Au cours du mois de juillet, le débat sur l’obligation des femmes à porter un haut de vêtement en public a refait surface. En effet, la tôlée médiatique a commencé alors qu’une femme en Ontario a porté plainte au Tribunal des droits de la personne après qu’elle se soit fait refuser l’accès à un parc d’attractions aquatiques sous prétexte qu’elle ne portait pas de haut de maillot de bain. Le questionnement sur les droits des femmes à porter les vêtements dont elles ont envie a alors bombardé l’actualité au Québec, en pointant du doigt les établissements de jeux d’eau comme le Village Vacances Valcartier et Calypso.

À la suite de nombreux sondages auprès de la population, les résultats indiquent que 82% des Québécois refusent de permettre aux femmes d’entrer dans ce genre de lieux topless. Le sujet devient alors clos : les femmes et les hommes québécois ne sont pas prêts à s’amuser et se baigner aux côtés de femmes seins nus.

Historiquement, chaque civilisation a laissé le sein et le corps des femmes évoluer. Parfois, on a demandé à ce que le sein soit caché au nom de la pudeur où alors montré au nom de la féminité. Au fil du temps, la mode féminine est un solide indicateur pour mieux connaître la culture, le milieu social et les mentalités d’une époque. L’arrivée des maillots de bain au XIXe siècle sera un sujet à scandale. À ce moment, les hommes et femmes dénonçant l’atteinte aux bonnes mœurs s’indignent à mesure que les verges de tissus se rétrécissent. Le maillot de bain à l’époque était d’abord réservé aux nobles, aux femmes « de bonnes familles »*. Sa démocratisation en fera un morceau de vêtement de plus en plus accessible qui gagnera en popularité dans un contexte où les femmes commencent de plus en plus à se libérer du corset de leur grand-mère.

Pour sa part, la deuxième moitié du XXe siècle s’est approprié le bikini, qui fut une révolution pour le corps des femmes, maintenant de plus en plus libéré. Pour exprimer cette nouvelle liberté, le sein sera utilisé comme symbole propre aux femmes par les féministes occidentales, donnant naissance au mythe « brûlons nos brassières », qui décident de laisser paraître les seins sous leurs chandails. L’idée ici n’est pas de porter un jugement ou de catégoriser les femmes entre celles qui porte ou non la brassière. Toutefois, dans la culture populaire, une femme qui libère ses seins est perçue comme en plein contrôle de son corps puisqu’elle refuse de se soumettre aux normes esthétiques féminines.

Autrement dit, les seins libérés de l’emprise du soutien-gorge caractérisent les femmes libérées de leur rôle traditionnel. Cette image des femmes libérées reste encore aujourd’hui dans la mémoire collective. À ce jour, les groupes Femen ou Free the Nipple utilisent les seins nus pour envoyer leur message de démocratisation du corps des femmes. Free the Nipple, comme son nom le dit, prône le droit aux femmes de faire du topless et dénonce le sexisme obligeant les femmes à cacher leur poitrine alors que les hommes peuvent se promener torse nu. Toutefois, le sein aura une connotation sexuelle et érotique, entre autres par l’entremise de l’industrie pornographique et de l’érotisme. Le sein devient aussi un symbole de féminité propre qu’il faut cacher puisqu’il est maintenant présenté comme de la nudité. Dans les parcs aquatiques, c’est cette peur d’être confronté à de la nudité qui a autant choqué les Québécoises et les Québécois.

Toujours en ce qui a trait à la nudité, l’inconfort des seins nus est d’ailleurs visible à tous les jours sous différentes formes, parfois plus subtiles. Par exemple, affirmer ne pas porter de soutien-gorge gêne la plus grande partie de notre entourage et mène aussi à une véritable incompréhension de sa part. Encore une fois, il s’agit de cacher les seins, de ne pas en voir les formes. Il arrive à toute femme de tricher et de ne pas porter de soutien-gorge, mais souvent, c’est seulement si les chances d’être vue sont minces, comme lorsqu’elle reste à la maison ou si son chandail ne laisse pas trop paraître sa poitrine.

Le soutien-gorge est lui-même à ce jour en constante demande dans les magasins de lingerie. Une brassière se doit d’être sexy, avec de la dentelle. Acheter sa première brassière est signe d’un cheminement vers sa transformation de femme et malheur à celles qui resteront avec une poitrine classée A. Les seins (surtout les gros) sont aussi un atout pour devenir une «vraie» femme. Pourtant, plusieurs personnes avec des seins ne s’identifient pas nécessairement au sexe féminin, ce qui déconstruit l’idée que seins égale féminité. Espérer remplir un bonnet de grandeur C est un véritable tracas pour la plupart des adolescentes pour l’attrait qu’il correspond pour les hommes tout comme pour les femmes. À ce moment, le sein est aussi une question d’esthétique et de beauté.

De plus, je crois qu’un autre problème vient de l’esthétisme et des standards liés aux seins, autrement dit, quel type de seins la plupart serait prêt à accepter en public. Si les seins sont bien proportionnés, jeunes, fermes et sont affichés sur le corps d’une belle femme, la réaction ne sera sûrement pas la même. Le risque de devoir partager la plage avec les seins non-esthétiquement acceptables peut par conséquent être un problème. Se rincer l’œil, oui, mais à quel prix ?

En bref, le topless n’est qu’une question de mode, mais la culture dans laquelle nous nous trouvons n’encourage pas les femmes voulant le retour des seins nus. Il n’est donc pas étonnant que la grande majorité des Québécois et Québécoises aient voté contre les seins nus dans les lieux publics. Pourtant, une femme qui refuse de porter de haut n’enfreint aucune règle criminelle, elle va seulement à l’encontre de l’image dominante. Et si nous voulions simplement avoir un bronzage égal et penser à notre confort pour une fois ?

 

 

*http://sexplora.exploratv.ca/magazines/seins/histoire-de-cul/