Être artiste inclusive

Je suis une artiste blanche et cisgenre. Mais je suis aussi grosse, pansexuelle et me retrouve très peu dans ce que l’on attend de moi en tant que “femme”.

 

Pourtant j’ai été élevée dans les mêmes stéréotypes que tout le monde, avec des filtres et des œillères, malgré mes appartenances minoritaires. Ce qui fait que mon art s’est construit à partir des seuls exemples auxquels j’avais accès : des femmes blanches, minces, pas trop musclées, hétérosexuelles et cisgenres, et avec des gros seins, évidemment !

 

C’est étrange cette dissociation qui s’opère. J’ai grandi dans une grande ville, entourée de gens divers et variés, je voyais bien que le monde n’était pas comme je le dessinais, le vrai monde, celui que je côtoyais chaque jour, pourtant les seul-es modèles auxquels j’avais accès via les stars et la télé étaient tristement clichés. Mais cela ne me choquait pas.

 

J’ai grandi, affiné mon esprit critique, j’ai lu, beaucoup lu, je me suis informée sur un tas de causes, le racisme, le féminisme, l’intersectionnalité, le body-shaming, le fat-shaming et j’en passe ! La question de la représentativité s’est imposée à moi. Je trouvais injuste que l’on invisibilise d’autres personnes. Il faut dire que les injustices m’ont toujours révoltée, notamment celles liées aux minorités. Avec mon dessin je peux avoir une prise dessus.

 

Avec cette question de la représentativité s’est greffé la question de la représentation du réel. Je voulais que chaque personne puisse s’identifier à mes dessins, je voulais des corps réalistes. Je ne voulais exclure personne.

 

Mais ce fut tout un apprentissage. J’avais longtemps dessiné des corps dit “parfaits”, avec la même silhouette et la même couleur, les mêmes cheveux lisses qui volent au vent. J’ai donc entrepris de dessiner des corps gros, très gros, potelés, très minces, avec différentes formes, des corps en transition, pas exclusivement “homme” ou “femme” (d’un point de vue strictement anatomique), des cheveux crépus, des couleurs variées, des membres en moins etc. Il y a tellement de diversités ! Pourquoi s’être privé·e de tous ces corps durant aussi longtemps !?

 

Réussir à dessiner sans être sexiste ou raciste ce n’est pas facile et il faut bien avouer que, quel que soit sa couleur, ça semble évident de dessiner quelqu’un qui nous ressemble.

 

Je dirais que le secret c’est d’aller contre son premier réflexe normé. Comme nous avons intégré des clichés, nous avons tendance à les replacer bien malgré nous : des femmes plus petites que des hommes, des personnes  racisées, qui quand elles sont représentées sont cisgenres et ont des cheveux lisses, des hommes bien carrés, la même silhouette pour les femmes, des personnes jeunes, des personnes minces, etc.

Ces clichés ne viennent pas de nul part, nous les voyons tous les jours autour de nous et on nous encourage à les apprécier et à s’y identifier. Mais si l’on regarde réellement autour de nous, alors on peut y voir beaucoup de différences et d’unicités.

Dessiner, représenter autrement, c’est non seulement bénéfique pour nous-même, mais également pour les autres, pour que chacun·e soit enfin représenté·e et ne doivent plus se conformer à un cliché.

Ce n’est pas facile parce que ça demande d’aller contre sa construction sociale et surtout on trouve peu de modèles pour s’entraîner.

Alors le mieux c’est encore de faire tenir la pause à vos ami·es !

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