Judith à Montréal

La venue de la théoricienne queer Judith Butler à Montréal ne pouvait être passée sous silence. Le 30 mai dernier, Butler a reçu un doctorat honoris causa de l’université McGill et pour cette occasion elle est venue livrer un vibrant plaidoyer pour l’éducation citoyenne et la pensée critique lors de son discours d’acceptation. J’ai inclus le vidéo de son discours ci-dessous.

Cet honneur a suscité la controverse chez certains journalistes anglophones. Grosso modo, certain.e.s chroniqueur.e.s et étudiant.e.s de McGill ont dénoncé les prises de position de Butler sur le conflit israelo-palestinien. C’est dire comme quoi les théories queers, ainsi qu’une de ces plus connues représentantes, dérangent! Pourtant, Butler est bien connue pour ses prises de position politiques et c’est pourquoi sa théorie est si importante: elle s’ancre dans l’actualité politique et les débats importants de notre époque (le mariage gai, les identités de genre, la guerre et le terrorisme, etc.) Butler s’avère être une oratrice hors pair, très drôle, racontant des anecdotes savoureuses (imaginez, je l’ai entendu raconter une histoire comique où elle racontait qu’elle a dû une fois s’exclamer  »But I’m a Lady! » pour rassurer des dames qu’elle était bien dans le bon vestiaire…) et sachant rattacher l’actualité à la théorie (elle a discuté du lien entre les théories queers/le concept de genre avec le climat homophobe entourant le mariage gai en France). C’est un euphémisme que de dire que j’étais impressionnée de la voir en chair et en os.

Petit bémol: la venue de Judith Butler à Montréal n’a donné lieu à aucun événement public, ce qui aurait été chouette pour la communauté féministe montréalaise. Au contraire, la réception à laquelle j’ai assisté était « quite exclusive ». Bien entendu, le contexte académique de la présence de Butler justifie l’«exclusivité» qu’a eu l’université McGill, mais je déplore que cela a été un événement de réseautage post-graduation «sur invitation seulement».  Je trouve que cela renforce exactement ce que l’on veut éviter lorsque nous sommes des féministes dans le milieu académique: la séparation entre la théorie et le terrain, problématique que j’ai déjà abordé plusieurs fois. De plus, je ne peux m’empêcher de souligner que l’événement n’a été diffusé que dans des listes de diffusion anglophones, coupant ainsi le milieu féministe francophone de l’information.

Cela dit, entendre cette grande féministe restera gravé dans ma mémoire.

Pour terminer sur une note plus légère, la théorie du genre de Judith Butler, expliquée avec des chats. [En anglais]

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