Repenser la sexualité, un rapport à la fois

Lili Boisvert, journaliste, chroniqueuse et animatrice, lançait le 25 avril sa dernière oeuvre, Le principe du cumshot, dans le cadre d’un événement qui a eu lieu au Pub de l’Île Noire, rue St-Denis.

Dans celui-ci, l’auteure s’intéresse aux clichés sexuels qui emprisonnent principalement les femmes dans le contexte des relations sexuelles hétérosexuelles. Les sept chapitres de l’oeuvre exploitent différents sujets connexes à ces rapports qui se façonnent avec le temps dans notre société patriarcale.

En entrée de jeu, Lili met le lecteur en garde sur le contenu : il ne se veut pas, comme l’explique le deuxième point, «un guide pour les hommes» afin de satisfaire sexuellement leur partenaire. Elle précise également, et c’est judicieux de sa part, que son oeuvre est hétérocentrée mais également occidentale, puisqu’elle ne veut «pas s’hasarder à universaliser ses constats.»

Contrairement aux oeuvres strictement théoriques, elle sait rendre le sujet accessible de façon divertissante. Elle traite du sujet avec un sérieux et une rigueur hors-pair mais sait toutefois faire preuve d’un humour de bon goût. Elle désamorce les propos plus négatifs avec une touche de plaisanterie qui est agréable et qui rend l’oeuvre intéressante à plusieurs niveaux.

C’est en introduction que l’on comprend où se dirige la thèse de base de l’auteure et, du même coup, le titre. Elle affirme que «le désir des femmes a été piraté. Il a été détourné de leur intérêt à elles par le principe du cumshot.» Ce sont les sept chapitres qui expliquent les implications qui ont rendues le désir des femmes inaccessible à elles-mêmes.

 

LES IMPLICATIONS DU DÉSIR

L’oeuvre débute sur un constat selon lequel la femme est assujettie à un rôle passif alors que l’homme se doit de conquérir celle-ci, considérée comme une «proie». Ces rôles sont rarement inversés et lorsqu’ils le sont, ils sont largement stéréotypés. Par exemple, une femme entreprenante peut être vue comme désespérée, alors qu’elle est simplement intéressée. Deux théories sur la nature des comportements sexuels s’opposent : les essentialistes et les constructionnistes. En effet, selon un article publié par le Huffington Post nommé «Les différences de comportements sexuels entre l’homme et la femme sont-elles innées ou acquises?», il est avancé que «les essentialistes pensent que notre comportement, sexuel notamment, dépend de notre nature, de notre « essence »» et de l’autre côté, «les constructionnistes défendent l’idée que nos comportements résultent d’habitudes sociales, acquises, « construites » et que nous demeurons libres en dernier ressort d’agir autrement, notamment au lit.» Il est donc juste de dire que Lili Boisvert tangue davantage du côté des constructionnistes : le patriarcat contribue, à différents niveaux, à changer la façon dont nous concevons et pratiquons la sexualité.

La société dans laquelle nous vivons voue un culte sans limite à la jeunesse et à la beauté que celle-ci entraîne. Les années passent et la femme, maintenant détentrice de cellulite, de vergeture et de rides, se voit désormais considérée comme non-désirable, voire grotesque. Les hommes se tournent donc vers des femmes plus jeunes – parfois, beaucoup plus jeunes – qui vont satisfaire leur soif de jeunesse. La femme se doit également d’être pure pour que l’homme puisse la «salir». Un paradoxe réside donc : elle doit être immaculée, mais doit tout de même savoir satisfaire sexuellement.

Cette culture de la relation «chasseur-proie» favorise les agressions, mais également de la séduction. Qu’arrive-t-il quand on veut prendre les devants en tant que femme, ou encore que l’on désire se faire courtiser en tant qu’homme ?

Cette oeuvre touche à plusieurs enjeux de société qui sont importants et contribue à comprendre la manière dont la sexualité se traduit dans un système patriarcal.

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