8 mars : chignons et cornichons?

Comme à chaque 8 mars, plusieurs textes sont écrits pour rendre hommage aux femmes qui ont marqué l’histoire, aux femmes qui mènent la lutte actuelle et aussi pour souligner le chemin et les embûches qui restent à franchir.

Évidemment, il est impossible d’échapper aux articles et textes mielleux et stéréotypés. Plusieurs entreprises semblent penser que le 8 mars est une St-Valentin #2 et se servent de cette journée pour vendre et promouvoir des items typiquement féminins, que ce soit lingerie ou cosmétique. Allô l’opportunisme sur le dos de milliers de femmes. D’autres, comme le blog Ton Barbier, pensent que cette journée de la femme [sic] a pour but d’honorer les qualités superficielles et mignons petits défauts de LA femme.

Où commencer?

D’abord, messieurs, il y a plus qu’une femme : il y a DES femmes. Des femmes avec une réalité, un vécu, un physique, un âge et une personnalité différente. Une liste de 7 choses c’est bien peu pour nous décrire, et c’est presqu’insultant. En fait, ça l’est. Qu’arrive-t-il si on ne s’y retrouve pas, dans votre liste, pensée et imaginée par des hommes qui ont probablement aucune idée de ce que c’est que d’être une femme? On touche ici au deuxième problème.

Le male gaze.

Théorie développée par Laura Mulvey, elle se définit ainsi : ‘The male gaze occurs when the camera puts the audience into the perspective of a heterosexual man’. Bien que cette définition soit en lien d’abord avec le cinéma, elle peut aussi transposée dans la vie de tous les jours. Parce que dans la liste proposée par le blog, la majorité des points font référence aux hommes : ce qu’ils aiment, quand on a besoin d’eux, ce qu’on fait pour eux, etc. Au fond, ce qu’on nous dit le jour de la fête des femmes, c’est à quel point ils nous trouvent belles au naturel, ils trouvent ça cute quand on a besoin d’eux, ils aiment quand on se met belle pour eux. C’est à se demander si c’est notre journée ou la leur.

 »Quelle délicatesse de jouer la femme en détresse pour que notre virilité soit à son apogée! »

S’approprier le 8 mars pour faire l’apologie de la femme en fonction de ce que l’homme aime, c’est prouver à quel point cette journée est encore, malheureusement, nécessaire et essentielle. Pourquoi pas une liste de 7 femmes qui ont réalisé des choses extraordinaires? 7 femmes qui ont révolutionné le monde de la science, du cinéma ou de l’art? 7 femmes qui s’accomplissent et font des choses, d’abord et avant tout, pour elles-mêmes et pas pour séduire les hommes? Pourquoi pas une liste de 7 luttes féministes qui sont encore actuelles?

Le 8 mars, j’ai pas envie qu’on souligne les choses que la femme fait qui la rende attachante aux yeux des hommes. J’ai envie qu’on souligne les femmes qui sont harcelées, tuées, menacées, marginalisées et invisibilisées parce qu’elles sont ce qu’elles sont : les femmes trans’, autochtones, travailleuses du sexe, racisées, militantes, etc. J’ai envie qu’on souligne ce qu’ont fait les femmes et ce qu’elles continuent de faire qui rendent ce monde plus juste et meilleur pour toutes et tous.

Et qui sait, un jour, on ne lira plus ces listes réductrices et infantilisantes le 8 mars.

 

 

1 Comment

  • Daphné
    10 mars 2015

    Ouin, à ce titre, pas besoin d’une journée de la femme. Toute l’année les femmes reçoivent bien le message que de manger un hamburger va (du moment qu’on se contente de salade le reste de la semaine) et qu’on nous aime au naturel (du moment qu’on est fraîchement épilées de partout, qu’on a le teint lisse et les joues roses et qu’on sent le parfum). Si vous considérez la journée de la femme comme n’étant qu’une occasion de plus pour nous rabâcher ces mêmes stéréotypes (et on n’a définitivement pas besoin d’une occasion supplémentaire), vous pouvez définitivement vous abstenir messieurs.

    [Commentaire hors-sujet? Abusif? Spam?]

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