Soutenir le marketplace feminism, soit les entreprises/particuliers qui cherchent à obtenir des profits découlant de l’engouement provoqué par l’idéologie féministe équivaut à encourager l’exploitation de millions de femmes à travers la planète.

Être fièr-e-s de notre mouvement est quelque chose de tout à fait normal, et est même encouragé afin de faire changer les stéréotypes ancrés dans notre société. Il est bénéfique de débattre avec celleux qui ne comprennent pas certains concepts ou qui ne sont tout simplement pas d’accord avec ceux-ci. Ainsi, se procurer des vêtements à message féministe peut être (vraiment) tentant.

Toutefois, encourager la commercialisation du féminisme est un acte néfaste pour les femmes qui produisent ces produits. Au Bangladesh, par exemple, l’industrie des vêtements est largement dominée par les femmes. Historiquement, c’est l’une des industries les plus dominées par le genre féminin à travers le monde. Il n’est pas surprenant d’apprendre que les conditions de travail sont exécrables : dans ce pays, qui est l’exportateur le plus important de vêtements, le salaire minimum pour un mois est de 5,300 takas, soit environ 102 $ canadien, selon un article publié sur Europea.eu intitulé Exploitation or emancipation? Women workers in the garment industry. Ce salaire ne couvre pas les besoins de base de ces humaines.

En plus de ces conditions inacceptables, celles-ci se voient exposées à des dangers concernant la construction des usines où elles travaillent : il y a quatre ans, 1 138 travailleuses sont décédées suite à l’effondrement de l’usine Rana Plaza, où les vêtements de la célèbre bannière H&M sont produits. Selon The Guardian, cette catastrophe est considérée comme l’une des pires, tous pays confondus.

Quelles sont les responsabilités des entreprises?

Considérant que ces femmes se voient refuser différents droits fondamentaux, comme pouvoir offrir à leurs enfants et à elles-mêmes une éducation décente, vivre hors de la pauvreté afin de pouvoir subvenir à leurs besoins ainsi que de se retrouver dans un environnement sécuritaire, elles ont les pieds liés face à leur condition subordonnée. Si elles n’ont plus cet emploi, elles ne survivront pas et leurs enfants non plus. Aussi simple que ça.

Certain-e-s argueront que l’accès des femmes à des emplois rémunérés représente l’une des plus grandes formes d’empowerment qui a eu lieu sur Terre. Il est vrai que celles-ci se voient désormais accorder un salaire, ce qui leur offre une certaine autonomie financière. Cependant, le respect de l’existence de ces travailleuses est largement négligé et ne convient tout simplement pas aux exigences que l’humain doit faire face pour vivre de façon décente.

En effet, les entreprises ont très peu de responsabilités face aux employées. L’économie globale étant largement dénuée de régulations claires, ces productions externes rendent les compagnies immunisées aux possibles démarches politiques, comme les tentatives de création de syndicats.

Comment être empowered sans exploitation supplémentaire?

Avec la mondialisation, il est difficile de boycotter toutes les entreprises dont la production n’est pas éthique. Selon Statistiques Canada, les Québécois-e-s et les Britannos-Colombien-nes sont plus enclins à boycotter certains produits qui ne reflètent pas leur positionnement moral. Cette consommation plus responsable est également à la hausse depuis 2003 et 2008 et « s’est fait sentir à la fois chez les hommes et chez les femmes, chez les personnes appartenant à des ménages aux revenus plus ou moins élevés, chez les personnes avec ou sans enfants. » Un changement social est donc présentement en plein essor, mais des efforts doivent continuer d’être mis en branle pour l’encourager.

Cependant, lorsqu’on consomme pour des désirs (et non pas des besoins), il est intéressant de poser un deuxième regard sur l’industrie qu’il y a derrière le produit. Avec la surconsommation qui est devenue un fléau au Québec, plusieurs conséquences néfastes sur la planète vont avoir lieu. On estime que « d’ici une vingtaine d’années, le réchauffement climatique pourrait provoquer l’extinction d’un quart des espèces terrestres », selon un article publié par Alphabem.

Mon article ne se veut pas moralisateur, car ma consommation personnelle n’est pas parfaite (loin de là). Il est simplement nécessaire, selon moi, de s’intéresser davantage aux impacts de nos achats « pour le plaisir ». Plusieurs compagnies vont tenter d’intégrer un message politique à leurs produits destinés aux femmes pour faire fructifier les ventes. C’est pourquoi je sourcille souvent quand, par exemple, la compagnie Dove, dont tout le monde connaît l’implication concernant la confiance en soi, est profondément hypocrite. En effet, depuis environ 10 ans, ils se battent contre l’utilisation de modèles photoshopées. Cependant, en plus d’utiliser (de façon évidente) Photoshop, leurs campagnes perpétuent des standards de beauté restreints.

Il peut donc être intéressant d’encourager des artistes locaux, par exemple sur Etsy. En plus de contribuer directement à un-e humain-e (et non pas à une multinationale), on réduit, à petite échelle, la demande pour des produits qui affectent négativement des millions de femmes dans le monde. Et pourquoi ne pas faire le tour des friperies pour trouver des morceaux originaux, moins chers, mais qui ont également déjà été portés?

Sinon, il y a toujours l’option de produire soi-même certains produits. Il est indéniable que ce n’est pas tout le monde qui a la fibre artistique, mais ça vaut définitivement la peine d’essayer en s’inspirant des œuvres de différentes artistes féministes.

Perpétuer la voix du mouvement féministe est un devoir que nous avons tout-e-s en tant que membres du mouvement et faire coïncider nos paroles avec notre consommation peut être bénéfique lorsque cela nous est accessible.