7 trucs pratiques pour soutenir les personnes non-binaires

À force de reprendre les gens autour de moi ou d’expliquer en quoi les propos de telle ou telle personnalité médiatique sont problématiques pour les personnes non-binaires, j’ai décidé d’ouvrir la conversation avec une série de «Do’s and Don’t». Voici donc mon premier top 7.

*Avant d’aller plus loin, comme il s’agit d’un sujet où le standing point est encore plus important qu’à l’habitude, sachez que je parle en tant que queer blanche dont les boites plus précises sont «femme», «non-binaire» et «pansexuelle». J’utilise les pronoms et les accords féminins ou neutres. Il est évident que cela teinte mon propos. Afin que ce dernier soit le plus juste possible, j’ai demandée à l’incomparable Si de réviser mon propos, iel étant une personne non-binaire neutroise utilisant le pronom iel et les accords neutres.

 

3 choses à ne pas faire

 

Giphy : https://giphy.com/gifs/USNlL9p2fxY6Q

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  1. Mégenrer

Ne présumez pas du genre d’un individu en lui attribuant des pronoms liés à son apparence extérieure (anatomique ou vestimentaire) : c’est ce qu’on appelle assigner une personne à un genre et c’est dommageable pour les personnes trans et queer parce que ça donne lieu à des situations difficiles, passant de la répression de l’identité, à la dysphorie de genre ou au coming out forcé, etc.
Il vaut mieux soit:

  1. attendre que la personne se genre elle-même. Vous l’entendrez tôt ou tard parler d’elle-même au féminin, au masculin, au neutre ou en utilisant plusieurs genres à la fois*; ou
  2. demander à la personne quels sont ses pronoms. Si vous avez absolument besoin de savoir rapidement comment genrer une personne, vérifiez auprès d’elle. C’est toujours mieux que de l’assumer.

Une fois que vous savez quels pronoms une personne préfère (même avant ça, remarquez bien !), il est violent d’utiliser les mauvais pronoms, que ce soit parce que vous refusez d’utiliser les bons ou parce que vous vous trompez. Consciemment ou non, en mégenrant une personne, vous lui refusez son identité et vous l’invalidez dans sa connaissance d’elle-même.  Pour vous, c’est peut-être «rien», mais pour la personne qui le subit à tous les jours, c’est une piqure de moustique par-dessus piqures de guêpes : ça fait mal et ça peut être le déclencheur de crises de dysphorie.

*Notez bien qu’une personne peut se genrer de manière différente à tout moment ou dans toutes circonstances. Respectez cela et portez-y attention !

 

  1. Parler de sexe biologique vs de genre

Non, tous les scientifiques et toute la biologie ne disent pas vagin = femelle, pénis = mâle. Oui, c’est ce qu’on nous enseigne encore au primaire au Québec. Oui, c’est dépassé aussi.

 

Giphy : https://giphy.com/gifs/dog-human-8OYw2Tm8gnrGw

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Sans compter que la «neutralité scientifique», c’est celle construite par des hommes blancs cisgenres en position de pouvoir, donc on peut repasser. Les personnes trans, les personnes queer et les personnes non-binaires existent et leurs organes aussi et ils leur appartiennent. Ainsi, si vous avez besoin d’ajouter un adjectif qualificatif après «vagin» pour une personne non-binaire, ce ne sera pas un «vagin de femme / un sexe femelle», mais un «vagin non-binaire». Tout simplement.

Ex.

Mathis est une personne non-binaire utilisant le pronom iel. Iel n’est pas une personne avec un sexe féminin/femelle/de femme. C’est violent de dire ça. Mathis est une personne non-binaire et si déclamer son anatomie est nécessaire et/ou convenu avec iel, iel a une vulve, des seins et un vagin (non-binaires si vous y tenez). Aussi simple que ça ! Il suffit de cesser de penser les organes en catégories binaires et de les nommer sans détour. Les adjectifs deviennent alors un peu inutiles, non ?

Également, pensez-y deux fois avant de poser des questions sur l’anatomie d’une personne ou de la révéler aux autres. Imaginez-vous que ce soit de vous dont on parle. Weird et creepy, hein ? Ben c’est ça.

 

         3. Utiliser l’existence des personnes non-binaires pour vous-mêmes / vous mettre en vedette en tant que personne alliée

Les vies des personnes non-binaires ne servent pas à prouver votre point féministe ou à vous aider à paraître edgy lors d’une soirée.

Giphy : https://giphy.com/gifs/fashion-blog-10NVUaFVKzbUpW

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«On réalise qu’il y a beaucoup de jeunes qui se revendiquent non binaires et ça remet en question notre conception qu’«un gars, c’t’un gars, pis une fille, c’t’une fille». Ça permet de mettre en doute ces modèles-là. » – Lili Boisvert

Ce n’est pas une phrase de personne alliée. C’est vous et votre combat que vous êtes en train de mettre au centre de l’attention. Les personnes non-binaires ne servent pas à prouver des points féministes. #Sorrynotsorry, comme on dit.

Aussi, si vous explorez votre identité ou votre expression de genre, c’est top ! Mais si vous vous «déguisez en personne qui cherche son identité ou son expression de genre» même si, selon vous, c’est pour nous soutenir ou pour nous donner de la visibilité, dans les faits, c’est franchement nul. Vous voulez savoir ce que ça fait d’être un homme qui porte une robe en public ? Parfait. Vous ne saurez que ça. Pas ce que c’est que d’être une personne non-binaire qui porte une robe en public. En plus, vous serez en train d’entériner l’idée, très forte chez certaines personnes, selon laquelle les femmes trans ne sont que des hommes qui portent des robes. Ah, et, point majeur : alors que vous, vous vous déguiserez pour attirer l’attention, les personnes trans et non-binaires, elles, se mettent à nu lorsqu’elles portent les vêtements dans lesquels elles se sentent vraiment bien et qui défient les conventions que la société leur a assignées. Oh ! Burnnn !

 

Tout ça c’est bien compris, mais un peu décourageant ? Vous vous demandez comment faire pour être une personne alliée pour personnes queer et non-binaires ?

Les quatre points suivants sont pour vous !

 

4 choses à faire

  1. Admettre que vous n’êtes pas la meilleure personne / une personne qualifiée

Souvent, quand on veut faire connaître des enjeux, on peut avoir envie de céder à la tentation et de répondre quand ce n’est pas notre place de le faire ou avec un bagage de connaissances insuffisant. Apprenez à dire «je ne sais pas» ou «je ne suis pas la personne qualifiée pour parler de cet enjeu, mais vous pouvez peut-être demander à [insérer nom]». Si vous avez un bon bagage, mais n’êtes pas au centre de l’oppression, je vous suggère ma formule «De ce que je comprends [explication], selon [citer sa source, c’est important, donnons le crédit du travail intellectuel et militant aux personnes à qui il revient], mais vous auriez des explications plus certaines en allant voir directement des personnes touchées». Si des lectures vous ont particulièrement aidé.e.s ou marqué.e.s, c’est toujours bien de les partager ! Des points bonis vous seront accordés si les références que vous donnez proviennent de personnes de la ou des communautés au centre de l’oppression dont vous parlez 😉

 

Giphy : https://giphy.com/gifs/go-team-you-can-do-it-yoJC2K6rCzwNY2EngA

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    2.  Passez le micro aux personnes concernées

Dans la suite logique du point un, si vous n’êtes pas en mesure de parler de la non-binarité et possédez une tribune où vous désirez que le sujet soit discuté, deux options s’offrent à vous :

  1. Laissez la place à une personne non-binaire. Que ce soit comme conférencière invitée, comme autrice de ce qui est normalement votre chronique, etc. Laissez entièrement la parole à une personne à qui on offre rarement une tribune et qui pourtant a toutes les qualifications requises pour remplir le mandat que vous voulez voir accompli 😉
  2. Si vous ne pouvez laisser toute la place à quelqu’un d’autre, invitez une personne non-binaire à échanger avec vous, à faire une entrevue, à cosigner, etc.
Giphy : https://giphy.com/gifs/sporzaredactie-3o6gE62zPbWAYqaTT2

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      3. Prenez le temps de vous éduquer de manière autonome

Avec Google, Facebook, l’instantanéité pis toute, on dirait qu’on ne se donne plus le temps d’apprendre, de chercher et de comprendre. Je vous encourage vivement à chercher sur les questions trans, non-binaires et queer par vous-mêmes. Je sais que vous ne pensez pas mal faire quand vous demandez à une personne non-binaire de vous expliquer sa situation. Probablement même que vous pensez bien faire en vous renseignant auprès de la source la plus fiable d’information, c’est-à-dire une personne elle-même au centre de l’oppression, n’est-ce pas ?

Pourtant, en réalité, cela fait partie des micro-agressions qui prennent toutes leurs énergies aux personnes concernées. Imaginez si partout où vous alliez, les gens vous questionnait sur votre vie intime et votre ressenti ? Et si en plus on vous demandait de les justifier avec des théories universitaires ? Et qu’on se permettait de s’objecter à vos propos avec des notions de biologie apprises en 3e année du secondaire ? Sans compter la pression mise sur vos épaules de représenter TOUTE la population «comme vous» et de tout savoir.

Giphy : https://giphy.com/gifs/BS93laSONG2Ry

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À moins qu’une personne non-binaire ne vous offre de répondre à vos questions, ne la prenez donc pas pour une curiosité de foire qui vous doit des explications, svp.
Aussi, acceptez que d’apprendre, de comprendre et de pouvoir retransmettre de nouveaux savoirs prend du temps. Souvent, en voulant bien faire, des gens qui s’identifient comme alliés répondent aux questions sur les identités non-binaires sans être réellement bien informés et perpétuent ainsi plus de mythes et de faussetés qu’ils n’aident. N’ayez crainte, à force de lectures et d’écoute, votre tour viendra… mais ne soyez pas trop pressé 😉

 

       4. Pratiquez-vous à utiliser les genres neutres et à parler de manière inclusive

À l’écrit, on a le temps de penser, on peut revenir en arrière et se corriger. Pas à l’oral. Croyez-moi, même pour les personnes non-binaires et queer, utiliser le neutre et l’inclusif, ça vient avec la pratique. Commencez donc dès aujourd’hui ! Ça vous évitera de vous retrouver pris.e.s au dépourvu si vous vous trouvez en présence d’une personne dont les pronoms sont neutres et je vous parie qu’une fois l’habitude prise, vous vous sentirez avec un petit poids en moins sur les épaules, car ne pas tout genrer, c’est libérateur pour tout le monde !

 

Giphy : https://giphy.com/gifs/fire-cheers-toast-6PopYBwOlKS8o

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Voilà, j’espère que ces 7 premiers points auront ouvert chez vous des réflexions, des conversations et vous auront aidé.e.s à mieux comprendre la place des personnes alliées dans nos luttes. Qui sait, on se retrouvera peut-être bientôt…

En attendant, je vous propose ce glossaire très complet et intéressant sur la langue inclusive vs neutre : uniqueensongenre !

4 Comments

  • Elsa
    4 juillet 2017

    Je comprends pas pourquoi cette phrase est pas correcte : «On réalise qu’il y a beaucoup de jeunes qui se revendiquent non binaires et ça remet en question notre conception qu’«un gars, c’t’un gars, pis une fille, c’t’une fille». Ça permet de mettre en doute ces modèles-là. » ??

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  • cyrille
    5 juillet 2017

    Elsa le soucis c’est l’utilité de la phrase dans ce contexte celle-ci a ici pour seul but d’utilisé l’existence des personnes non-binaire comme argument de lutte contre le sexisme ( plus précisément contre les mécanismes d’impératif sociaux genré issus du sexisme), ce qui est plutôt cracra car on n’est pas un argument, on est des individu.

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  • Elsa
    11 juillet 2017

    Oui, merci, je comprends.

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  • Geneviève Morin
    17 janvier 2018

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