J’suis capable…!

Il existe un préjugé subtil mais tenace auquel j’ai été et je suis toujours confrontée : ma supposée faiblesse physique. À cause de mon physique, on m’a considéré comme «pas forte», ou simplement pas capable de réaliser des tâches demandant une force physique plus ou moins considérable. Je ne suis pas anormale, pourtant : je suis menue, certes, petite (5 »2) et mince, mais cela ne veut pas impliquer nécessairement que je ne suis pas capable d’accomplir ce qu’une personne plus costaude que moi peut faire. Le préjugé subtil dont je veux parler est celui de la «protection» ou la réaction protectrice dont les autres (la famille, les amis, la société quoi !) entourent les femmes selon diverses circonstances. Sous le couvert de bonnes intentions, on s’inquiète de la santé/capacité d’action des femmes lors des menstruations, lors de la grossesse, ou en général pour accomplir certaines tâches plus demandantes physiquement. Cette réaction, autant louable qu’elle peut être, suppose que les femmes sont moins capables de faire certaines choses de par leur état : menstruée, enceinte, ou simplement pas forte (!) comme dans mon cas. C’est fâchant, à la longue de se faire dire : « T’es sûre que tu vas être correcte toute seule ? » pour transporter des sacs d’épicerie lourds, ou des boîtes de déménagement ou n’importe quoi de lourd ! Ben oui, je vais être correcte, je suis une grande fille, autonome, indépendante, j’ai pas besoin de personne d’autre pour faire les choses que j’ai à faire toute seule. Toutefois, je ne nie pas la réalité : j’ai moins de masse musculaire qu’une personne de plus grande taille, mais je ne suis pas faible pour autant. Il m’est apparut que je ne me suis jamais sentie «faible» physiquement, mais c’est le regard des autres qui ont bâti cette image de moi, la conception des autres qu’une fille menue, pas costaude pour une cenne, ben c’est pas fort ! Il faut l’aider. Laissez-moi vous dire que ça m’énerve ! Si j’ai besoin d’aide, je vais le demander, mais arrêtez de me proposer incessamment de l’aide, c’est insinuer que je suis faible et pas assez forte. Pour ce qui est des menstruations ou des grossesses, il est certain que ce sont des états spécifiques aux femmes, qui altèrent de manières diverses nos conditions physiques, mais cela ne nous rend pas automatiquement faibles, ou ayant besoin d’être aidées.

Je pense que c’est un préjugé subtil et difficile à cerner, parce qu’il n’est pas explicite. Je ne critique pas l’action d’aider en tant que telle, mais plutôt la réaction protectrice systématique que tout le monde peut avoir face aux femmes, mais aussi aux personnes âgées. Cette réaction est très frustrante pour moi, parce que je n’ai aucune raison particulière d’être protégée ou aidée, autrement que parce que je suis une femme (petite!?) ! La réaction de protection, ou d’aide, n’est pas négative non plus en soi, mais elle l’est dans la mesure où elle est appliquée pour des raisons d’une supposée faiblesse intrinsèque d’une femme ou d’une personne âgée. Alors, pour terminer, je vous invite à réfléchir si vous vous êtes déjà fait offrir de l’aide pour des raisons triviales et/ou pour aucune raison apparente… Que penser de tout cela ?

 

3 Comments

  • Stéphanie
    26 décembre 2008

    C’est vrai que cette sollicitude exagérée finit par devenir insupportable lorsqu’elle nous faire nous sentir comme des incapable. C’est incroyable comme la perception des capacités physiques des femmes changent avec les époques.

    Je me demande si nos ailleules vivant à la campagne, continuellement enceintes et tout de même obligées d’abattre du matin au soir le travail de 5 hommes en travaillant aux champs, en s’occupant des animaux, sans parler des tâches ménagères et des soins à la ribambelle d’enfants et aux vieux parents, si ces femmes donc, pouvaient se permettre de souffler de temps en temps en disant « Désolée, je suis une faible femme et j’ai besoins d’aide ». Imaginez comment elle aurait été reçue par son entourage: « Ah, la vilaine paresseuse! Petite nature qui ne pense qu’à te prélâsser! » Malheur à la femme qui « se plaigniait »!

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  • Doty
    2 mars 2009

    Bonjour,

    Je suis le français de service.

    Je serais même d’avis d’aller plus loin et de pousser jusqu’à interdire aux hommes d’aider les femmes en quelque circonstance que ce soit y compris si ce sont les femmes elles-mêmes qui demandent de l’aide.

    La situation serait beaucoup plus claire ainsi.

    A+

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