Petite expérience, pas du tout scientifique, sur la construction des genres
J’ai toujours été assez sceptique par rapport aux phrases qui débutent avec « les petites filles sont comme ci » ou « les petits garçons sont comme ça ». Et je me suis longtemps fait répondre : « Tu vas voir quand t’auras des enfants, tu vas comprendre ». Et bien quelle chance, j’en ai maintenant deux! Et j’ai même un représentant de chacune des deux catégories sus mentionnées. Je suis donc maintenant autorisée à avoir, moi aussi, une opinion sur les différences garçon-fille. En contrepartie, tout le monde veut maintenant me faire part de son avis sur la question, ou plutôt avoir mon approbation concernant leurs théories sur les différences entre petits garçons et petites filles. Et depuis cinq ans, j’ai à peu près tout entendu : que mon coco, ça parait que c’est un garçon car il ne tient pas en place, que ma cocotte, c’t’une vraie fille (lire ici qu’elle est coquette) ainsi que de longues et étranges explications sur pourquoi ma relation avec mon garçon (ou avec ma fille, selon l’interlocuteur) est par définition plus intense, plus intime, plus solide, etc.
À la base, mon opinion est plutôt du type : j’ai deux enfants, différents, avec chacun leurs goûts, leurs intérêts, leurs personnalités. Essayons de les aider à grandir et à se développer dans la mesure de nos capacités. N’empêche que je sais bien qu’un enfant n’est pas imperméable aux pressions de son environnement et que les miens ne grandissent pas dans une tour de verre. C’est pourquoi, pendant le temps des fêtes, j’ai eu envie de mener une petite expérience, sans aucune valeur scientifique mais tout de même éclairante.
Comme la fin de décembre est une période toujours riche en partys, avec la famille comme avec les amis, j’ai eu envie de noter les compliments reçus par mes enfants. Bien sûr, je n’ai pas pu entendre tout ce qui s’est dit dans toutes les occasions mais j’ai tenté d’être la plus attentive possible et de systématiquement prendre des notes après chaque évènement. J’ai ensuite divisé les compliments reçus en trois catégories :
1) Ceux qui concernent uniquement l’apparence. J’inclus ici les commentaires sur les attributs purement physiques (yeux, cheveux, sourire, etc.) mais aussi les vêtements, les souliers et les accessoires.
2) Ceux qui concernent les habiletés intellectuelles. Dans cette catégorie, on trouve un peu de tout « Tu parles dont ben bien », « T’es vraiment bonne pour faire des casse-têtes » ou « Quel beau dessin! c’est toi qui a fait ça? »
3) Ceux qui concernent les habiletés physiques. Qu’ils courent vite, sautent haut, soient fort où capables de faire des belles pirouettes.
Les résultats parlent d’eux même:
Pour ma fille
- Apparence: 47 compliments
- Habiletés intellectuelles: 10 compliments
- Habiletés physiques: 7 compliments
Pour mon garçon
- Apparence: 11 compliments
- Habiletés intellectuelles: 13 compliments
- Habiletés physiques: 10 compliments
Si du côté des habilités intellectuelles et physiques les compliments sont grosso modo aussi nombreux, pour l’apparence physique ma fille a reçu plus de quatre fois plus de compliments que mon garçon! Avant de faire l’expérience, je me doutais bien que ma fille allait recevoir plus de commentaires concernant ses vêtements, ses cheveux, etc. mais jamais je n’aurais pensé que la tendance allait être si lourde! Dès lors, comment déterminer que ma fille est vraiment coquette par nature et non qu’à force de se faire complimenter presque deux fois plus souvent sur son apparence que sur les autres aspects de sa personnalité elle n’en vient pas à penser que c’est là que réside sa principale valeur? Quelle est la cause et quel est l’effet?
Bien sûr, je passe ici sous silence la quantité de jouets de fille ou de garçon reçue encore une fois cette année. Tout comme je ne vous parle pas des regards mi-amusé, mi-réprobateur, posés sur mon fils lorsqu’il s’amuse avec les robes de princesse de sa soeur, regards que ma fille ne reçoit jamais si elle porte le costume de cowboy de son grand frère.
Pourtant, tous les gens que j’ai vu dans le temps des fêtes sont des gens brillants, éduqués que j’aime et je respecte. Je suis convaincu qu’ils croient tous profondément à l’égalité entre les hommes et les femmes et qu’ils n’ont pas du tout conscience du biais de leur commentaires. D’ailleurs ce qui m’a peut-être le plus surpris dans ce projet, c’est de prendre conscience de mes propres biais lorsque je m’adresse à mes nièces, mes neveu ou aux enfants de mes amis. Si quelqu’un d’autre avait mené la même expérience sur moi, je ne suis pas du tout certaine que j’aurais mieux fait que les autres.
Et vous, comment faites-vous pour préserver vos enfants de la pression sociale d’agir en gars ou en fille? Faut-il en arriver à des solutions extrêmes comme ici?
Par Clémence Lamarche
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