Figures du pinisse cishet érigé en compliment : l’érection qui cache le patriarcat

Les hommes cishet ont une passion pour leurs pinisses[1], c’est bien connu. Les exemples dans la culture et sur Tinder abondent en ce sens. Peu importe votre identité de genre, si vous datez des pinisses, il y a de fortes chances que vous soyez confronté-e-s à de la masculinité toxique et à des comportements problématiques en lien avec les pinisses. Les pinisses sont partout et prennent toute la place : il est venu le temps de les disséquer sur la table d’opération et de voir ce qui se cache derrière leurs habitudes douteuses et parfois franchement dégoutantes. Notons qu’il est impératif de distinguer le pinisse du pénis, ce premier étant un organe cishet à la dimension presque mythique, symbole ultime de la masculinité toxique dans notre société patriarcale, alors que le pénis[2] est un organe sexuel comme un autre que l’on peut retrouver chez les personnes trans, non binaires et LGBTQ+.

 

On peut séparer grossièrement les mécanismes du dévoilement du pinisse en deux grandes catégories : directes et indirectes. Dans ses manifestations directes, il y a la plus connue : la désormais légendaire dick pic, Saint Graal de la surexposition du pinisse. La dick pic possède un effet de surprise immédiat qui n’est pas sans nous rappeler l’existence du patriarcat alors qu’on voulait simplement avoir du fun avec quelqu’un et sortir un peu de notre routine. Erreur. En effet, quoi de plus disgracieux que de recevoir la photo d’une verge en érection d’un homme cishet en guise d’introduction à une conversation, comme si c’était ça, se dire salut de manière respectueuse en 2019. Le pinisse n’a plus besoin de présentation, il se présente lui-même comme une évidence, un très mauvais gag, on le reconnaît du premier coup d’œil en se disant oh no, pas encore. Tantôt temple, fruit phallique ou gratte-ciel, les métaphores indirectes ne manquent pas de glorifier la venue du pinisse dans tous les milieux de la vie ordinaire où l’on se passerait volontiers de lui.

 

Qui aime les pinisses a certainement déjà entendu des phrases comme tu me fais bander vraiment dur énoncées comme des compliments pendant ou hors de l’acte sexuel pénétratif. Le niveau de dureté du pinisse, loin d’être un consensus partagé dans la communauté scientifique, devient néanmoins un jalon de valeur de la masculinité toxique. Un pinisse bien hissé serait donc un hommage sacré à la beauté de La Femme (sic[3]), le summum du compliment cishet. Rien d’original.

 

Or, là où le pinisse blesse, c’est qu’il n’a pas besoin d’être dur pour continuer de nous étonner. Une amie qui coucha dernièrement avec un pinisse me raconta comment le monsieur, ayant de la difficulté à être dur, se justifia en disant que la beauté de mon amie était si grande qu’il en perdait ses moyens et restait petit. Il la rassura rapidement en lui disant qu’elle devait prendre cela comme un compliment parce que d’habitude, il arrivait à garder son calme (et son érection). Mythe, vérité ou mensonge, nous ne le saurons jamais, et nous ne voulons pas le savoir non plus. Il est intéressant de voir comment l’auteur du pinisse, dans le cas de figure qui nous intéresse ici, dirige la lecture, la réception de son texte-pinisse. Or, l’auteur du pinisse est mort depuis Roland Bates, c’est bien connu, et il ne revient qu’à nous de prendre la chose en main.

 

Il faudrait libérer les significations des pinisses plutôt que de les restreindre à ce qu’en disent les messieurs cishet se trouvant accidentellement derrière. Les pinisses n’ont de comptes à rendre à personne. Ils ne possèdent aucune signification profonde, n’en déplaise à Monsieur Freud. Ils ne représentent en rien un gage de masculinité, de virilité ou d’hétérosexualité. Les pinisses ne sont pas des compliments cishet, mais oh surprise, juste des pinisses. Étonnant, n’est-ce pas? Il faut laisser les pinisses parler pour eux-mêmes pour se rendre compte qu’ils n’ont rien d’intéressant à nous dire. Peut-être le pinisse est-il autant chargé de significations pour cacher son manque de confiance en lui. Vidé de son male gaze, le pinisse est seul et triste dans le noir. L’érection, qui n’a pourtant rien d’extraordinaire, cache quelque chose de bien plus grand : le patriarcat. Et ça, c’est loin d’être excitant. Culture du viol, agressions, harcèlement, name it. Le pinisse cishet a mauvaise réputation et ce n’est pas même de sa faute, pauvre petit pinisse, il est instrumentalisé pour les mauvaises raisons. On voudrait bien lui pardonner, mais il revient sans cesse à la charge et ne semble pas apprendre de ses erreurs. Les pinisses qui ont de l’allure se font rares de nos jours.

 

Peut-être les pinisses devraient-ils s’inspirer de leurs cousin-e-s éloigné-e-s, les pénis issus de la diversité sexuelle et de genre. Ces dernièr-e-s, sans dire qu’iels sont parfait-e-s, ont néanmoins remis en question le dogme du pinisse-vagin comme idéal absolu de la jouissance. Iels ont su se réinventer avec le temps et les luttes féministes queer, en critiquant notamment le système hétéronormatif, cissexiste, homophobe, transphobe, etc. dans lequel on vit. Les pinisses seraient plus attachants et moins problématiques s’ils écoutaient un peu les perles de sagesse des pénis au niveau du consentement sexuel, de l’anti pinissecentrisme et de la créativité sexuelle.

 

La prochaine fois qu’on vous complimentera avec un pinisse, posez-vous des questions. Révoltez-vous. Riez du pinisse. Refusez le pinisse. Boycottez le pinisse. Faites la Révolution. Faites ce que vous voulez du pinisse, mais ne laissez pas le pinisse vous dicter ce qui est bon ou pas pour vous. Car le pinisse, peu importe son volume, ne sera jamais un compliment normal ou acceptable, encore moins quand il s’invite partout sans demander la permission. Le compliment, c’est vous, pas le pinisse.

 

 

[1] Pour faciliter la lecture de ce texte, le mot « pinisse  » réfèrera seulement aux hommes cishet qui se trouvent en haut de la chaîne des privilèges phalliques.

[2] Aussi appelé : Grand clitoris, vulve cyborg, quenouille, tuyau, bâton, chose, canari et autres mots d’amour.

[3] Le patriarcat a la fâcheuse habitude de réduire considérablement la diversité des expériences spécifiques aux femmes. Or, il n’existe pas Une Femme à l’essence unique, mais bien une pluralité de femmes aux caractéristiques diverses et complexes. Suggestion de lecture à ce sujet : Les filles en série de Martine Delvaux.

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