Pourquoi je n’irai plus au Salon national de la femme

Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de visiter le Salon national de la femme au centre des Congrès de la Ville de Québec. Lors de ma première expérience, il y a deux ans, je ne savais pas trop à quoi m’attendre, puisque le titre « Salon national de la femme » est assez vague. Une fois rendu sur place, je me rappelle avoir vu des dizaines de femmes sortir avec des produits ménagers sous le bras et un grand sac réutilisable si lourd qu’elles peinaient à la tenir à une main. Mon enthousiasme fut alors à son comble à la vue de ce spectacle qui se défilait devant moi ; toutes ces femmes de tous âges heureuses de leurs nouvelles trouvailles rentraient à la maison satisfaites de leur journée. À la fin de ma journée, j’avais moi-même obtenu mon énorme sac réutilisable, mais je ne portais pas aussi bien le sourire que ces femmes que j’avais croisées plus tôt. Quelque chose m’avait déçue lors de ma journée. À vrai dire, le problème était les messages que l’on m’avait envoyés. Retour sur cette journée insatisfaisante.

 

Le sac

Le gros sac réutilisable est donné dès notre entrée dans la salle. Lourd et énorme, celui-ci est rempli de plein d’articles inutiles (que nous devons traîner tout le long de notre visite !). En bref résumé, mon sac contenait : de la nourriture pour chien, deux magazines pour organiser son mariage, des échantillons de produits nettoyants, des échantillons de nourritures amincissantes, une bouteille de sauce piquante et de ketchup, des coupons rabais dans plusieurs boutiques de la ville de Québec, du dentifrice, des produits coiffants, des boissons énergisantes, etc. Certes, recevoir tous ces produits gratuitement est un véritable cadeau, mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit de produits très peu utiles et superficiels dans l’ensemble. Ce sac est en fait un croisement entre une vente de garage, de garde-manger et de publicités marketing.

 

Contenu du sac

 

Les expositions

Le véritable problème n’était toutefois pas le sac, mais bien les kiosques d’expositions.  Tous portaient sur l’esthétique et la superficialité. Tout d’abord, pour ce qui est du rayon des livres, les seuls présentés concernaient la perte de poids et des recettes santé. J’espérais des livres féministes, des romans écrits par des autrices, des livres de sociétés s’attaquant à des problèmes de sociaux. Pour ce qui est de la nourriture, il y avait des centres pour acheter soit de la malbouffe ou des produits très santé pour perdre du poids avec des slogans comme « Gâtez-vous ! », « Tricher pour votre régime » ou bien « Manger santé pour maigrir ». Tous les stéréotypes entourant les femmes « mal » dans leur peau qui veulent trouver la solution miracle pour perdre du poids et ainsi se conformer aux standards étaient présents. J’aurais apprécié retrouver des conseils sur l’estime de soi, l’acceptation, le bien-être. Une conférence par exemple, ou un livre parlant des problèmes liés à la nourriture tels que l’anorexie, le fait de manger ses émotions, etc.

 

Ensuite, il y avait des présentations pour des produits nettoyants, pour rendre sa maison propre et faire rougir ses voisines de jalousie. Des aspirateurs, des balais, des produits à lessive… Toute cette section de l’exposition ressemblait à de vieilles publicités de magazines à l’époque où les femmes étaient considérées comme les « Reines du foyer ». Dans le même ordre d’idées, des crèmes, des produits rajeunissants, des trousses de maquillage pour tenter de ralentir les signes de vieillissements étaient aussi très présents. Ce genre d’expositions ne sont pas nécessairement mauvaises en soi, mais le fait qu’ils étaient dominants donnait un drôle de ton à l’évènement. Comme si les tâches ménagères étaient une «affaire de femme» ; qu’encore aujourd’hui, nous étions vues comme « les grandes détentrices » du secret de l’entretien du foyer.

 

En fait, ce n’était pas un salon pour les femmes, c’était un rassemblement de compagnies tentant de convaincre les femmes d’acheter leurs produits, d’en faire leur nouvelle bible et dont les arguments de vente se basaient sur des standards et des stéréotypes. Le problème n’est pas qu’il y ait eu des expositions sur des produits minceurs, des trucs pour la cuisine, pour l’esthétique, mais bien qu’ils se soient tous regroupés lors de l’évènement du Salon national de la femme. Antérieurement, c’était les femmes qui faisaient les achats et qui s’occupaient de la gestion du budget dans les familles. En lien à cela, les femmes ont été et, restent encore aujourd’hui, la cible numéro 1 dans notre monde de consommation. Ce salon confirme qu’il existe toujours une pression particulière et unique sur les femmes.

 

J’aimerais aussi revenir sur le titre de l’évènement, puisque les termes « national » et « la femme » me causent problème. D’une part, affirmer que ce salon symbolise la nation québécoise sur la question des femmes est aberrant, puisqu’il semble basé sur le portrait des femmes d’avant la Révolution tranquille. D’autre part, utiliser l’expression « la femme » suggère qu’il n’existe qu’une seule image de celle-ci. N’y a-t-il, en 2018, qu’un seul « modèle » féminin acceptable ? J’aimerais finalement  préciser qu’il est tout à fait correct d’aimer le salon de la femme, mais que ce salon ne répond pas à mes attentes. Il est problématique qu’en 2018 je me sente dans le même moule social que mon arrière-grand-mère.

 

 

Anne-Sophie Roy

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