Le 8 mars dernier, Sophie Grégoire Trudeau ouvre sa page Facebook afin d’y publier une photo d’elle et de son cher mari; Justin Trudeau. Sur la photo, ils se regardent tendrement et se tiennent par la main, ceci sur un fond de paysage hivernal canadien. Un texte accompagne cette photo, celui-ci concerne la journée internationale des droits des femmes. Voici le contenu;

«Êtes-vous prêtes à faire des étincelles pour allumer un changement ? Cette semaine, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, célébrons les garçons et les hommes qui nous encouragent à être qui nous sommes vraiment, qui traitent les filles et les femmes avec respect et qui n’ont pas peur de parler haut devant les autres. Prenez une photo main dans la main avec votre allié et diffusez-la dans les médias sociaux avec le mot-clic #DemainEnMains. Ensemble, nous pouvons susciter un mouvement qui incitera davantage d’hommes à lutter avec nous pour des lendemains meilleurs, l’égalité des droits et des chances pour tous … parce que l’#Égalitécompte

Le message de Sophie Grégoire n’est pas malintentionné. Les hommes ont un certain rôle à jouer dans la lutte féministe. Le rôle des hommes au sein de la lutte, je crois que Sophie Grégoire l’a bien compris; traiter les femmes avec respect et dénoncer les injustices sexistes. Néanmoins, c’est la place que devraient avoir les hommes que Sophie Grégoire n’a, à mon avis, pas compris. La place des hommes alliés, les vrais, est aux côtés des femmes et non devant.

 

Remettre les alliés à leur place

C’est un phénomène qui se répète trop souvent; les alliés deviennent au centre du mouvement et prennent trop de place. Je me rappelle des manifestations étudiantes en 2012, au Québec, la problématique était très présente. Combien de fois ai-je participé à des manifestations féministes mixtes ou des hommes étaient en avant, criant des slogans et enterrant ainsi les voix de femmes présentes elles aussi? Trop souvent. C’est problématique, parce que ça reproduit le schéma de la place qu’ont les hommes dans notre société; centrale, et ce, au détriment des femmes. Ça devient si normal et ordinaire que la femme du premier ministre ose, en 2017, célébrer l’homme durant la journée internationale du droit des femmes ! La plateforme des femmes est limitée, un vrai allié féministe sait où se placer. Un vrai allié doit avoir conscience de ses privilèges et agir en conséquence.

 

Justin Trudeau au secours de sa femme

En lisant les commentaires sur la publication de madame Grégoire, je comprends que beaucoup de femmes sont fâchées. Une d’entre elles, s’adressant à l’équipe de Trudeau, soulève une question importante; recherchez-vous un directeur (ou une directrice) des communications? Il y a, bien évidemment, quelqu’un qui n’a pas bien fait son travail. Justin Trudeau aurait dû, sinon, dire à son épouse que cette attention sur sa personne n’était pas adéquate en cette journée de la femme. Notre premier ministre n’a pas trouvé ce texte problématique et il a même défendu son épouse en point de presse.

«Je suis très conscient du rôle des hommes dans cette lutte. Les hommes devraient être ouverts à s’identifier comme féministes. (…) C’est un enjeu important à souligner aujourd’hui et tous les jours»

Justin Trudeau s’identifie comme féministe, et ce, ouvertement. Depuis le début de son mandat, il a entre autres instauré un gouvernement paritaire, une commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées. Il a également annoncé un fonds de financement  de 650 millions pour la santé sexuelle des femmes. Ces actions sont honorables et ne nuisent certainement pas à la cause féministe. Le problème, c’est que ce féminisme est aujourd’hui instrumentalisé pour le placer sous les projecteurs et que le premier ministre décide de rester sous les projecteurs. Il pourrait également faire davantage pour le féminisme, mais c’est un autre dossier.

 

«All girls to the front »

Durant un concert dans les années 90, Kathleen Hanna, la chanteuse du groupe punk féministe «Bikini Kill» décide que les hommes devraient aller derrière les femmes durant sa prestation .Cette chanteuse décide que c’en est assez; les hommes cachent les femmes et les bousculent en prenant toute la place. Cet acte révolutionnaire prend tout son sens dans le débat actuel de la place des alliés et nous devrions s’en inspirer.

Merci, je vais me libérer moi-même.

Les femmes n’ont pas besoin d’homme pour les libérer. Des femmes, au Canada comme partout dans le monde, font des actes remarquables pour la cause féministe jour après jour. Sophie Grégoire Trudeau aurait très bien pu faire une publication sur de réelles femmes qui changent les choses en 2017. Elle nous invite à donner des biscuits à des hommes, tout simplement, car ils agissent avec gentillesse et considération envers les femmes?

Merci, mais non merci, nous sommes en 2017. Je ne vois pas ce qu’il y a de si extraordinaire à ce que les femmes puissent avoir enfin des alliés dans leur lutte, une lutte qui semble-t-il leur appartenir qu’à moitié.

 

Catherine-Maude Grenier-Tourigny
Féministe et étudiante en enseignement d’Éthique et culture religieuse

Crédit pour l’image : Lou Kérina