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On ne se connait pas, laisse-moi me présenter. Je suis féministe, (presque) enseignante et fatiguée. Tellement fatiguée.

Fatiguée parce que, quand Sklavounos dit qu’il est convaincu de n’avoir jamais agressé sexuellement qui que ce soit, je le crois. Je le crois, oui, qu’il n’est même pas conscient d’avoir violé. C’est d’ailleurs le plus triste. Pour lui, pour toi aussi peut-être, le viol c’est une histoire de ruelles sombres, de sang et de cris.

Je t’ai dit tantôt que j’enseignais. C’est important. Je crois à l’éducation par-dessus tout. Je pense qu’il faut expliquer, vulgariser, répéter même. Je suis tellement épuisée de répéter pourtant. De dire sur tous les tons que, oui, elle existe la culture du viol, que non, elle ne l’a pas cherché.  Je suis fatiguée pour toutes celles qui recommencent inlassablement.

Je veux bien expliquer que la culture du viol c’est de suggérer à une fille de faire attention à ses vêtements, sa porte, son attitude si elle ne veut pas être violée, que c’est de penser à la carrière ou à l’avenir d’un homme accusé de viol, que c’est le fait que mes amis qui travaillent dans les bars disent “on s’est fait violés” pour parler d’une grosse soirée, c’est le fait que la majorité des films pornos présentent des relations sexuelles violentes. C’est aussi le fait qu’un candidat à la présidence des États-Unis puisse écarter des allégations d’agressions sexuelles sans qu’on se demande pourquoi il est encore là. C’est mettre une robe au printemps et savoir déjà ce que ça en engendrera de regards et de commentaires. Et tellement, tellement d’autres choses.Revivre le scénario, espérer que c’est enfin compris, puis recommencer. Ad vitam æternam.

Ça en devient lassant.

Mais, je suis féministe. Je répète, j’explique, je braille, je crie parce que je ne connais pas mieux.  Ma mère, nos mères, nous ont légué un héritage, un combat à poursuivre, légué lui-même par Mesdames Casgrain, Pedneault, Payette et les autres. Quand on regarde la scène rapidement, le combat semble terminé. Beaucoup ont quitté le champ de bataille, certains n’ont jamais cru bon de s’y rendre. Les batailles ont changé, mais elles demeurent.

Même fatiguée. Je ne connais pas mieux que d’espérer.

– Jeanne Larocque-Jeffrey