Qu’y a-t-il de mal à vouloir être belle?

Dans son documentaire Beauté Fatale, Léa Clermont-Dion explore un enjeu toujours actuel pour bien des personnes et surtout des femmes : le culte de la beauté. Bien que militer contre ce culte spécifiquement ne soit pas, à mes yeux, une lutte féministe prioritaire, son documentaire démontre qu’il y a une pression sociale différenciée en fonction du genre.

Comme beaucoup d’autres, j’ai trouvé injustes les critiques que Clermont-Dion a essuyé sur son physique. Qu’elle se présente avec toute sa beauté et son maquillage personnellement, je trouve ça très cohérent avec son discours sur la difficulté de résister aux pressions. Bien sûr, j’aimerais voir des femmes dans les médias avec des physiques plus diversifiés. Mais, comme féministe, je pense qu’on peut difficilement reprocher à une femme de ne pas arriver à résister de cette manière. Et en plus, c’est dont l’fun d’entendre sur soi: « Elle est bonne, et EN PLUS elle est belle! ». Nous sommes beaucoup qui aimeraient ce genre de compliments! Comme le souligne la réalisatrice, je trouve que le culte de la beauté – tel qu’il est actuellement – empêche les femmes de s’épanouir plus que la beauté ne les aide.

Toutefois, plusieurs arguments utilisés contre le culte de la beauté ne font pas de sens selon moi. Aussi, je suis inquiète qu’une dévalorisation de la beauté s’avère elle aussi néfaste pour certaines femmes. Je m’explique : certains dévalorisent la beauté en soulignant que sa quête fait souffrir. Ça me semble un argument insuffisant. L’atteinte d’autres qualités désirables fait aussi souffrir. Par exemple, l’éducation entraîne des dépenses considérables. Ne pas être éduqué génère des inégalités. La quête effrénée de ces deux qualités peut rendre malade : prenez par exemple, les étudiants qui se tapent des burn outs ou de l’anxiété de performance. Pourquoi ne dévalorisons-nous pas l’éducation, dans ce cas? Le problème, ce n’est pas le culte de la beauté ou l’éducation, mais bien « l’obligation » de souffrir pour atteindre ces qualités, et aussi que cette « obligation » soit plus forte pour les femmes. 117852572

D’autres pensent que la beauté ne devrait pas être mise de l’avant car elle serait fondamentalement moins digne d’intérêt que, par exemple l’éducation, la culture, l’intelligence, la santé ou la sociabilité. Je ne comprends pas pourquoi on devrait dévaloriser les qualités qui viennent du corps: mon esprit n’est pas une entité désincarnée d’un « vulgaire moyen de transport physique ». Il me semble que toutes qualités peuvent nous apporter certains privilèges : tels qu’un plus grand choix dans les partenaires sexuels, être favorisé dans des entretiens d’embauche, obtenir plus facilement gain dans une négociation, profiter de préjugés empathiques… Je ne vois pas en quoi ces conséquences auraient moins de valeur si elles sont obtenues par la beauté que par une autre qualité. Après tout, la beauté comme les autres qualités sont le fruit d’une interaction entre des caractéristiques innées, le contexte, et la motivation de la personne à les développer. Ce ne sont pas les avantages donnés ou non par la beauté qui est sont un enjeu important. Plutôt : à niveau égal de beauté ou de moche-titude, hommes et femmes n’auront pas les mêmes privilèges.

Certaines personnes me répondront que c’est une question d’auto-détermination. Le problème avec la beauté serait qu’elle se révèle principalement par le regard des autres. Y accorder de l’importance consisterait à se définir avec moins d’autonomie, enjeu central pour beaucoup de féministes. J’ai envie de répondre très bêtement : l’autonomie, c’est surévalué. Ça permet bien souvent d’atteindre plus de bonheur, je ne le nie pas. Mais pas toujours, pas pour tout le monde et pas dans tous les contextes. La liberté de choix peut elle aussi générer de la souffrance. En fait, la quête du bonheur devrait toujours être centrale dans nos luttes. L’auto-détermination est un instrument parmi d’autres pour parvenir au bonheur. Pour moi, l’injustice c’est que les normes définies par les regards des autres ne seront pas les mêmes si on est un homme ou une femme.

De plus, je suis inquiète des impacts d’une dévalorisation de la beauté. En postulant que l’intelligence par exemple serait préférable à la beauté, n’enlevons-nous pas des moyens « de briller » à celles qui préfèrent les effets de la beauté? Pire encore : celles qui n’ont pas eu la possibilité de développer d’autres qualités seraient-elles encore plus stigmatisées? Si certaines ont la chance de naître dans un environnement et avec des gènes offrant l’opportunité de développer n’importe quelles qualités, ce n’est pas le cas de tout le monde. Je suis d’avis que les femmes qui n’ont pu développer qu’une seule qualité ne s’en sentent pas amoindries, coupables, ou moins digne de valeur, que cette qualité unique soit la beauté, l’intelligence, ou n’importe quelle autre.

Pour finir, la quête actuelle de la beauté pose de réels des problèmes sur lesquels on doit se pencher. Par contre, je ne pense pas que le problème réside dans la valorisation de la beauté en elle-même. Plutôt, dans le manque de diversité des idéaux possibles (limitant les possibilités d’accès à la beauté), par la souffrance que le culte peut générer, mais surtout les attentes différenciées en fonction du sexe. Ces problèmes concernent cependant n’importe quelle autre qualité personnelle. Surtout celles qui sont sujettes aux inégalités sociales ou innées. En fait, considérant le bonheur que peut potentiellement apporter la valorisation de la beauté, peut-être est-il possible de l’aborder sous un angle plus positif? Être beau, c’est l’fun. Et utile. Pourquoi ne pas s’approprier le concept, plutôt que de lui faire la guerre? Peut-on se questionner sur les façons de rendre cette qualité accessible pour le plus grand nombre, et moyennant le moins de souffrance possible? Brainstorm de solutions loufoques « sur le fly »: une éducation scolaire aux multiples formes de beauté; une éducation aux façons de l’atteindre sainement; une plus grande accessibilité aux soins de beauté; une aide sociale pour moches, de la recherche en milieu académique sur ce qui génère le sentiment d’être face à du beau; des campagnes de propagande gouvernementales pour créer davantage de modèles de beauté. Peu importe… mais faisons-le de façon ÉQUITABLE pour les femmes et les hommes.

Kristine Gagnon Lafond

9 Comments

  • Meg
    23 décembre 2014

    De mon point de vue la beauté pour les femmes actuellement c’est donner des signes extérieurs de sa soumission aux désirs masculins hetero. Par exemple porter des souliers inconfortable et qui vous empêche de courir en cas de danger. Par exemple se faire mal aux poils en les arrachants. Par exemple se priver de nourriture pour être assez fine pour laisser plus de pla ce a la corpulence des hommes. Par exemple passer du temps a se peinturer le visage, se vêtir de lingerie inconfortable, de vetements qui entrave les mouvements. Par exemple s’efforce d’avoir l’air plus jeune pour plaire aux hommes. Par exemple camoufler notre propre odeur corporelle dans des parfums a base d’espèce en voie d’extinction.
    Je ne dénigre pas les femmes qui font tous ces trucs, je sais que ne pas les faire coûte tres chère socialement. Le truc avec la beauté exigé des femmes, c’est que c’est un moyen de domination par injonction paradoxale. D’un côté on exige des femmes qu’elles se conforment à des standats de beauté (maigreurs, blancheur, jeunesse, apparence de bourgeoisie…) et de l’autre on méprise les femmes qui se soumettent à cette injonction, les jugeant superficielles et j’en passe. L’hypocrisie est totale. La beauté doit avoir l’air naturelle, c’est à dire faite avec beaucoup d’efforts et de souffrances mais sans que les hommes ne soient mis mal a l’aise par la réalité de ce que cette beauté existe comme travail. Par exemple les mecs qui se moquent des femmes qui ne mangent rien et qui pourtant ne regardent que les femmes maigre et se moquent des femmes qui ont des proportions normales en les traitant de grosses.
    Le truc délicat, c’est que le travail des apparences est un domaine tres important de la culture féminine et le dénigrer c’est aussi dénigrer un pan de la culture féminine, habitude originaire des misogynes. Prendre la mode avec sérieux, mais ne pas se plier aux dictates de la pseudo beauté dicté par des gays misogynes qui ne supportent pas les corps féminines (cf Lagerfeld qui déclarait que les mannequins doivent être le plus maigre possible pour diparaitre derniere la ligne de ses créations) et ne porterons jamais leurs créations. Prendre le maquillage au sérieux et se renseigner sur les produits incroyables qu’on y met ( placenta humain et résidus de cadavres de condamné à mort chinois dans certains crepe anti âge). Prendre son alimentation au sérieux mais ne pas s’imposer le physique artificiel que les publicitaires veulent nous imposer..,.

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  • Meg
    23 décembre 2014

    Désolé pour les nombreuses fautes de frappe et d’orthographe. J’espère que mon commentaire est tout de même lisible. Bonnes fêtes de fin d’année

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  • Meg
    24 décembre 2014

    glané ce matin sur le web une citation qui en dit long sur le prix de la beauté féminine.

    « Quand le gouvernement français, en avril 1939, signe un décret-loi (dite loi Marchandeau, du nom du Garde des Sceaux, Paul Marchandeau) qui conduit à l’adoption du premier arsenal législatif antiraciste, les réactions d’hostilité sont très virulentes : chez les groupements antisémites en premier lieu, dont Jean Boissel se fait le porte-parole quand il affirme à l’été 1939 : « Cette loi, comme les trop belles femmes, est faite pour être violée » (Le Réveil du Peuple, juin-juillet 1939). »
    source : http://antiracisme.blog.lemonde.fr/2014/12/22/lantiracisme-et-la-tentation-de-la-censure/

    Etre trop belle est puni par le viol par les patriarches, ne pas l’etre assez aussi d’ailleurs.

    @Stéphanie, je suis d’accord avec ton idée de tout le monde a sa beauté et les animaux sont beaux, mais je pense que cet article parle de la beauté au sens commercial du mot, c’est a dire être dans les normes et les standards actuels promu par les medias (mode, tv, ciné, pub…)
    après la beauté intérieur des femmes c’est sympas mais j’ai jamais entendu quelqu’un dire que la beauté intérieur était superficielle ou que les femmes qui la cultive sont de mauvaises personnes.

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  • Isabelle
    25 décembre 2014

    Chère toi,
    Le problème n’est effectivement pas la valorisation de la beauté.
    Le problème, c’est que c’est qu’on (tous les véhicules de l’éducation patriarcale) apprend aux femmes que c’est la SEULE manière de se valoriser.
    Le problème, c’est aussi que, ce faisant,on (Tous les véhicules de l’éducation patriarcale)renforce l’idée que la femme est un objet et non un sujet; que son corps est un bibelot et non un outil; quelque chose sur lequel on agit au lieu de quelque chose servant à agir.

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    • Kristine
      27 décembre 2014

      Je ne suis pas d’accord que l’on enseigne aux femmes que c’est la SEULE manière de se valoriser. Je suis d’accord, par contre, que ça beaucoup plus d’importance que pour les hommes. C’est ce que je trouve injuste.

      Pour ce qui est de votre distinction entre objet/sujet, pourriez-vous expliquer? Je ne suis pas certaine de voir la distinction entre la chose sur laquelle on agit, versus la chose qui sert à agir. D’autant plus que la beauté peut aussi servir aux femmes qui développent cette caractéristique, non?

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  • Pascaline
    25 janvier 2015

    Pour moi la beauté n’a rien à voir avec la mode, le maquillage, la taille ou le poids! Elle a à voir avec le rapport humain à l’autre, aux autres, et se mesure davantage à la qualité d’un regard, d’un sourire ou d’une relation… La beauté définie par les médias est un outil pour la séduction. C’est le désir de séduire qui est à interroger: une séduction assise sur des critères de normes physiques appelle un séducteur- une séductrice – d’abord à un retour « physique », coucherie, attouchements ou pire. Une séduction assise sur des critères d’humanité (qualité d’une relation) appelle d’abord au partage de la parole, et + si ensuite affinités.

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  • Isabelle
    30 janvier 2015

    Ça fait du bien de lire un point de vue différent et je suis contente que quelqu’un ait pris le temps de mettre les mots (et de les publier) sur la problématique tel que je la perçois personnellement (et je ne suis certainement pas la seule à partager cette opinion).

    Très bon (et bel 😉 ) article !

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  • Indignée
    6 février 2015

    Vous dites  » « Elle est bonne, et EN PLUS elle est belle! ». Nous sommes beaucoup qui aimeraient ce genre de compliments!  »

    J’espere que c’est ironique, ça va à l’encontre même des pensées féministes vous le savez ça ? Nous ne sommes qu’un physique.

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  • Kristine
    6 février 2015

    @Indignée: Il y a plusieurs pensées féministes. La mienne est que la beauté est aussi digne d’intérêt que l’intelligence, la scolarité, etc. C’est une valeur et ça se discute, j’en conviens.

    Pour moi, mon féministe, c’est avoir accès aux parts du gâteau auxquelles j’ai envie. Je m’oppose à ce qu’une pensée patriarcale, ou même une pensée féministe contraignante, m’oblige à manger le morceau que je n’ai pas envie. Que ce soit par ses jugements ou ses impératifs.

    Nous avons le droit d’être brillantes: nous voulons un accès facile à une éducation de qualité. Nous voulons utiliser notre intelligence dans notre quotidien et nous accomplir avec son aide. Nous avons le droit d’être belles si nous le voulons. Si ça rend une femme heureuse d’utiliser son physique dans sa vie… pourquoi devrions-nous la mépriser? J’aimerais que l’accès à la beauté soit facile, et se fasse de façon équitable pour les hommes et les femmes. Ce n’est pas le cas. Ça doit changer. On doit y travailler. Je postule que la beauté, comme caractéristique qui naît de l’interaction entre l’inné et l’acquis, mérite tout autant de considération que… par exemple… l’intelligence.

    La vie peut rendre heureux sous plein d’aspects: profitons de notre cerveau, profitons de notre coeur, profitons de notre corps! Vive un « Soi » entier, et pas morcellé!

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