Quand la conciliation travail-famille est sexy chez monsieur et attendue chez madame

Depuis lundi dernier, Pierre Karl Péladeau est un héros de la conciliation travail-famille et certains affirment même qu’il est plus populaire que jamais, alors qu’il a choisi sa famille avant sa carrière politique en démissionnant de la tête du Parti québécois.  Je suis mal à l’aise. Encore aujourd’hui, au Québec, une femme qui fait le même choix est considérée comme prenant une décision qui va de soi. Il arrive même qu’on s’en serve pour justifier la disparité dans certaines fonctions : «normal que les femmes n’accèdent pas aux hautes sphères de pouvoir, elles sont obsédées par la conciliation travail-famille». Notons d’ailleurs que de récents articles mettent en lumière une hausse de la discrimination au travail pour les femmes enceintes, désirant l’être ou étant mères. Il faut encore une fois, attendre que des hommes, tels Péladeau cette semaine ou Trudeau lors de son élection récente, se soucient de cet enjeu pour qu’il soit perçu comme important et noble.

Je l’avoue, je suis loin d’être aussi optimiste que Rima Elkouri et d’autres journalistes. Je ne crois pas que la démission de PKP amènera enfin une visibilité à l’enjeu de la conciliation travail-famille. Ni qu’elle aidera à changer les mentalités et à améliorer la situation des parents. Encore moins qu’elle donnera envie à plus d’hommes d’instaurer une égalité dans leur couple, de s’investir davantage dans leur foyer ou d’être présents pour leur(s) enfant(s) à coup de sacrifice de carrière. Tout ce qui me saute au visage et dont je suis certaine, c’est le double-standard qui existe toujours : un homme qui dit vouloir s’occuper de sa famille est un héros, un saint et un phénomène extraordinaire. Une femme qui fait la même chose ? Elle est lâche et sans ambition, elle complique les choses dans son milieu d’emploi, elle n’est pas une bonne travailleuse… Puis, c’est quand même la moindre des choses, de prendre le temps de les élever après les avoir fait, ces enfants. Il arrive même qu’elle voit ses consoeurs se retourner contre elle parce qu’elle «nuit au féminisme» si elle choisit de rester à la maison. Tout pour dire que c’est très rarement positif.

Pendant que PKP est mis sur un piédestal parce qu’il a osé montrer sa «faiblesse», qu’on a senti son émotion et qu’il a versé une larme, le fait que Julie Snyder ait été amère de tous les sacrifices personnels qu’elle a fait pour lui et sa carrière en entrevue à Tout le monde en parle fait d’elle une manipulatrice calculée.  Il est franc, honnête, intègre et on ne peut douter de sa sincérité, bien qu’il soit un ex-magnat des médias conseillé par de grandes entreprises de relation de presse. Par contre, elle, elle n’est pas dépassée par ses émotions : elle choisit ses mots, son ton, son attitude afin de gagner le public, de faire pitié et de nuire à son ex. Loin de moi l’idée de dire qu’elle n’est pas tout aussi bien entourée en terme de relation de presse (au contraire), ou de dire qu’il n’a pas été sincère du tout, mais pourquoi est-elle perçue comme forcément fourbe et pas lui ? Cela ne vient-il pas un peu du stéréotype selon lequel, en cas de divorce, les femmes se transforment en mégères et font tout pour enlever les enfants du couple à ces messieurs ? N’y-a-t-il pas un petit fond de masculinisme à accorder la clémence à monsieur et la manipulation à madame dans le cas d’une garde partagée dont on soupçonne que la négociation ait menée monsieur à démissionner ? Je n’ai pas la réponse divine, mais je crois qu’il est important de se poser ces questions…

Aussi, qu’en aurait-il été si Pierre Karl Péladeau n’avait pas démissionné au lendemain de l’entrevue de Julie Snyder à Tout le monde en parle ? Il est à parier que l’opinion publique ne lui aurait pas été aussi favorable et que le contenu aurait pu nuire à son image. Je ne suis pas devin et je ne voyage pas dans les univers parallèles pour savoir ce qui se serait passé s’il n’avait pas tenu un point de presse exactement le lendemain de la diffusion de l’entrevue de Julie Snyder, mais mon expérience en communication peut vous garantir qu’on ne convoque pas les journalistes avec une nouvelle qui a le potentiel de créer une éclipse médiatique au hasard.

Et vous, quel goût vous a laissé cette nouvelle?
Marie-Danièle Dussault

5 Comments

  • La Digresse
    10 mai 2016

    « Et vous, quel goût vous a laissé cette nouvelle? »

    Exactement le même. Merci de mettre des mots sur ce ressenti que j’avais (que j’ai!) depuis les évènements.

    C’est Julie la méchante qui veut faire prendre une débarque à son ex pour se venger… de quoi au juste? Ce genre de commentaires abondent, malheureusement. Ah! si elle avait accepté de jouer son rôle de mère au foyer qui soutient son grand mari dans l’ombre (où se cache toute grande femme, hein…). Ou encore, elle savait dans quoi elle s’embarquait, c’est plate pour lui qu’elle ne veuille plus jouer la game! )o_0 Elle n’a pas supporté d’être « la femme de » parce qu’elle a trop d’ego!!!

    Bref… pas juste un fond de masculinisme, si tu veux mon avis!

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  • Mélanie
    10 mai 2016

    Tout à fait la meme aussi, mais je n’arrivais pas à mettre de mot sur ce qui me turlupinais. Merci !

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  • Le voyageur
    10 mai 2016

    Moi je trouve qu’il y a beaucoup d’interprétations et un petit peu de mauvaise fois…. manque cruellement de références, aussi.
    Merci

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  • Simone
    11 mai 2016

    Tout cela laisse effectivement fort songeuse. En écoutant la conférence de presse de PKP, j’étais carrément choquée. Je ne croyais pas à ce que je percevais comme un cirque d’émotions. Je trouvais aussi odieux, pour ses enfants, d’assister au spectacle du sacrifice si tant tellement douloureux de choisir, non pas de rester à la maison pour s’occuper d’eux, mais d’opter pour un boulot un peu plus normal pour les voir le soir et les fins de semaine (et je serai très curieuse de voir si l’homme d’affaire optera pour un boulot « normal »).

    Après réflexion, j’ai davantage été sensible au fait qu’il ne renonçait pas seulement à une carrière politique trépidente, mais carrément au rôle de super héros national, au passage à l’histoire pour avoir été celui qui aurait fait du Québec un pays. Les larmes c’est à ça qu’on les doit, à la gloire anticipée qui s’envole en fumée, à l’image de se voir un jour, sous un tonnerre d’applaudissements, répondre à Lévesque qui disait: « À la prochaine fois! »

    Et Julie? Pour avoir été en médiation, je comprend très bien son désir fort légitime qu’en cas de garde partagée, les enfants soient tantôt avec elle et tantôt avec papa, et non avec nounou. Entre vous et moi, les enfants ça grandit, dans 10 ou 15 ans, il pourra y revenir à ce projet, il peut s’y préparer entre temps. Imaginez l’accueil qui sera réservé à celui qui se sera tant sacrifié pour l’amour de ses enfants.

    Mais oui, c’est clair que le fait qu’il soit un homme, ça le rend donc sympathique de choisir les enfants et personne ne songeait à trouver douteuse sa carrière politique alors qu’il a de jeunes enfants. Pourtant… Et Julie, est-ce qu’elle se faisait juger pour sa carrière médiatique? Possible (je ne dois pas lire les bonnes sources pour savoir).

    La question fondamentale pour moi demeure: est-ce que l’idéal à atteindre est que les hommes soient comme les femmes, atteints aussi profondément dans leurs tripes quand il est question de leurs enfants? Ou que les femmes soient comme les hommes et plus facilement happées par la vie publique ou la carrière et plus en mesure d’un certain détachement de leurs enfants? Pour moi, la réponse n’est ni l’une ni l’autre des options (bien que je préfère la première). Et nous n’avons pas fini de cheminer pour trouver la voie de notre bien-être collectif. Surtout qu’il n’y a très certainnement pas qu’une voie et que ça semble un défi insurmontable d’accepter qu’on est tous différents.

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  • Lize Benoit
    6 juin 2016

    Je suis moins optimiste ou radicalisme que vous sur le geste de PKP. Ã mon avis il ne faut pas prendre cette affaire en exemple, çe qui me parait que spectacle et showbiz. Monsieur et madame ne pense qu’à leurs nombrils. J’imagine un peu la réaction de leur fils Thomas qui ne semble asser intelligent pour comprendre que son père vient de se soulager sur l lui et sa soeur. Ils avaient des comptes à régler et la sainte famille y a passer croyant que les Québècois sont une gagne de dupes. Je sui membre AFÉAS et j’aimerais que le débat sur le sujet de la concilliatiion se fasse à un autre niveau que cet exemple ridicule.

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