Le droit de se salir
On a souvent tendance à regarder les sociétés du Sud en dénonçant la place qui y est réservée aux femmes… C’est surtout le cas lorsqu’il est question des petites filles: « Pauvres petites, elles ont beaucoup moins de libertés de mouvement que les garçons », « Elles doivent rester à la maison, ça devrait être comme ici au Nord! ». Parlons-en du Nord, ou plus particulièrement du Québec que je connais davantage. On est souvent portéEs à croire que les petites filles sont les égales des garçons « Bien sûr, elles vont à l’école et en plus elles ont de meilleures notes! »…
Je crois pour ma part que l’éducation qu’on octroie ici aux petites filles est loin d’être égalitaire, mais elle en a assurément l’apparence et est donc plus sournoise. On a qu’à observer de jeunes parents. Sans vouloir généraliser, il m’arrive beaucoup plus souvent de voir une petite fille se faire prier de mettre son chapeau « car sa peau est si fragile », de ne pas trop s’éloigner « parce que c’est dangereux pour une petite fille ». J’ai même été témoins de ce que je qualifie « d’horreur au parc ». Une jeune maman ordonnait à sa fille de ne pas jouer dans la boue comme son frère, justifiant son ordre par le fait qu’elle est une fille « Voyons! ». C’est la grand-mère qui a repris la jeune mère en avançant d’un air outré, et avec raison, que les petites filles avaient aussi le droit de se salir. Et dire que je détestais mon enseignante de cinquième année parce qu’elle m’avait implorée de ne pas laisser mon bureau d’école en désordre « Si t’étais un gars, je comprendrais, mais là! », m’avait-elle dit. Moi qui pensais qu’elle était l’exception…
Au fond, c’est peut-être grâce à cette enseignante que maintenant adulte je m’amuse parfois à sauter dans les flaques d’eau…par défi. Et vous? Vous permettez-vous de vous salir?
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