Ces luttes féministes qui passent inaperçues

 

Le féminisme n’est pas un mouvement  . D’ailleurs on ne devrait pas dire “le” féminisme mais “les” féminismes.

 

Aujourd’hui quand on parle de féminisme deux images se dessinent : celle d’un militantisme très pop culture, quelque chose de glamour et in ! Et celle d’un militantisme extrémiste râlant pour tout et rien et détestant les hommes.

 

De cette dernière image on retient tout de même quelques grandes causes féministes comme l’égalité femmes- hommes, la lutte contre les violences faites aux minorités, le harcèlement etc. Ce sont sans doute les réponses que vous donneraient la plupart des gens si vous leur demandiez de définir les combats féministes aujourd’hui.

 

Il est vrai que ces thématiques sont relativement universelles, quel pays peut prétendre ne pas être concerné ?

 

Mais cette notion d’universalité peut être trompeuse. Chaque pays et chaque oppression peut s’exprimer  différemment.

 

Le souci étant que dans les pays francophones, de tous les féminismes existant, le plus visible est celui des dominant·es; on va mettre en avant des mouvements composés principalement de blanc·he·s, les voix les plus entendues seront souvent celles des féministes les plus aisées et les problématiques abordées seront avant tout celles des blanches cisgenres hétérosexuelles minces et valides, hiérarchisant ainsi les luttes.

 

Heureusement il existe d’autres féminismes que ce “white feminism”, comme l’afroféminisme ou le féminisme intresectionnel qui vont prendre en compte les spécificités de chacun·e.

Pourtant ce n’est pas encore un réflexe d’écouter toutes les voix et de leur donner les moyens de s’exprimer. Il existe encore trop de mouvements féministes  qui s’ils font des efforts pour prendre en compte les questions de racismes et de lgbtophobies, ignorent toujours- souvent de manière inconsciente les personnes grosses, handicapées ou neuroatypiques.

 

C’est peut-être parce que l’on pense que le féminisme est trop compliqué, avec trop de problématiques, que l’on préfère rester sur des thèmes que l’on connait bien et que l’on considère comme universels, s’appuyant sur les figures de la majorité. On se dit sans doute naïvement que si la majorité remporte un combat, il en sera de même pour les minorités. Sauf que ce n’est pas si simple :

Prenons l’exemple des personnes en situation de handicap : comment des personnes valides pourraient savoir mieux que les concerné·es ce qui est bon pour ces dernie.res ? La réponse est simple : elles ne le peuvent pas.

Elles ne le peuvent pas et pourtant des décisions continuent à être prises par des non-concerné·es, ce qui provoque des aberrations et de réelles mises en danger de la vie des personnes concernées. En France l’Etat a décidé de prendre en compte les revenus du/de la conjoint.e pour estimer l’AAH (Allocation Adulte Handicapé). Le souci c’est que cela supprime parfois l’allocation, rendant les personnes en situation de handicap sans revenu qui leur est propre et donc, potentiellement dépendant.e de l’autre. En plus d’être une atteinte à l’autonomie, cela peut engendrer une mise en danger en cas de violences de la part de la/du conjoint.e.

 

 

Le souci étant qu’il faut que les gens se sentent un tant soit peu concernés ou un tant soit peu informés pour juger pertinent de réagir et relayer une information concernant une minorité, plus encore lorsqu’il s’agit des minorités dans les  minorités.

 

Le féminisme en lui-même est un mouvement désormais assez connu, les gens en savent assez pour se sentir concernés et même comprendre certains de ces aspects dont on parle peu.

 

Sauf que lorsque cela devient trop pointu, il n’y a plus personne. Pourtant un sujet comme la fétichisation des corps gros ou noirs fait tout autant parti du féminisme que lever le tabou des règles. Mais comme on ne le connait pas assez ou on ne se sent pas touché·e,  le sujet passe à la trappe. De manière générale, on préfère continuer à lire des articles sur des sujets que l’on connaît plutôt que sur des sujets dont on ignore tout.

 

Il faut cependant reconnaître que cet univers d’informations est réellement vaste et que s’informer sur tous les sujets est long et parfois, c’est vrai, compliqué, ne serait-ce que pour déconstruire ses propres croyances face à certains sujets. Il y a énormément de choses à changer, apprendre et surtout désapprendre. Le savoir qu’ ont accumulé certain·es féministes se compte parfois en années. Comment faire alors pour changer ce déséquilibre ?

 

Et bien la première chose à faire serait peut-être de simplement en avoir conscience, de reconnaître qu’on va plus facilement vers les choses que l’on connaît et de temps en temps oser cliquer sur un sujet qu’on ne maîtrise pas ou simplement le partager. Il se peut qu’on ne comprenne pas tout et que des explications nous manque, ce n’est pas grave, on peut les trouver un autre jour, ou par soi-même via Google, ou encore en discuter avec des personnes concernées, si elles sont d’accord bien sûr, n’oubliez pas que personne ne vous doit une explication. Ce n’est pas un devoir d’éduquer les autres, surtout quand on a passé des années à s’éduquer soi-même.

 

On ne peut pas demander à tout le monde d’être expert·e sur chaque tenant et aboutissant de chaque lutte, mais on peut demander à ce qu’aucune lutte ne soit placée au-dessus des autres.

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