Le jour où une élève m’a scié les jambes.
C’est arrivé aujourd’hui. Le 15 décembre 2009. Difficile d’être plus au présent que ça.
Je suis assise tranquillement dans le salon du personnel et une collègue et maintenant amie enseignante entre et me demande si elle peut me déranger. À cette période de l’année, à 3 jours du congé des Fêtes, on s’entend que l’enseignante en éducation physique en moi ne croule pas sous la charge de travail. Je lui ai donc accordé de mon temps. Elle avait quelque chose à me faire lire.
Ma collègue est enseignante au secondaire dans notre minuscule école de 100 élèves. Elle enseigne de 7e année à secondaire 5; elle a donc 22 élèves ! Bienvenue dans notre réalité !
C’est elle qui enseigne le français et les sciences humaines. Avec la classe du 2e cycle du secondaire, elle travaille présentement une situation d’apprentissage qui porte le titre de: « Avoir 16 ans ». Ils font la même chose au secteur anglophone. En gros, pendant plusieurs semaines, les élèves visionnent des documents audio-visuels et lisent des articles sur des adolescents de 16 ans, comme eux, mais qui vivent dans d’autres pays. Ensuite, avec leur enseignante, ils discutent des valeurs et émettent des opinions sur ce qu’ils voient / entendent / lisent. Bien évidemment, ils ont des travaux à faire en lien avec les différents adolescents suivis aussi. C’est vraiment un truc très bien fait et enseignants comme élèves aiment y travailler.
Je reviens à la salle du personnel, où je suis, et dans laquelle mon amie-collègue désire me déranger. Elle me tend une feuille et me demande de lire les réponses d’une de nos élèves au questionnaire sur l’adolescente égyptienne qu’ils ont vu dans la vidéo.
Je tiens à précisé que, contrairement aux autres fois où je vous ai parlé de mes élèves, celle-ci n’est pas inuite. Elle est originaire du Kazakstan, a immigré au Canada il y a 7 ou 8 ans. Elle a vécu à Montréal pendant 6 ans, où elle a appris le français. Son père a été engagé à la Commission scolaire Kativik l’année dernière à titre d’orthopédagogue. Elle a donc fait sa 4e secondaire à Tasiujaq l’an dernier et termine sa 5e secondaire cette année.
Voici donc la transcription de ses réponses:
1- Selon toi, est-ce important que les filles de poursuivent leurs études.
Oui. Je pense que les filles doivent avoir le droit de poursuivre leurs études si elles le désirent. Les études c’est important. Mais c’est plus important pour les garçons car ils ont besoin de bonnes études pour avoir un bon travail et pouvoir subvenir au besoin de sa famille.
2- Selon toi, est-ce que les filles doivent avoir des enfants ?
Oui. Il faut absolument que les femmes aient des enfants car elles sont responsables de perpétuer leur génération.
3- Selon toi, quelle place doit occuper la femme et l’homme dans un foyer.
La femme doit rester à la maison pour faire le ménage, cuisiner un bon repas pour son mari et s’occuper des enfants pendant que le mari travaille et rapporte l’argent pour subvenir aux besoins de sa famille. En étant à la maison, la femme peut avoir le contrôle sur ses enfants et s’assurer que la maison soit propre et que le repas soit prêt quand son mari rentre le soir.
4- Selon toi, est-ce bien qu’une femme se fasse battre par son mari.
Si la femme se fait battre par son mari, c’est sûrement de sa faute. Si elle a été infidèle ou a fait quelque chose de mal, c’est normal que son mari la batte.
Quand j’ai lu ça, il m’était impossible de prononcer autre chose que: » Ben voyons ! Ben voyons ! Ben voyons ! » à différentes intervalles et avec une nouvelle émotion. Surprise, frustration et dégoût me sont passés sur le corps. Ma collègue m’a expliqué ensuite qu’elle avait fait un retour sur le travail avec notre élève, avait essayé de la provoquer un peu, de la choquer. Rien à faire. C’est comme si elle avait été programmée.
Que celui qui a envie de dire que les féministes d’aujourd’hui et de chez nous se battent dans le beurre ose le dire maintenant.
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