Le code vestimentaire a-t-il encore sa place dans les écoles?

Les codes vestimentaires sont instaurés dans les écoles depuis qu’elles existent. Selon le point de vue de certains baby-boomers, il est pertinent et important de cacher les corps féminins sous prétexte qu’on ne va pas à l’école «pour se faire voir, pour améliorer son estime de soi ou pour exprimer sa personnalité, mais pour apprendre, c’est-à-dire : pour dialoguer avec le passé et pour échapper aux diktats de l’époque.» (Richard Martineau)

 

Wake up.

 

Pourquoi l’école ne serait pas un lieu valorisant, égalitaire et sécuritaire, qui donnerait aussi la chance aux élèves d’apprendre et d’évoluer en tant qu’humains?

 

Que changerait un code vestimentaire plus égalitaire et moins strict?

 

Il faut comprendre qu’un code vestimentaire interdisant les camisoles, jupes et shorts courts, etc. ne bénéficie pas aux élèves. Un garçon soi-disant «distrait» par la peau visible d’une de ses compagnes de classe ne devrait pas être un prétexte pour imposer des règlements sexistes. De toute façon, si on inversait les genres, une fille n’irait pas voir son professeur en lui disant : «Kevin a vraiment des gros biceps, pis ça m’empêche de me concentrer!»

 

Si, dans les écoles, on acceptait le port de n’importe quel vêtement (excluant ceux contenant des messages de violence, de haine, etc.) pour les garçons et les filles, les élèves, à notre sens, se sentiraient plus acceptés. L’école est une institution qui devrait accepter les jeunes tels qu’ils sont, sans jamais brimer leur liberté d’expression; liberté qui se traduit aussi dans les choix vestimentaire. Dans certaines écoles, le port du jean troué est interdit ainsi que celui des robes qui tombent au-dessus du genou. Il est évident que ces règles touchent en grande majorité les filles. Ce sont des règlements sexistes et qui n’existeraient que pour ne pas «déranger» l’éducation du genre masculin.

 

Bien sûr, il est important de faire preuve de décorum, mais revendiquer l’abolition de certaines règles des codes vestimentaires des écoles ne signifie pas que nous voulons arriver le matin en bikini ou les seins à l’air. Nous voulons simplement que tous et toutes aient la chance d’exprimer leurs idées et leurs personnalités. Nous voulons surtout un Québec plus acceptant, plus ouvert d’esprit.

 

En quoi les codes vestimentaires promeuvent-ils la culture du viol et l’hypersexualisation?

 

Contrairement à ce que certains pourraient penser (hum hum, M. Martineau), une jeune fille venant à l’école en camisole ne se sexualise pas elle-même, c’est la société (et dans ce cas, les directions d’écoles) qui hypersexualise son corps en lui disant de le cacher. L’hypersexualisation est l’action par laquelle sexualiser ce qui ne l’est pas, par exemple des épaules, un dos, un ventre, etc. Les codes vestimentaires véhiculent le message que certaines parties du corps méritent d’être cachées, alors qu’elles font partie de l’anatomie humaine. Peut-être que les directions d’écoles ne pensaient pas au sens implicite de ces codes et ne croyaient que bien agir en imposant une étiquette. Mais ils devraient savoir que c’est en partie à cause de l’hypersexualisation du corps féminin que la culture du viol est encore si présente.

 

La culture du viol est une expression qui sert à nommer une attitude sociale et culturelle qui, constamment, ramène la responsabilité d’un viol sur la victime elle-même. Bien sûr, tous ceux qui pensent d’une façon old-fashioned seront d’accord pour dire que la victime aura provoqué les esprits malfaiteurs en portant son kit camisole-décolletée-et-minijupe. Sauf que les femmes ne s’habillent pas pour la société. Bien plus qu’on ne le pense, la culture du viol est présente encore en 2018. Au Québec, une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle au cour de sa vie. Alors pourquoi parler de code vestimentaire? Parce que la société a imposé tellement de préjugés sur les jupes, les robes et les shorts courts, et les décolletés plongeants dans son histoire que maintenant, à l’école, voir une fille qui a chaud et qui est habillée convenablement par rapport à la température extérieure est inacceptable, tout comme l’est une fille qui promeut ses goûts vestimentaires par le port des camisoles et des jeans troués.

 

Nous sommes bien conscientes que les règles de l’école nous préparent à entrer sur le marché du travail, où un code vestimentaire sera probablement imposé. Il faut noter les différences entre l’école et le marché du travail : l’école est un endroit où l’on vient apprendre autant des notions de mathématiques que la manière dont développer son estime de soi, tandis que lorsqu’on va au travail, le but est d’accomplir des actions qui feront rouler l’économie et la société. Par exemple, il est normal d’imposer un code vestimentaire à des employé.e.s d’une pharmacie pour que les client.e.s puissent bien les reconnaître, mais il n’est pas logique d’interdire à un.e élève de s’habiller comme il ou elle le veut dans un endroit où il ou elle est censé.e se construire une identité.

 

Nous disons NON aux codes vestimentaires. Il est grand temps de les abolir des écoles secondaires et de passer à autre chose.

 

Signé : The Victresses (Michaëlle Reneault, Rosalie Maltais, Daphné Martel et Any-Pier Huot)

The Victresses est un groupe féministe égalitaire, fondé par 4 adolescentes qui aiment la révolution. Rosalie est l’humaniste du groupe, Michaëlle est la plus déterminée, Any-Pier est notre manager et Daphné est la rêveuse. Nos ambitions vont très loin et Michael Jackson est notre «role model». We love you Mich, 1958-forever.

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