Éloge d’un travail d’équipe féministe

C’est Hannah Arendt qui disait que la confiance mutuelle était plutôt le résultat d’une action et non une condition à cette dernière.

Depuis un an maintenant, je travaille de pair avec Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent, les deux co-fondatrices du Théâtre de l’Affamée, une jeune compagnie qui « […] voit la scène comme […] un lieu fertile pour la création de personnages féminins complexes et intéressants qui interrogent leur contemporanéité.  » (tiré du mandat de la compagnie).

Toutes trois nous intéressons à la pertinence et à la nécessité  d’appliquer une analyse féministe dans la dramaturgie et le théâtre québécois francophone.

Nous avons commencé à travailler sur le sujet dans le but premier de présenter le fruit de nos recherches lors de la conférence internationale Repenser la race et la sexualité qui a eu lieu en avril dernier pour souligner les 35 ans d’existence de l’Institut Simone de Beauvoir.

De nos recherches, lectures, analyses, et discussions en est resorti une conférence-performance, dans laquelle nous prenons la parole pour transmettre une histoire des femmes à travers le théâtre mais aussi une réflexion théorique féministe. La théorie rencontre la pratique, l’histoire se mêle à la fiction, nous mélangeons les genres et nous nous questionnons sur la place du féminisme dans les sphères artistiques.

Depuis deux mois, nous avons repris le travail de recherche et nous étoffons notre conférence-performance, puisqu’elle sera de nouveau présentée lors des États Généraux de l’action et de l’analyse féministe, le 15 novembre prochain.

Ce travail d’écriture, de performance, de jeu, a pris beaucoup de sens pour chacune d’entre nous, dans nos vies professionnelles, académiques et personnelles.

L’image du féminisme dépeinte par les médias en est souvent une de femmes divisées entre elles, de discours polarisés, avec les unetelles d’un bord et les autrestelles de l’autre bord…

Le féminisme, nous montre la sphère médiatique, reste une affaire de grosses gangs, de gros organismes, qui font du lobby politique, dans des grosses structures, pour mettre en place de nouvelles structures encore et toujours plus grosses. La structure, le débat et l’adoption de résolutions politico-économiques prennent tellement de place qu’on oublie de voir comment les individus interagissent entre eux; qu’est-ce qui resort des rapports entre les personnes; comment vont les relations entre féministes ?

Nous sommes trois artistes féministes qui ont trouvé leur voix et leur voie à travers ce travail de création et de réfléxion; autour d’une table de cuisine, dans des discussions enrichissantes, positives, lumineuses. À travers l’idée et le rêve d’un autre féminisme, et oui, un autre féminisme dans cette pluralité de féminismes déjà présents; un féminisme artistique, littéraire, théâtral; un espace de plaisir ludique et intelligent, qui questionne, revendique et croit en la nécessité de construire la vie, donc l’art, de manière féministe. Notre action commune de vouloir mieux, comme disaitt Léa Roback.

L’écoute, la sensibilité, la curiostié et l’engagement ont fait de nos espaces de créations et de réflexions un lieu où nous nous sentions en sécurité, au moins une fois par semaine. L’espace de création féministe que nous avons construit nous a permis de rêver de nouvelles avenues pour notre art, d’en redéfinir les valeurs et d’en réinventer la signification.

À force d’écriture, de lecture et de discussions toujours enjouées et respectueuses, nous avons atteint ce niveau de confiance mutuelle dont parle Arendt. Et nous avons dorénavant confiance en cette confiance qui nous guide, nous unit et nous permet d’envisager de nouvelles possibilités créatrices par et pour le féminisme.

Marie-Claude Garneau

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