Je connais à peu près le Code de la Bonne Féministe lorsqu’il s’agit d’attaques frontales ou de sexisme primaire. Mais je suis presque toujours désemparée lorsqu’il s’agit… d’humour. Je ne sais jamais comment réagir face aux blagues dont le fond de commerce est la bêtise féminine, le fait que les femmes sont dépensières, qu’elles ne s’intéressent qu’à l’apparence, etc.

Je ne veux pas ici renforcer le stéréotype de la féministe qui n’a aucun humour. Que les choses soient claires : j’aime rire. Je ne sais pas quelle personne pourrait affirmer le contraire, d’ailleurs. : « Rien ne me fait rire ! Je déteste ça ! Je n’ai aucun humour ! » Mais je crois quand même qu’il faut dire les choses : j’ai bien l’impression que les blagues sexistes ne font rire que deux catégories de personnes. A ma droite, les personnes qui trouvent qu’il y a un fond de vérité, quand même, pas pour toi bien sûr, mais pour la majorité des femmes, enfin certaines, enfin c’est le cliché quoi, enfin tu as compris. A ma gauche, les personnes qui s’assimilent à la catégorie des dominants (en l’occurrence, les hommes).

On entend souvent que l’humour serait un moyen de s’approprier les clichés pour les tourner en dérision, et rire de ceux qui sont vraiment sexistes (ou racistes). Je ne sais pas si je suis d’accord avec cette théorie. Est-ce que les « blagues racistes » et autres « blagues antisémites » seraient aussi drôles si elles ne s’appuyaient pas sur ce que beaucoup considèrent comme « un fond de vérité ». Essayons cette « blague » : « Kader et Mohammed sont en voiture, qui est-ce qui conduit ? Réponse : La police ». Est-ce qu’elle serait vraiment aussi drôle si elle commençait par « Paul et Jean » ? Pour moi, les « blagues sexistes » ne sont pas différentes. Essayons encore : « Une blonde accouche de jumeaux. Catastrophée, elle s’écrit : ‘Mon Dieu, mais qui est le père du deuxième ?’ » Est-ce que cette blague ferait autant rire si elle commençait par « Un homme voit sa femme accoucher » ?

Ce qui m’amène à mon deuxième point. Sauf circonstances particulières (?), je ne crois pas que l’on puisse demander à une victime de viol de rire d’une blague mettant en scène un viol. Les seules personnes susceptibles de trouver cela drôle sont les personnes qui n’ont aucune idée de ce que c’est que de vivre le « fond de vérité » auquel cette « blague » fait appel. Je trouvais moi-même les blagues de blondes plutôt drôles, non pas parce qu’elles mettaient en scène des blondes, mais parce que je riais de la stupidité du personnage (blonde, belge, ça aurait pu être un homme ou un hibou). J’ai cessé d’en rire le jour où j’ai teint mes cheveux en blond-roux et où un contrôleur de train à qui je posais une question m’a dit : « Vous êtes vraiment blonde, vous alors ! »

Au-delà de ces remarques, il y a quelque chose que je trouve intéressant. En termes d’humour, il n’y a rien d’universel : tel ou telle humoriste me fera éclater de rire quand une amie le ou la trouvera nul. Et c’est normal, accepté, et admis. Mais en terme d’humour sexiste, ne pas rire à une « blague sexiste », c’est « ne pas avoir d’humour ». Du tout. Non-non. Eh bien il me faut dévoiler un scoop à toutes les personnes qui pensent comme cela. Ce n’est pas que j’ai aucun humour, darling, c’est simplement que nous n’avons pas le même.