neige intime.

Tu risques de t’égarer.

Si je t’éloignais des sentiers battus.

Te frayer un chemin jusqu’à moi.

Sais-tu quoi ?

Laisse-moi te perdre le nord.

Mon rasoir a hiberné.

J’ai deux ours sous les aisselles.

Pas de miel pour eux.

Pas de cire d’abeille.

Je vous garde là mes amis.

Je protège sauvagement la douceur qu’il me reste.

 

Je te regarde me regarder

Me fatshamer.

Te slutshamer.
SHAME

N’oublie jamais que tu es périssable.

Surveille ta moisissure.

Dans la vie

Il y a les jeunes et il y a ceux

Qui s’ennuient de l’être.
Oui, mais alors

Il faut se laver le cerveau

Mais dans le bon sens.

Le rincer de sa méchanceté.

L’essorer jusqu’à ce que l’eau soit transparente.

Comme après une teinture.

« Mais cachez donc ce gris que nous ne saurions voir ! »

Le cercle infini de la repousse.
Le gris, c’est beau, c’est la nuance.

Tout n’est pas noir ou blanc.

 

Quand il y a femmes, il y a batailles.
Alors

Choisissons notre camp.
Car

Sur nos jambes se dresseront des drapeaux blancs

Porte-étendards de notre audace.

J’ai gagné mon référendum.

Mon corps réclame son indépendance.

Signons l’armistice.

Arrêtons le massacre.

Baissons les armes.

Rasoirs, pinces et autres instruments de torture.

Anyway

Les otages se sont évadés.

Elles ont pris leurs jambes velues à leur cou.

 

Et toi.

T’as peur de quoi ?

Ça te démange que j’en aie plus que toi

Des poils sous les bras ?

Ma liberté

Ne disparaît pas avec une bande de cire.

La féminité

Ça ne s’arrache pas.

Le poil incarné du sexisme ordinaire

N’a pas fini de me faire faire des boutons.

 

Camille Paré-Poirier

Crédit photo : Flore Bibeau

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