Quand la médecine est violente

Personne n’aime aller consulter pour un problème d’ordre gynécologique.[1] On n’a jamais entendu quelqu’un dire « Je vais chez le gynécologue demain! J’ai tellement hâte!!! » Non. Ce n’est jamais arrivé. Déjà que c’est un événement désagréable, on serait en droit de s’attendre à du respect et de la compassion de la part du personnel médical. Sauf que ce n’est pas toujours le cas.

J’ai connu mon lot de problèmes gynécologiques dans ma vie, ce qui veut dire que j’ai subi de nombreux examens et rencontré plusieurs médecins. Certaines rencontres se sont bien passées, d’autres pas. Il y a eu la fois où j’ai pleuré pendant un examen gynécologique parce que j’avais trop mal; la médecin n’a pas arrêté son examen pour autant. Il y a eu la fois où le médecin n’a répondu à AUCUNE de mes questions, se contentant de me prescrire la pilule malgré le fait que je ne l’avais pas demandée. Et puis il y a eu ce médecin qui me parlait comme si j’avais 12 ans et qui m’expliquait comment utiliser Nuvaring selon SA méthode, malgré le fait que je l’utilisais depuis cinq ans sans problème. Ce même médecin qui, lors d’une colposcopie, a décidé d’enlever un polype (une tumeur non cancéreuse) sans me le dire. Sans m’expliquer ce qu’il avait fait et ce qu’était un polype. Sans m’avertir que j’allais avoir mal pendant et après l’examen. Je suis rentrée chez moi confuse et en me demandant ce qui s’était passé.

Je savais que quelque chose clochait, mais j’étais incapable de mettre le doigt dessus. Jusqu’au jour où j’ai rencontré un médecin qui m’a respectée, qui m’a demandé mon consentement avant de faire l’examen et qui m’a dit que j’avais le droit de changer d’idée. Sur le coup je le trouvais vraiment exceptionnel. Pour la première fois, on s’intéressait à mon bien-être. Et c’est là que j’ai compris que j’avais été victime de violence gynécologique dans le passé.

La violence gynécologique et obstétricale est définie comme étant une appropriation du corps des patientes par le personnel médical, appropriation qui se manifeste par l’absence de consentement libre et éclairé de la patiente, par des gestes médicaux non nécessaires ou intrusifs, par des traitements déshumanisés ou par l’abus de médicalisation[2]. Parmi les exemples que l’on peut donner il y a : l’épisiotomie pratiquée sans le consentement ou sans que ce soit nécessaire, l’interdiction d’accoucher autrement que sur le dos (pour faciliter le travail du médecin), la médication sans que la personne y ait consenti et des touchers vaginaux faits par plusieurs individus. Ce ne sont que quelques exemples de ce qu’une patiente peut vivre comme maltraitance. Pour lire des témoignages de violence obstétricale, c’est ici, ici et ici.

Il n’y a pas qu’en salle d’accouchement qu’une personne peut vivre de la violence gynécologique. Par exemple, il y a eu le cas de ces femmes autochtones qui ont été stérilisées sans leur consentement. Les violences gynécologiques comprennent aussi l’attitude paternaliste de certains médecins. Il y a ceux qui te parlent comme si tu étais une enfant, d’autres qui te mettent la pression pour prendre la pilule ou qui te refusent une ligature des trompes. Il y a des médecins qui minimisent les effets secondaires dus à la contraception hormonale ou les douleurs pendant les menstruations.

La violence obstétricale et gynécologique peut avoir des conséquences négatives, autant psychologiques que physiques, sur la personne qui en a été victime.  Certaines personnes vont développer une dépression ou un syndrome de stress post-traumatique. Cependant, ce type de maltraitance est souvent banalisé. L’argument le plus souvent utilisé est que le médecin devait faire cette intervention. Par exemple, le test Pap est utile pour déceler des cellules précancéreuses du col de l’utérus. Mais devrait-on le faire même si la patiente n’est pas à l’aise et que l’examen est douloureux? Trop souvent, on dit aux femmes qu’elles doivent endurer et que c’est comme ça.

Sauf que ça ne devrait pas être comme ça.

Pour tout acte médical, le/la patiente doit avoir donné son consentement libre et éclairé. Une personne ayant le cancer a le droit de refuser la chimiothérapie.  Alors pourquoi, dès qu’il s’agit du système reproducteur, le consentement devient-il soudainement optionnel? Parce qu’on considère que les femmes ne sont pas aptes à prendre des décisions pour elles-mêmes.  Pour leur bien, on doit décider à leur place. D’une part, les patientes sont infantilisées et d’autre part, ceci démontre une relation inégalitaire, où l’autorité est détenue par le médecin. L’expérience et les connaissances de la patiente sont dévalorisées face au savoir du personnel médical.

Ce que nous sommes en droit de nous attendre de la part du personnel soignant, c’est une attitude respectueuse et égalitaire. Ceci implique de ne pas nous infantiliser et de nous traiter comme des adultes aptes à prendre des décisions. C’est aussi de demander la permission avant d’effectuer un acte médical ou d’administrer un médicament. Il faut également expliquer les gestes qui seront effectués. Nous sommes aussi en droit de nous attendre à ce que le plan de naissance soit respecté lors de l’accouchement et à ce que notre santé (physique et psychologique) ne soit pas compromise. Ce ne sont que quelques exemples de ce qui peut être fait pour améliorer le bien-être des personnes qui consultent.

Alors, à quand une gynécologie féministe?

 

[1] Ce texte a été écrit selon mon point de vue, limité, de femme cis et hétérosexuelle.

[2] Lahaye Marie-Hélène [2016]. Qu’est-ce que la violence obstétricale ?

http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/2016/03/09/quest-ce-que-la-violence-obstetricale/ (Consutlé le 8 août 2017).

Organisation mondiale de la santé [2014]. The prevention and elimination of disrespect and abuse during facility-based childbirth. http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/134588/1/WHO_RHR_14.23_eng.pdf

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