Comment survivre à sa rupture antiféministe

Malgré mes jeunes et humbles expériences, mes relations amoureuses, ainsi que la plupart de celles des gens qui m’entourent, se ressemblent étrangement. Elles suivent toutes une route similaire, où tout le monde qui se fait quitter semble perdre un petit bout d’essence au passage. Je me suis demandé récemment ce qui pouvait bien toujours arriver, à répétition, pour que certains se retrouvent brisés et à court d’idées pour s’en sortir, alors que d’autres sont debout sur leurs pieds et prêts à affronter le monde dès le lendemain. De ce que j’ai pu remarquer, il existe plusieurs types de ruptures, certaines plus difficiles à vivre que d’autres.

 

On ne nous explique pas comment bien laisser quelqu’un, ni comment vivre avec le fait que peut-être cette personne si spéciale va partir un jour. À force de vivre des échecs et d’analyser ceux qui m’entourent, j’en suis venue à la conclusion que les ruptures les plus difficiles ont plusieurs traits communs et sont curieusement toutes liées à des aspects de structures sociales et politiques. Il fallait absolument que je mette des mots sur tout ce mal que je vivais et voyais, qui me laissait bouche bée et en proie à un indéfinissable malaise, comme le disait si bien Friedan. C’est ainsi qu’est arrivée l’idée de voir certaines ruptures comme des actes antiféministes.

 

Ce que je considère comme une rupture antiféministe, c’est toute rupture ayant comme cause principale une raison allant à l’encontre de certaines valeurs féministes, par exemple le non-respect de l’usage du contraceptif, le non-respect des valeurs pro-choix, le non-respect du processus de transition, le non-respect de la diversité sexuelle, le non-respect des conséquences liées aux troubles alimentaires ou aux agressions sexuelles, de la jalousie ou de la possessivité excessives, le non-soutien des valeurs véganes, etc.

 

Cela n’a rien à voir avec le traditionnel « je ne t’aime plus », « ça ne fonctionne plus » ou « c’est pas toi, c’est moi ». J’aurais aimé savoir que les ruptures, ce n’est pas toujours comme dans les contes, soit causées par le sort d’une vilaine sorcière, soit une histoire de prince déchiré entre deux choix, obligé d’aller contre son cœur, qui combat un dragon et qui revient à la fin. C’est une douleur beaucoup moins perceptible et grandiose, mais d’autant plus insidieuse. Une douleur qui reste, qui sile dans les oreilles chaque jour et qui laisse un autre petit, mais bien présent, trou dans l’âme.

 

Si je n’avais pas milité pour mes convictions de la sorte, je n’en serais pas là aujourd’hui. Je serais probablement toujours bêtement dans une bulle relationnelle. Mais est-ce que l’amour vaut vraiment la peine d’aller à l’encontre de tout son être? Peu importe ce qu’on en pense, les sentiments n’ont rien de politique, ils ne connaissent aucune raison, aucune règle, d’où la difficulté de vivre avec une telle situation. Si l’amour n’est pas politique, pourquoi les raisons pour terminer des relations le sont-elles? J’aurais aimé savoir à l’avance que quand l’amour de ma vie sacre son camp en me laissant seule avec mes problèmes, c’est parce que tout dans la société l’incite à le faire.

 

Malgré la pluralité des situations possibles, le meilleur conseil que je peux donner pour tenter de s’en sortir est d’en finir avec les stéréotypes (depuis quand les stéréotypes aident-ils les gens de toute façon?) et des phrases toutes faites du genre « les ex sont des ex pour toujours, pas question de revenir là-dessus » ou « un de perdu, 10 de retrouvés! » Certains chemins se font mieux seul, les possibilités sont grandes. Si l’avancement personnel se fait bien après une séparation, pour mieux se retrouver par la suite, pourquoi pas? Et si, justement, l’avancement personnel sur le plan moral, politique ou militant s’agrandit, se multiplie lorsqu’on est seul, et que tout le monde s’en porte réellement mieux ainsi, pourquoi pas non plus?

 

Il faut aussi se rappeler que l’amour, c’est fait pour, justement, être en amour. Ce n’est pas un monde ou tout le monde est heureux tout le temps, ce n’est pas pour être confortable, pas pour la sécurité matérielle. Ça peut être difficile à comprendre pour les gens qui ne sont pas nécessairement victimes d’oppressions, dans leur couple ou dans la vie en général, qui ne voient pas les différents paliers qui font qu’on ne croit pas les victimes d’agressions, qu’on stigmatise les personnes ayant des maladies mentales, qu’on montre du doigt la diversité sexuelle, ce qui cause souvent de l’incompréhension ainsi que des ruptures abruptes qui n’auraient peut-être pas été nécessaires. Il faut toujours avoir en tête que ça peut être plus difficile pour certains, en considérant l’intersectionnalité des oppressions ainsi que les différentes expériences vécues, mais que l’important quand on aime c’est de se coucher le soir amoureux, pas en ayant raison. C’est ce genre de chose que j’aurais aimé qu’on m’apprenne, qu’on me dise que oui, ça existe et que non, c’est pas moi qui suis une personne de marde, une angry feminist tellement intense qui ne mérite juste pas qu’on l’aime. J’aurais aimé qu’on me dise ça avant qu’on ne me fasse porter tout le tort du monde sur les épaules, avant d’avoir eu le cœur tout pété.

 

Finalement, pour vous, les partenaires de vie de personnes féministes, sachez que ces personnes font déjà énormément pour la société, pour leur communauté ou simplement pour faire respecter leurs droits fondamentaux au quotidien, qu’ils ou elles sont peut-être épuisés.es et à court d’énergie. Tout le monde n’est pas au même endroit au même moment, là est la beauté de la vie. Soyez patients.es, indulgents.es, prenez le temps de remercier les féministes dans vos vies qui travaillent et se débattent déjà si fort. N’ayez pas peur de leur poser des questions sur leur vécu, leurs sentiments, et gardez en tête que tout le monde fait son gros possible pour avoir une vie meilleure. C’est juste ça, l’amour, savoir apprécier les efforts des autres.

 

Rachel

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