Marie-Josèphe Angélique, la vraie

Les Angélique sont un collectif qui aborde les réalités des femmes noires à Montréal. Chacune expose son point de vue personnel en réaction à la pièce Angélique montée à Montréal en mars dernier. Voir ici le texte de MARIE-Angélique. Suivez notre collectif sur Facebook @MJAngelique.

Nous sommes allées voir la pièce sur Marie-Angélique, la vraie. Et comme à la suite de plusieurs pièces et films que nous sommes allées voir ces derniers temps, – faute du mois de l’histoire des noirs – nous avons eu besoin d’un cidre et plus pour digérer nos émotions.

Voir Marie-Angélique la vraie et brillamment jouée par Jenny Brizard c’est vivre un condensé de notre révolution tacite et incomplète. C’est réaliser que rien n’a vraiment changé que tout est simplement, différent.

Et si un jour on pouvait brûler vif le racisme et le patriarcat, qu’est-ce qu’il resterait de nos vies ? Rien de nouveau: on découvrirait que nous étions libres tout ce temps mais que nous ne savions plus comment l’être.

Marie-Angélique, la vraie, c’est moi, c’est plusieurs femmes noires que je connais. Des femmes qui connaissent leur valeur et ne se tairont pas pour plaire. Une femme qui malgré son environnement hostile, se réserve le droit de sourire et d’aimer vivre. Une femme dont l’emprisonnement,  n’existe que dans la tête de ceux qui ont besoin de la mettre sous esclavage pour se sentir eux, dignes de leur statut.

Car assumer un privilège, c’est douloureux. On préfère penser qu’il en va de soi. On préfère penser qu’il n’existe pas jusqu’au jour où on y est confronté et là, on sera prêt à faire payer l’autre d’oser parler de ce privilège en mal. Ce n’est pas de notre faute si le monde est mauvais! Ce n’est pas de notre faute si nous possédons un privilège. Nous aimons croire que nous sommes tous bons. Mais il est rare que nous vienne l’idée que pour atteindre l’égalité juste, il nous faut accepter de perdre notre privilège, du moins juste un peu.

Qu’est-ce qu’un esclavagiste sans esclave? Qu’est-ce qu’un politicien sans peuple à gouverner? Qu’est-ce qu’un policier sans personne à contrôler ?  Qu’est-ce qu’un riche sans un pauvre? Qu’est-ce qu’un homme sans….?

😉

Marie-Angélique, la vraie nègresse noire d’Amérique, c’est l’histoire du Québec. C’est son absence dans nos livres de secondaire cinq.. C’est  le “mais” dans “j’suis pas raciste…” C’est celle qu’on a fait passer à la corde et au feu parce qu’elle nous mettait notre malaise en plein visage. C’est celle qui ne s‘est jamais dite elle, esclave.

Dans la pièce, on la voit convoitée de tous. Son corps ne lui appartient pas, il est vendu, pendu et violé. Il enfante des bébés morts. On le fouette, on le brûle, on le force à s’accoupler. Et malgré tout, elle danse, elle aime, elle impose sa liberté.

Marie-Angélique, la pièce, c’est un gagne-pain éphémère pour ses acteurs. Une histoire lourde à livrer, devant une audience mal préparée. Une confirmation qu’un acteur noir au Québec, ne peut jouer que le rôle d’un noir. Pas d’une personne, tout simplement.

MARIE-Angélique c’est le nom que j’ai choisi. Parce que le mien n’est pas important. Ce nom étrange qui a souvent déçu les personnes qui m’ont passée en entrevue pour des emplois, ne s’attendant pas à voir une personne noire se présenter. “Me semble que ça sonne pas haïtien, ça!” Et après? Ne m’avez-vous pas appelée pour mon CV? Et ensuite ne m’ont jamais rappelée. Un nom banal dont on ne veut pas réellement connaître l’histoire. Un nom imposé par le colonialisme.

Marie-Angélique, c’est la fois où une femme libre mise en esclavage aurait du mettre le feu à l’enfer et ne l’a pas fait.

signé
MARIE-angélique

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